Entretien avec Claude Salmiéri
par Bruno (Hostis sur les forums) - mai 2005
Interview de Claude Salmiéri réalisée en mai 2005 par Bruno à l'occasion de la sortie de l'album "Light Night" du Claude Salmiéri Trio.
Tob : Salut Claude Salmiéri et encore merci d'avoir bien voulu répondre à ces quelques questions, tout d'abord pour commencer pourrais-tu te présenter rapidement aux lecteurs de la Toile des batteurs ?
CS : Salut à tous les musiciens de la Toile ! En résumé, je suis né à Tunis dans une famille de musiciens et jusqu’à 6 ans j’ai vécu en Italie, mon père était batteur et tout petit j’avais déjà les baguettes à la main ! Et quand mon père a décidé de venir s’installer en France pour le travail, je suis allé au conservatoire de Saint-Maur et j’ai fini mes études au conservatoire de Paris.
Très jeune, j’ai eu la chance de jouer dans l’équipe d’Yves Simon. Par la suite, Michel Berger avait entendu parler de moi, j’ai passé une audition chez lui et j’ai intégré son équipe.

Tob : Peux-tu nous raconter à quel moment tu as réellement décidé de devenir professionnel et tes premières expériences en la matière?
CS : Dès l’âge de 5 ans, mon père s’est beaucoup occupé de moi, j’ai tout de suite été passionné par la batterie, la musique, je ne me suis pas posé de question, d’emblée je voulais en faire mon métier.
Tob : Comment s'est déroulée la composition et l'interprétation de "Light Night", le dernier album de ton trio jazz ?
CS : J’ai commencé par travailler des thèmes au piano, avec des harmonies agréables ensuite en répétant avec le trio, le piano s’est transformé en guitare, Pierre Perchaud est un guitariste formidable qui a apporté son style et sa personnalité, le rajout d’un sax a aussi apporté une énergie et une richesse supplémentaire, tout en laissant de l’espace au jeu du guitariste.
Tob : La palette d'artistes avec lesquels tu as travaillé est considérable (Renaud, Michel Berger, Francis Cabrel, Ray Charles, Magma, STS, etc...) au niveau de tes goûts personnels retrouves-tu cet éclectisme ou était-ce en partie un choix professionnel?
Cela a été un choix pour certains artistes, mais la plupart du temps ce sont eux qui m’appellent pour enregistrer les albums ou bien pour la scène.
Tob : Tu as obtenu un prix de piano classique, joues-tu d'autres instruments? Penses-tu que cette connaissance t'ait été très utile lors de ton parcours professionnel ?
CS : Oui, le piano m’apporte beaucoup, c’est un instrument de base, la base de « tout ». Je peux composer, enregistrer avec, et si je joue avec des pianistes, je peux échanger des idées plus facilement.
Oui, je joue un peu de guitare (sur 2 doigts !) et de la basse pour le plaisir. J’aime aussi travailler dans mon studio, l’écriture des cordes me passionne.
Tob : Tu as eu la chance de travailler avec Christian Vander dans le cadre de Magma, peux-tu nous décrire la forme de votre collaboration et la manière de travailler avec Vander? En es-tu sorti enrichi musicalement parlant ?
CS : L’expérience Magma m’a appris ce qu’est l’énergie, et je pense qu’elle m’a ouvert à un autre esprit musical pour la suite de ma carrière.
Tob : Selon toi qu'est-ce qui caractérise un bon musicien, un bon batteur?
CS : Encore une fois, l’esprit est important : être à l’écoute de la musique, jouer en écoutant les autres, avoir du goût, faire des nuances, jouer dans l’énergie, et non dans la force.

CS : Etre musicien, c’est une passion. Comme dans un autre domaine, le travail est important, la rigueur aussi. Il faut savoir se mettre à la disposition de l’artiste, être à son écoute pour bien l’accompagner, il faut avoir SA personnalité.
Tob : Serais-tu capable d'extraire pour nous de ta besace de ménestrel une anecdote, un souvenir, une image qui a marqué ton existence de musicien?
CS : J’en ai pas mal mais c’est difficile de me souvenir de tout ! Une positive : Marvin Gay en studio à Hérouville quand il m’a félicité en anglais, à l’époque je ne comprenais pas très bien la langue (ça aussi c’est important !) et je demandais aux autres qu’est ce qu’il pouvait bien me raconter !
Une négative : quand Francis Cabrel dans les années 85 m’a dit en répétition "je ne vais pas pouvoir te garder car tu joues trop bien !".
Tob : Peux-tu nous décrire ta configuration actuelle et les coups de cœur de ton set?
CS : J’ai plusieurs configures, pour le jazz, j’aime bien épurer, grosse caisse (18), (20), snare deux toms, deux cymbales.
Pour la pop, grosse caisse (22 ou 24, 3 toms et 4 cymbales.)
CS : C’est encore un peu nouveau pour moi, j’essaye de m’en servir pour des scènes plus rock.
Tob : Quelle personnalité a le plus influencé ton jeu, ta vision de la musique?
CS : Les «vieux» batteurs, Elvin Jones, Art Blakey, Tony Wiliams, Steve Gad et des batteurs anglais plus pop comme Phil Collins, Ringo Star.
Tob : Quels conseils donnerais-tu à un jeune batteur qui veut se lancer sur la longue et épineuse route du professionnalisme ?
CS : Déjà de travailler tous les jours son instrument même une demi-heure et surtout de travailler en groupe, de jouer avec d’autres musiciens.
S’il y a moins de travail pour les musiciens dans les studios, en revanche je pense que dans l’avenir on va revenir davantage à la scène.

CS : Depuis mon enfance, on en écoutait beaucoup à la maison, et j’en jouais déjà avec mon père. Je n’ai pas plus de difficulté à jouer du jazz que d’accompagner un chanteur de variétés, c’est différent. C’est pourquoi le fait d’avoir joué des musiques très éclectiques, et d’avoir fait beaucoup de studio me permet d’approcher le jazz d’une autre façon, peut-être pas comme un jazzman puriste ?
Tob : Aurais-tu un petit exercice technique que tu pratiques régulièrement ou qui t'a beaucoup appris à enseigner aux lecteurs de la toile des batteurs ?
CS : le Papa/Maman, le moulin, et métronome et d’autres biensûr...
CS : Je l’ai enregistré un matin à froid, et c’était la 1ère prise. J’aime bien les 1ères prises ! Je ne l’ai pas travaillé, c’est venu spontanément.
Tob : Que penses-tu de l'affirmation de Christian Vander selon qui le jazz n'avance plus depuis la mort de John Coltrane ?
CS : Il y a des musiciens différents, des mélanges intéressants, des superbes musiciens, mais il n’y a qu’un Coltrane, c’est sûr.

CS : Je serai vite saoul car ils sont trop nombreux !

Claude Salmiéri vu par Superelien
Tob : Continues-tu à bosser quotidiennement ta technique après ces nombreuses années de jeu intensif ou te bases-tu plutôt aujourd'hui sur le travail du son, de la subjectivité de ton jeu que tu développes dans le jazz ?
CS : J’essaye de m’entretenir ! Mais aujourd’hui je travaille plutôt dans le son et la personnalité de mon jeu à travers mon trio. Mais quand je suis dans mon studio, en ce moment, je travaille davantage le piano que la batterie.
Tob : Travailles-tu souvent au métronome? Que penses-tu de l'utilisation actuelle plutôt abusive du click, notamment pour le live ?
CS : Je ne travaille plus avec le métronome parce que j’en ai mangé dans toutes les séances. Certains batteurs en concert utilisent un "métronome" dans l’oreille alors que les autres musiciens n’en ont pas, je trouve cela pas bien et surtout pas naturel.
Si le batteur a un problème avec le tempo, c’est à la maison qu’il doit le régler. Bien sûr quand il y a des séquences, il faut s’accrocher dessus, c’est autre chose.