
SEPTEMBRE, EN ATTENDANT ?
11 septembre 2001 – 19 septembre 2005 : un peu plus de quatre années après la sortie de leur dernier album (le somptueux ‘’Des Visages Des Figures’’), un double live de Noir Désir est disponible dans tous les bacs. Enfin !
‘’En Public’’ devait sortir bien avant 2005. En effet, dès la fin de la tournée ‘’Des Visages Des Figures’’, le groupe commence à travailler sur le mixage du live, d’abord chacun de son côté, en sélectionnant « deux ou trois versions de chaque morceau » 1 parmi 56 versions différentes (les 56 dates de la tournée ayant toutes été enregistrées). Malgré cette écoute séparée, tout le monde s’est retrouvé d’accord sur les versions à garder ! Et la suite, nous la connaissons : « nous sommes partis en studio pour mixer cet album, et puis voilà, nous avons appris Vilnius, et tout s’est arrêté. Tout est resté dans des cartons. » 1
Mais il en faut plus pour arrêter quatre amis, liés depuis l’adolescence, et leur fabuleuse histoire musicale qui dure depuis 25 ans. Alors, quand Bertrand Cantat retourne en France, petit à petit le projet se remet en place, le ministère de la Justice lui octroyant même un petit passe-droit en lui permettant d’écouter les mixages et d’apporter ses points de vue. « Nous avons toujours fini ce que nous avons commencé » 1 : alors, malgré deux années de silence volontaire, ce live tant attendu voit le jour, 11 ans après ‘’Dies Irae’’ !
Premières impressions :
La couverture du coffret est très sobre : le titre NOIR DESIR EN PUBLIC occupe tout l’espace, et le fond est constitué d’une photo montrant une scène éclairée, qui ressort immédiatement de l’ensemble, puisqu’elle n’est entourée que de noir et d’une foule dense et sombre. Le livret est très fourni, 52 pages dans l’édition luxe coffret, un format assez rare dans l’industrie du disque pour être signalé ! Cependant, les photos que renferment ces 52 pages sont assez spéciales et floues, et ne mettent pas assez en valeur les musiciens, à mon goût.
Sur un côté du coffret, les quatre différentes définitions du mot ‘’concert’’ données par le petit Larousse, illustrent bien ce qu’est un concert de Noir Désir : toutes ces définitions réunies !
La liste des morceaux laisse présager de très bonnes choses ! Malheureusement il n’y en aura que 24, 12 pour chaque galette. De plus, un de mes morceaux préférés, ‘’Un Jour En France’’, n’y figure pas. Hé oui, difficile de réunir en un seul album (même s’il est double) toute l’excellence que Noir Désir a pu produire sur scène !
Mais on se consolera en remarquant que le groupe a pris soin de sélectionner des morceaux de chaque album, du premier, le trop méconnu ‘’Où Veux-Tu Qu’Je R’garde’’ (avec ‘’Pyromane’’), au dernier. Cependant, l’accent semble avoir été mis sur ‘’666.667 Club’’ et ‘’Des Visages Des Figures’’, qui, à eux seuls, se voient attribuer la moitié des titres.
De belles surprises nous attendent sur le deuxième CD, avec une reprise inédite de King Crimson, ‘‘21st Century Schizoid Man’’ et de Jacques Brel avec ‘’Ces Gens-Là’’ (qui se trouve dès 1998 sur un album hommage au Belge, Aux suivant(s)). Enfin, ‘’Ce N’Est Pas Moi Qui Clame’’, interprétation inédite d’un texte du poète hongrois Jozsef Attila, sera une belle manière de découvrir cet homme trop méconnu. (D’ailleurs, pour en savoir plus sur ce personnage, allez faire un tour sur ce site (en français) : http://www.mek.iif.hu/kiallit/ja/francia.html)

Mes impressions à l’écoute :
Quelle claque ! Le son est bien meilleur que sur "Dies irae" : la production est aussi bonne que sur leurs deux derniers albums. Les titres s’enchaînent avec une intensité crescendo, ce qui avait été recherché par le groupe : "nous avons respecté le rythme normal du concert, le truc qui s’installe, se développe tranquillement et qui s’enflamme après quelque temps" (2). Aucune forme de remplissage ne vient polluer le disque : "les commentaires entre les morceaux ont été enlevé parce qu’ils n’ont d’intérêt que dans le cadre du concert : ils n’ont aucun intérêt sur disque" (1&2)" et les interventions du public ont été réduites à leur strict minimum : de la musique, rien que de la musique !
L’écoute des 21 morceaux déjà présents dans la discographie de Noir Désir fait apparaître une évidence frappante : chaque morceau a évolué, (même ceux du dernier album !). L’arrivée de Christophe Perruchi (claviers, samples, chœurs), indispensable pour adapter les titres de ‘’Des Visages Des Figures’’ à la scène, n’est pas étrangère à cette nouvelle orientation musicale.
Cependant, certaines évolutions pourront dérouter certains : ainsi ‘’L’homme Pressé’’ débute sur un rythme hip-hop, et on ne reconnaît ‘’Ernestine’’ que quand Bertrand Cantat commence à chanter…
Le groupe pourrait être qualifié de progressif sur ‘’Si Rien Ne Bouge’’, excellente entrée en matière, et fait même penser à Pink Floyd (une référence en la matière, n’est-il pas ?) par les bruitages employés sur ‘’A l’Arrière Des Taxis’’ (qui ressemblent à s’y méprendre à ceux employés entre ‘’Speak To Me’’ et ‘’Breathe’’, sur l’album ‘’The Dark Side Of The Moon’’ et sur le deuxième CD de ‘’Pulse’’) ! Sur ce même morceau, un évènement inédit arrive tel un ovni : Denis Barthe prend un solo ! Certes, il n’est pas très long (un tout petit peu plus d’une minute), mais ceci constitue une première chez Noirdez, et nous donne envie de voir ‘’Nini’’ sortir plus souvent de l’ombre !
Enfin, ‘’En Public’’ se termine en apothéose, avec les superbes versions de ‘’Ces Gens-Là’’, sur laquelle Cantat n’a pas grand-chose à envier à Brel, de ‘’Comme Elle Vient’’ (une octave au-dessus !), d’ ‘’A Ton Etoile’’ (le moment où Bertrand Cantat chante en Espagnol m’a donné la chair de poule) et surtout ‘’Ce N’Est Pas Moi Qui Clame’’, véritable moment fort de ces deux heures de musique ! A cette liste d’excellence j’ajouterai ‘’Des Armes’’, superbe (la version studio l’était déjà), et ‘’Tostaky’’, pour les mêmes raisons que ‘’A Ton Etoile’’ : quand Bertand chante en Espagnol, l’émotion est à son comble ! ‘’21st Century Schizoid Man’’ n’atteint pas ce niveau de perfection selon moi : étant un grand fan de King Crimson, je trouve que cette version n’est pas assez fidèle à l’origine.
Petite conclusion :
Nous recevons bien la confirmation que noir désir n’est pas un excellent groupe de rock français, mais un super groupe de rock tout court ! ‘’En Public’’ doit absolument figurer dans toute CD thèque qui se respecte !

Chronique écrite par MoissonneurBatteur - Octobre 2005
Toutes les photos sont issues du site officiel de Noir Désir : http://www.noirdez.com/
(1 ) : Citations extraites d’une interview parue dans « les inrockuptibles hors série noir désir » et sont de Denis Barthe
(2) : Citations extraites de la même interview, mais de Serge Teyssot-Gay

Chronique CD : Noir Désir en Public
par Moissonneur Batteur - octobre 2005