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Message personnel : nos boutiques instrumentales en France

Bonjour à toutes et à tous

La Toile des Batteurs est présente depuis Février 2005 sur le web, cela fait donc 11 ans que ce site dédié à la batterie, aux batteurs, et d’une manière plus générale à tous les passionnés de musique, maintient en ligne tout le contenu écrit au fil des ans …

En 11 ans, le monde a bien changé, et je tenais, au travers de ce site que j’ai créé il y a 11 ans avec l’aide de quelques passionnés, compte tenu des connaissances acquises pendant ces 11 années, à pousser un « petit coup de gueule » …

Et nous sommes tous, nous, les musiciens, à la fois coupables et victimes de ce dont je vais vous parler …

Avertissement : cet article ne concerne que le circuit de distribution « traditionnel », en clair les boutiques généralistes, situées en France Métropolitaine, quoique je suis certain que cet article puisse convenir également à la situation de nombreux pays européens, et ne concerne absolument pas les artisans et spécialistes qui vendent leurs propres productions et leurs importations de produits très spécifiques via internet, leur quasi seul moyen de pouvoir vivre de leur passion…

Chaque mois, des magasins de musique ferment en France … nos magasins de Province, comme chacun le voit ou l’imagine, mais également de célèbres enseignes parisiennes …

Le 19 janvier 2016, le journal Le Monde publiait un article, intitulé « l’agonie discrète des magasins d’instruments de musique », y faisant mention de la fermeture de plus de 200 (!) points de vente en France depuis 2014.

De grandes enseignes, qui nous faisaient monter sur Paris, nous, les provinciaux, ont disparu : Paul Beuscher, Milonga, Distribution Music et dernièrement Musikia (anciennement Aremus, Playback, Backstage…)

Nos villes de province se vident de ces belles vitrines et ce sont nous, les clients, qui perdons de précieux commerçants, qui, s’ils sont là pour gagner leur croute évidemment, sont aussi de véritables passionnés qui ne survivent plus aujourd’hui à la pression financière qui s’exerce sur eux …

Aujourd’hui, ce qui est difficile à vivre pour nos commerçants, c’est de servir de showroom aux sites de vente en ligne. Difficile à vivre, oui, car pour un commerçant, voir défiler de potentiels clients, qui vont passer une heure ou plus en magasin à essayer différents modèles, poser des questions … pour repartir les mains vides, en sachant que nombreux sont ceux qui ensuite iront sur un site de vente en ligne commander l’instrument convoité … Sans compter ceux qui ramènent leur instrument tout neuf reçu par colis d’Allemagne chez leur commerçant local pour un réglage ou des pour avoir des explications …

Et pourtant, n’est-il pas appréciable de pouvoir trouver à quelques minutes de chez nous, un commerçant compétent qui a toujours des jeux de cordes, des baguettes, des peaux, en stock dans son magasin, capable de nous dépanner, régler nos instruments ?… Le jour où il n’y aura plus de magasins de proximité, les derniers grands cyber-marchands qui auront survécus et prospérés ne se gêneront pas pour monter leurs prix et nous serons tous prisonniers de ce système.

Je ne tire pas à boulets à rouge sur les clients des cyber-marchands, notamment le célèbre mastodonte allemand qui a lui seul pèse plus que tous les importateurs français réunis … Non, car à notre époque de pouvoir d’achat restreint et du chômage de masse, il est normal que les passionnés cherchent à pouvoir vivre leur passion au meilleur prix, mais j’aimerais que nous réfléchissions collectivement à la portée de nos actes :

Les consommateurs : cela vaut-il vraiment la peine d’économiser quelques euros au détriment du commerce de proximité si la différence de prix n’est totalement rédhibitoire ? Posez-vous la question avant de cliquer en ligne chaque fois que besoin, et prenez votre décision en réfléchissant un petit peu.

Les importateurs et autres fournisseurs : les contrats imposés aux commerçants sont délirants, et les marges tirées aux maximum : une fois que les magasins auront tous mis la clé sous la porte, comment écoulerez-vous votre marchandise ?…

Les marques : certaines marques sont elles-même distributrices de leur propre production, est-il normal d’imposer des contrats intenables aux petits commerçants, qui vous servent pourtant de relais de proximité auprès de la clientèle, tout en réalisant des ventes de gros aux cyber-marchands à des conditions non comparables par rapport aux petits magasins ? Est-il normal de trouver en ligne des instruments de votre propre marque vendus TTC chez tel ou tel cyber-marchand, allemand notamment, moins cher que le prix HT proposé au commerçant, qui lui doit les faire venir au magasin, les préparer, les exposer, en vanter les mérites ?…

Il est complexe aujourd’hui d’établir un diagnostique précis du pourquoi cette hécatombe depuis quelques années, mais sans vouloir faire la morale à qui que ce soit, cher ami musicien,  réfléchis à l’opportunité de passer commande à un cyber-marchand non établit en France, ou à un commerçant de proximité, avant chaque achat …

Nous oublions, trop souvent, nous, les consommateurs, que nous sommes souvent les premiers responsables de nos actes d’achat et de leurs conséquences. Pensons-y, simplement, et assumons nos actes.

Cédric Billard – le 15 mars 2016

 

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