Les Cours de Guillaume Pihet l'Afrotobien

Bonjour, je m’appelle Guillaume Pihet, je suis batteur et percussionniste.

Je vous proposerai cette année de vous emmener outre Méditerranée, à la découverte de rythmes et de percussions du continent africain. Nous nous baladerons en Afrique de l’Ouest, entre la Guinée (Conakry), le Mali, le Sénégal, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Ghana. Nous ferons également quelques escales en Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie).

Ces différents articles auront pour finalité l’adaptation de rythmes traditionnels à la batterie.

Bienvenu dans le monde fascinant des rythmes ethniques.

 

Avant Propos

Nous commencerons aujourd’hui par l’étude de quelques rythmes issus du « l’influence » mandingue, basé sur le jeu du djembé et des dunums.

Le Djembé  :

Le Djembé est une percussion d'origine mandingue, jouée dans beaucoup de régions d'Afrique de l'Ouest. Son fût est fabriqué artisanalement à partir d'un seul tronc d'arbre évidé et ouvert aux deux extrémités. Les essences de bois les plus souvent utilisées pour sa fabrication sont le lenké , le kahycédrat , le dogora , ou le worojiri (le bois doit être dense, rude, sans être trop lourd, et avoir une sonorité chaude et claquante). Sa forme fait penser à celle d'un mortier à piler le mil. Ce sont les rapports entre sa taille, son diamètre, sa caisse de résonnance et son pied qui caractérisent l'instrument, sa qualité et sa sonorité.

Une peau animale (généralement de chèvre) est installée sur le haut de la caisse de résonance. Elle est trempée dans de l'eau (ce qui la rend malléable), puis dégraissée, montée sur le fût (avec l'installation des trois cerclages et du cordage), très légèrement tendue, séchée, puis rasée. Elle est ensuite tirée avec vigueur. La tension est maintenue par un subtil système d'entrelacement du cordage.

Le djembé est joué à mains nues. En fonction du positionnement de celles - ci et de leur façon de frapper l'instrument, plusieurs sonorités peuvent être obtenues. Les trois sons de base sont :

- son basse , la paume de la main frappe le centre du djembé, elle rebondit immédiatement.

- son tonique , l'extrémité de la paume se place sur le bord du fût, les doigts sont serrés.

- son claqué , les doigts sont légèrement écartés, la main courbée vers l'intérieur. Le bout des doigts vient claquer la peau en rebondissant instantanément.

En groupe, le djembé a fonction de soliste et d’accompagnement.

Les Dunums :

Un Dunum est un tambour cylindrique en bois (creusé en plein tronc) ou métallique (bidon récupéré). Deux peaux de vache sont tendues de part et d’autre du fût. Il existe 3 dunums :

- le Sangban, de taille moyenne, son son est plutôt médium.

- le Dunumba le plus gros des trois, il a le son le plus grave.

- le Kenkeni, le plus petit, il a le son le plus aigu.

La section des dunums, qui accompagne quasi-systématiquement le djembé, revêt l’aspect mélodique d’un rythme. A l’image de la diversité des cultures qu’il existe en Afrique de l’Ouest, la manière de les jouer varie sensiblement d’une région à l’autre. Chaque dunum est parfois accompagné d’une cloche.

Rythme 1 : Makru

Makru est un rythme guinéen (à l’Ouest, à la frontière du Sierra Leone), de l’ethnie des Soussou. Ce rythme populaire est dansé par les adolescents pour se séduire les uns les autres.

Makru :

 

En voici quelques adaptation à la batterie :

1 - Le dunumba est interprété à la grosse caisse et le sangban à la caisse claire. La ligne de charleston suit ces accentuations (l’ouverture doit être légère).

Exercice 1

 

2 - Ici, les 2 mains jouent la charleston en frisé. Attention aux accentuations sur les 2 dernières croches de chaque temps (qui rappellent la partie kenkeni du rythme).

Exercice 2

 

3 - Ici l’adaptation est un mix entre la partie djembé et les dunums de Makru.

Exercice 3

 

Rythme 2 : Madan

Madan est un rythme populaire malien. Il est très proche du rythme guinéen Diagbé (joué à la fin du Ramadan).

Madan :

4 - Dans cet exemple, c’est la partie sangban de Madan qui est adaptée à la batterie. Il existe 2 frappes qui permet d’obtenir 2 sons distincts sur un dunum : le son ouvert (la baguette rebondi sur la peau) et le son fermé (la baguette reste appuyée sur la peau pour étouffer le son). Ici, les sons ouverts sont adaptés à la grosse caisse et les sons fermés à la caisse claire.

Exercice 4

 

5 - Idem avec adaptation de l’accompagnement djembé à la charleston.

Exercice 5 lent

Exercice 5 rapide

 

6 - Ici c’est une adaption sangban/dunumba. La charleston au pied tient la pulse.

Exercice 6 lent

Exercice 6 rapide

Rythme 3  : Tiriba

Tiriba :

Tiriba est un rythme guinéen joué par l’ethnie des Landuma. C’est un rythme populaire, dansé jadis par les jeunes filles après l’initiation.

La charleston est jouée en frisé. Comptez à haute voix, ressentez la pulse, il faut toujours savoir où est le « 1 ».

Exercice préliminaire :

Ajoutez la partie dunumba à la grosse caisse :

Exercice 7 lent

Exercice 7 rapide

 

8 - Les accentuations charleston rappellent la partie djembé. Attention, elles sont « en l’air », sur les deuxièmes croches de chaque temps, et c’est au départ très déstabilisant. Je vous conseille donc de travailler lentement, avec un click.

Exercice 8 lent

Exercice 8 rapide

 

9 – Dans cet exemple, la charleston est jouée main F. C’est un placement et un mouvement essentiel à travailler.

Exercice 9 lent

Vous pouvez jouez de temps en temps cette variation à la grosse caisse :

Exercice 9 rapide

Voici un petit aperçu de rythmes d’ Afrique de l’Ouest adaptés à la batterie. Le répertoire traditionnel est très vaste, et pour chaque rythme, beaucoup d’adaptations sont possibles.

Nous traiterons dans les prochains articles de notions spécifiques (polyrythmie, polymétrie, contres…), empruntées à la magie de ces rythmes. J’espère que vous pourrez vous les approprier et les développer dans votre Musique.

Si vous avez des questions ou des remarques, n’hésitez pas à aller faire un tour du côté des forums de discussions.

 

Dossier réalisé par Guillaume Pihet- Septembre 2005

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L'interview