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Chronique concert PLACEBO

Besançon, le 31 mai 2006, salle Micropolis

Il faut battre le fer quand il est chaud donc je saisi mon crayon pour vous rendre compte de mes impressions sur le concert de Placebo auquel j'ai assisté hier soir à Besançon.

Tout d'abord une rapide présentation de ce groupe anglais pour ceux qui ne connaitraient pas (bien qu'ils doivent être rares !! ).

Placebo est né de la rencontre entre son leader charismatique et ambiguë Brian MOLKO et le (très) grand ( par la taille et par le talent) Stephan OSDAL en 1995.

Le premier album éponyme sort en 1996 avec Robert Schultzberg aux baguettes.

Très vite repéré par Bowie et Iggy Pop qui le perçoivent comme le nouvel emblème d'un Rock authentique et torturé, le groupe se crée dès lors une grande notoriété dans la mouvance du Rock alternatif qui s'essoufle depuis plusieurs années. Plusieurs morceaux entrent dans les charts et l'album se vend très fort.

A la suite de conflits récurrents entre Molko et Shultzberg, les baguettes sont confiées au batteur actuel, Steve HEWITT.

Depuis, Placebo a sorti quatre nouveaux albums :

La popularité du groupe explose, les tubes s'enchainent et les ventes d'albums s'envolent. Placebo devient un (petit) phénomène et le nombre de fans s'étend sur tous les continents.

Définir le style d'un groupe est toujours délicat. Disons que Placebo se situe dans un registre Pop-Rock assez dur et torturé, imprégné d'une certaine mélancolie avec quelques soupçons de douceur. La musique, noisy et brut, me fait penser, par certains côtés à Nirvana et Sonic Youth. L'utilisation de l'électro, plus ou moins importante selon les albums et les morceaux, apporte une touche identitaire non négligeable à la musique du groupe sans être l'essentiel.

C'est surtout la voix particulière, assez haute et nasale, de Brian Molko et ses mélodies chants qui définissent toute l'identité de Placebo. La formation actuelle est constituée de Brian Molko : guitare et chant, Stephan Osdal : guitare et basse et Steven Hewit à la batterie.

Le concert :

La notoriété de Placebo au niveau international est très importante. Le concert du 31 mai à Besançon s'est déroulé à guichets fermés. Les réservations étaient closes depuis plusieurs semaines. Ce concert a eu lieu à Micropolis, la seule salle de grande capacité de la région capable de recevoir des concert amplifiés.

C'est une salle récente (inaugurée en septembre 1999) modulable pour accueillir différentes manifestations : concerts classiques ou amplifiés et congrès, et à jauge variable suivant l'utilisation et la surface des gradins.

Pour la petite histoire, Besançon, capitale régionale de Franche-Comté, organise un festival international de musique depuis 1948. Ce festival de classique, ainsi que le concours de jeune chef d'orchestre qui lui est associé a acquis une renommée mondiale. La municipalité a toujours basé sa politique culturelle sur le développpement de cet évènement. Elle y consacre chaque année environ 80% de son budget culture, au détriment du rock et des musiques amplifiées, évidemment.

Les concerts Rock étaient relégués dans deux anciens cinémas des années cinquantes de petites capacités (500 et 1000 places) et au Palais des Sports (4000 places).

Ces trois salles étaient très difficilement sonorisables, surtout le Palais des Sports qui est, ni plus ni moins, un hangar avec des gradins en béton.

Depuis longtemps, la ville projetait de s'équiper d'une vraie salle de spectacle de grande capacité afin de rattraper son retard sur l'éternelle rivale : Dijon. Cette dernière dispose depuis longtemps d'un auditorium et d'une salle de concert de capacité moyenne pour les concerts amplifiés. Elle propose une programmation riche, variée et innovante. L'ouverture d'un Zénith de 7000 places en octobre 2005 complète l'équipement de Dijon qui a toujours une longueur d'avance sur son outsider Besançon.

Depuis début 90, Dijon capte les grands évènements Rock de la grande région Bourgogne-Franche-Comté, tandis que Besançon ne récupérait que quelques artistes de variété vieillissants dont je tairais le nom par respect pour le troisième âge...

Il fallait réagir et vite. C'était sans compter sur la guéguerre entre les classiqueux qui rêvent d'un auditorium, d'un côté, et les Rockeux, qui implorent un Zénith de l'autre. Après des années de pallabres et de négociations, le projet de salle modulable est retenu.

Ce projet est un compromis et, comme tout compromis ne satisfait personne...

L'accoustique naturelle de la salle est insuffisante et les concerts classiques doivent tout de même être amplifiés par des prises de sons d'ambiance et les sonorisateurs de musique électrique pestent contre une acoustique médiocre...

Mais, revenons à nos Placebo...

Pour ce concert, la configuration a été établie en version assis-debout avec une jauge totale de 4500 places dont 3400 en parterre et 1100 en gradin.

Toujours à la bourre, j'arrive vers 20 heure 20 parmi les derniers arrivants, la salle est déjà pleine, les gradins complets.

C'est la première fois que j'assiste à un concert dans cette salle et je manque de repère. Je me faufile tant bien que mal au centre de la fosse à environ 25 mètres de la scène à équidistance des deux immenses colonnes d'enceintes de façade.

La scène est prête, le matos de Placebo en place. La batterie de Steve Hewitt recouverte d'une toile noire.

Premier constat désagréable, la scène n'est pas très haute et depuis ma position et ma taille (1m75), je ne vois que les têtes d'ampli au fond de la scène. Heureusement, la batterie n'est pas tout au fond et trône sur une estrade d'environ 60 cm plus haut que la scène. Je vais pouvoir observer le grand Steve.

Second constat, le public, ma foi plutôt jeune tout en étant varié en âge. J'y ai croisé quelques potes quarantenaires accompagnés de leur progéniture de 12 à 15 ans. Majoritairement, il s'agit de lycéens et d'étudiants, dont beaucoup de filles (Ah le beau Brian et ses grands yeux !!).

Globalement, le public est bien propre sur lui, pas de look extravagant ou destroy, pas de comportement bruyant ou provocateur, pas d'agressivité, quelques odeurs de chichon de ci de là, mais sans plus. Rien à voir avec les concerts Punk-Rock d'il y a 15 ou 20 ans.

Les jeunes seraient-ils très (trop) sages ? Ou le tarif des places (36,00€ avec les taxes et la résa) a-t-il opéré une sélection ? Le mystère reste entier.

20 heure 30 tapante, la première partie attaque, c'est un groupe français : PRAVDA.

Sans être méchant, leur prestation a peu d'intérêt. Leur musique me fait penser à un mix saturé entre Taxi Girl et Indochine, un genre que je n'affectionne pas. C'est un trio constitué d'un guitariste choriste, d'une chanteuse bassiste et sample et d'un percussionniste potiche qui agite un tabourin en tapant sur un charley, le tout sur un fond de boite à rythme et de samples Eighties.

Le seul intérêt que j'y ai trouvé, c'est la plastique de la chanteuse, grande et filiforme, et sa tenue de scène : un shorty moulant et une bande de Gaffer noire en guise de soutien-gorges, des bandes du même Gaffer sur les biceps et une coupe de cheveux en bol plongeante noir corbeau du plus bel effet...

Le public avait l'air plutôt réceptif et applaudissait chaque morceau. Donc, en plus d'être propre et sage, les jeunes sont polis... Pas une canette n'a volé, pas un sifflement agacé, pas une huée...

En ce qui concerne le son, bin c'était pas terrible : la guitare peu audible, les percus pas du tout et le chant très irrégulier.

Globalement mal équilibré et des infra-basses à outrance, le son était loin d'être agréable me faisant craindre le pire pour la suite, bien que souvent, les premières parties sont bien mal servies dans ce domaine.

35 minutes plus tard, on plie, on range et on oublie.

A 21 heure 30, précis comme la SNCF, le noir se fait et Placebo débarque dans un délire d'acclamations.

Ils attaquent par des morceaux pêchus du dernier album ''Meds''. L'objectif est limpide : faire rapidement monter la pression et tirer le public vers l'extase sans préliminaire.

Placebo balance la sauce sans hésitation, enchainant les morceaux sans respirer dans la plus pure tradition Punk-Rock, toute la musique que j'aimeu...

Le public, bien qu'assez statique, suit et semble apprécier. La plupart sont des fans et reprennent par coeur les paroles. A ma droite, un petit groupe de lycéennes, visiblement sous le charme, hurle: ''BRIAAAN !!!, BRIAAAN!!!'' en agitant les bras à chaque fin de morceau. (Moi aussi, j'ai les yeux bleus, m****!!!).

Par contre le son est très mauvais en façade. Les guitares saturées à outrance partent en aiguë dans tous les sens, difficilement discernables sous une basse beaucoup trop forte qui ronfle comme une chaudière à gazogène. La batterie est très en retrait. J'ai l'impression qu'elle ne passe pas en façade, la caisse claire et les cymbales sont inaudibles. Seuls la grosse caisse et les fûts sont correctement restitués, ainsi que la voix de Brian Molko, si particulière, vivante et mélodieuse, qui se détache nettement de la bouillie des guitares.

Molko est un très bon chanteur Rock, juste de bout en bout du set, restituant les moindres subtilités des mélodies studios sans forcer, sans s'essouffler.

Le son ne va s'améliorer que pendant la phase plus cool du set où la saturation et la reverb est minimum et repartir en vrac aussi vite dès la reprise des hostilités plus bruyantes.

Après cette entrée en matière, vive et efficace, les morceaux s'enchainent sans temps mort ni blabla superflu. Brian Molko est peu bavard et s'adresse rarement au public, mais toujours dans un français irréprochable, quasiment sans accent.

La set liste est très bien construite en quatre phases de rythme bien équilibrées ne laissant jamais le public retomber dans la léthargie.

Après quelques morceaux plus soft, le trio, épaulé par deux musiciens additionnels ( qui alternent à la basse, à la guitare et aux claviers) relancent le public dans une ambiance ascentionnelle bien Rock jusqu'au break de quelques minutes.

Pour terminer, ils ascènent le coup de grâce en trois morceaux entrainant la salle vers la conclusion.

Tout au long du concert, la prestation est carrée, sobre et efficace. Placebo est un bon groupe de scène. Ils savent mettre en place leur ambiance et la maitriser sur un show d'1 heure 30 précise. Ils ne font pas de pain grossier, c'est huilé, ça tourne sans raté.

Le jeu de scène est simple. Brian Molko est assez statique. Le grand Stephan Osdal, torse nu arbore la même déco que la chanteuse du groupe précédent, des bandes de gaffer sur la poitrine et les biceps, mais en blanc. Il est le plus mobile. Il ondule et s'agite en lançant sa guitare de tous côtés dans un duel à main nues désarticulées. Hewitt ne bouge pas de son siège, évidemment. Je ne le vois pas très bien, masqué par son charley, positionné très haut et devant lui. Les deux musiciens additionnels sont collés aux amplis et ne bougent pas. Vêtus intégralement de noir, ils sont peu éclairés. Un ami, qui a vu Placebo en 1996, me disait qu'ils jouaient carrément derrière la scène à cette époque.

En ce qui concerne la batterie de Steven Hewitt, je n'ai pas pu l'observer de très près et comme je l'ai dit plus haut, je ne l'ai pas bien entendue. C'est une Yamaha blanc crème (enfin, c'est ce qui est écrit sur la peau de réso de grosse caisse). La grosse caisse est une 20 '' de diamètre assez profonde (peut-être 17''). un tom de 10'' et deux toms basses de 14'' et 16'' sont pendus sur un rack. Hewitt a utilisé deux caisses claires : une en cuivre rouge assez profonde (6,5 ou 7'' ? ) et une piccolo en bois de 3,5 '' (?) . Son set arbore une très jolie collection de cymbales, 8 ou 10, et le fameux charley très haut.

Les indications de taille sont très approximatives, ne les prenez pas pour argent comptant

Côté lumières, la prestation est très bonne, à mon goût. Trois vidéo-projecteurs balancent des images en boucle au desssus des musiciens. Les images, en noir&blanc pour la plupart, collent bien aux morceaux. Elles sont simples : des visages, des rues ou des immeubles. Rien de spectaculaire qui focaliserait l'attention. Des images plutôt tristes et mélancoliques qui correspondent bien à la musique de Placebo. Le reste de l'éclairage est soft, plutôt monochrome et sans fioriture excessive, à part les éternels stroboscopes de temps à autre.

Globalement, le set est pré-établi, minuté, ne laissant pas de place à la spontanéité et à l'improvisation. Les Placebo sont en retrait, distants et froids. Ce qui est bien dommage pour un spectacle dit vivant. Le public est convaincu d'avance donc réagit bien. Mais il manque cette petite flamme, cette impression de communion, de partage d'émotions portées par un groupe ou un artiste.

Brian Molko a la réputation d'un charisme extraordinaire, il ne m'a pas convaincu.

La magie n'y était pas... J'ai déjà vu près de 300 concerts dans ma vie. Celui-ci a été très moyen et ne restera pas dans ma mémoire. En espérant que ce n'était qu'un jour sans pour Placebo et que les autres prestations de la tournée auront plus d'âme.


Dossier réalisé par Prunel70 - Juin 2006

 

 

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CHRONIQUE : Placebo en concert 31/05/2006 à Besançon

Par Prunel 70