
Un idéal de batteur(s)
Par Hostis (Bruno Ceschino)
Un Ideal de Batteur(s)
Passion, Technique, Pulsation, Personnalité
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Le savoir nous vient de nos ancêtres, n'est-ce pas? Grâce aux aventures musicales de nos prédecesseurs la musique évolue, et chacun crée sa voix à partir de la voix des autres. Comme le dit si bien Elvin Jones (batteur jazz) : "Il faut une fois pour toutes prendre conscience que la musique est faite pour être interprétée. Il faut comprendre le sens profond de chaque note, son expression, son histoire. La musique est comme un livre. C'est le livre de la vie, de la vie de chacun, du monde."
Le jazz, pour prendre un exemple, a connu une incroyable évolution en l'espace de quelques générations. D'expériences en innovations, de père en fils musiciens, ce cadre d'improvisation a été constamment réinterprété et réactualisé, et continue de l'être aujourd'hui. Du swing au be bop, du smooth au hard, du free à l'electro, en passant par les couleurs attrayantes de l'Afrique, des balkans, de l'inde... Le jazz est infini, pourtant la base est la même pour tous. Il en est de même pour la musique en général. Chaque musicien se l'approprie pleinement, dans chacune de ses formes, avant de la colorer à son tour du petit rien qui sera sa manière de l'interpréter, son émotion face à la création collective qui le précéde.
Tout notre entrainement individuel est axé sur la volonté de faire vivre la musique aussi bien que ceux qui nous l'ont fait aimé, ceux que l'on juge bon, nos idoles, nos fantasmes de musicien. Ce sont eux qui doivent nous servir de guide et d'idéal et c'est en basant notre travail sur le leur, en les écoutant, en les observant que l'on peut un jour espérer atteindre leur niveau de créativité.
Voilà pourquoi j'ai voulu en quelque sorte leur donner la parole en essayant d'extraire de leurs propos ce qui fait leur particularité, ce qu'ils ont développé et appris pour acquérir une telle maitrise de l'instrument.
Passion, Technique, Pulsation, Personnalité. Voilà ce qui est ressortit des innombrables interviews que j'ai récoltées sur internet afin de créer une sorte de batteur utopique, un idéal universel. A chacun ensuite de se situer par rapport à ce qu'il devrait et voudrait travailler, chaque batteur ayant sa propre manière d'aborder la musique.
Un batteur sans technique poussée, mais qui assure son rôle de gardien du temps efficacement, en y prenant plaisir, est tout aussi respectable dans sa manière de vivre sa passion que celui qui choisit d'aller plus loin, d'apporter sa touche personnelle à l'évolution générale.
Afin d'éviter les palabres théoriques interminables (souvent inefficaces concrètement) j'ai essayé d'associer à la construction de mon batteur idéal un maximum de conseils pratiques et techniques qui m'ont été transmis par mes différents profs. Le but étant de vous pousser à vous interroger sur votre jeu, à dresser un genre de bilan de contrôle de vos défauts afin de travailler votre instrument plus efficacement. Pour se faire, j'ai basé le jeu de mon batteur idéal sur quatre piliers qui me semblent essentiels :
I - La Passion, le travail : "La plus grande règle, c’est de ne jamais arrêter de jouer, en jam, en répétition, sur scène, chez soi, en soi"
Jack De Johnnette (batteur jazz)
C'est une évidence. Jamais vous n'atteindrez un niveau de maitrise élevé sans un travail continu et intensif qui a pour source et moteur la passion de l'intrument. Il faut pratiquer encore et encore, et évidemment, y trouver du plaisir.
"Le bonheur de travailler m'a tout fait supporter. (...) Seul le plaisir de créer permet à l'artiste d'affronter les difficultés (...). C'est le travail et la volonté qui ont donné la vigueur, fait la force de mon art." - Auguste Rodin (sculpteur francais) -
Il faut jouer régulièrement, même pour des entrainements de courtes durées, l'important est que le travail soit efficace. Qui n'a jamais connu des phases de sa vie musicale durant lesquelles il jouait de nombreuses heures chaque jour, avec acharnement, sans avoir le sentiment de progresser ?
Il faut se méfier des interminables soli (pluriel de solo) qui, assurément, nous procurent un grand plaisir, mais qui ne font en fait que renforcer les qualités déjà développées de notre jeu. Nous ne jouons ainsi que sur nos acquis. Apprenons, tout en nous réservant des moments de détente, à trouver de l'intérêt et du plaisir dans le travail de nos points faibles, ce qui constitue l'essence d'un bon apprentissage.
C'est seulement en ayant conscience de nos défauts que nous pouvons espérer en faire des qualités.
Une solution pratique décrite par Bob Moses (batteur jazz) est d'écrire sur un tableau la liste de nos points forts et faibles puis de prévoir une sorte de programme de travail que l'on pourrait diviser en quatre parties.
La première colonne contiendra les travaux sur lesquels vous devrez travailler dans les jours à venir, la seconde dans le mois, la troisième pour toute l'année, dans la dernière colonne vous inscrirez tout ce qui vous parait essentiel à maitriser dans le long terme, un idéal à venir.
Cette organisation vous permettra de mettre un peu d'ordre dans votre travail de l'instrument et de vous fixer des objectifs, qui vont fatalement évoluer avec le temps et l'évolution de votre jeu. Cela demande un minimum de rigueur, évidemment, mais le seul fait d'écrire le tableau vous permet de défricher un peu votre jeu, de faire le point, et d'agir ensuite en toute conscience.
Et si vous vous découragez, rappelez-vous qu'on ne peut jouer sans avoir joué. On dit qu'un virtuose c'est 10% de don et 90% de travail, devenez en donc un si cela vous chante, vous en avez la capacité ! Vous pouvez devenir un bon musicien, pensez-y puis mettez-y la volonté et l'énergie necessaire, le résultat ne dépend plus que de la qualité (et non seulement quantité) de votre travail. En fait pour réaliser ce travail vous n'aurez besoin que de votre passion.
"La musique est une révélation plus haute que toute sagesse et toute philosophie." Ludwig van Beethoven (pianiste classique).
C'est important une passion dans la vie, ça donne une raison d'être, un sens à cette existence incongrue. Et c'est en vivant chaque seconde à travers sa passion que l'artiste arrive à lui donner la forme de ses émotions et de ce qu'il a de plus profond en lui. Les grands compositeurs sont des hommes qui ont voué chaque jour de leur vie à la musique. La musique était dans chaque sentiment, chaque peur, et les musiques les plus sombres sont issues des coeurs les plus meurtris.
"Le virtuose ne sert pas la musique, il s'en sert"
Se servir de la musique, tel devrait être le but ultime à écrire dans la colonne "long terme" de notre tableau de travail. Utiliser la musique pour exprimer le monde par la seule mélodie qui nous soit vraiment personnelle, celle de notre inconscient.
II - Le travail, la technique : "La technique, c'est la faculté de projeter vos idées musicales à travers l'instrument, le contrôle de la dynamique, la couleur et par dessus tout, la capacité de projeter une émotion."
Vladimir Horowitz (pianiste classique)
Emmanuel Kant (philosophe allemand) a écrit : "La musique est la langue des émotions", et, exactement dans le même sens, on peut dire que la technique est la langue de la musique.
Un outil qui permet de créer, de véhiculer des pensées, des émotions. La technique est notre langage et c'est à travers lui que nous communiquons. Un minimum de technique est donc indispensable ainsi qu'un travail régulier pour l'entretenir. Ayez au moins les bases vous permettant d'être à l'aise et d'avoir assez de vocabulaire pour vous exprimer. Plus vous aurez de technique plus vous aurez de liberté pour concrétiser vos idées derrière vos futs.
Cependant la technique doit être bien utilisée et travaillée, Alain Gozzo (batteur fusion) : "La technique doit servir la musique, et il y a beaucoup de batteurs pour qui cette notion passe au dessus de la tête" . La technique doit rester un organe nécessaire à votre travail de création, pas un but existentiel ni une compétition, sans musicalité la technique n'est qu'un sport.
Pour en venir au concret il y a quelques rêgles basiques à respecter lorsque nous nous entrainons afin de bien assimiler. Car avant tout et comme l'a habilement mis en évidence Franz Liszt (pianiste classique) : "Ce n'est pas l'étude de la technique qui importe, mais la technique de l'étude."
Tout d'abord lorsque vous abordez une notion nouvelle veillez tout le temps à commencer très lentement, de préférence avec un métronome, puis à l'étudier sous divers angles. Comptez les temps à voix haute, changez les doigtés, modifiez le débit, testez les différentes couleurs sonores sur les futs, jouez en nuance, travaillez le son, inversez la main d'attaque, échangez les rôles de vos membres, retirez et chantez une partie du rythme en jouant le reste, chantez tout votre rythme en place, et il en existe beaucoup d'autres...
Une fois le travail préparatoire fini augmentez progressivement le tempo, en gardant comme objectif premier la musicalité. Toujours essayer de mettre en relation le travail fastidieux avec un contexte musical. Trouvez le geste, le tom, la manière de placer le temps qui vont faire sonner musicalement votre exercice.
"L'idée musicale doit toujours précéder la pratique d'un quelconque exercice, de même qu'elle doit précéder tout ce que vous jouez. (...) C'est une mauvaise habitude de séparer la batterie de la musique." - Bob Moses -.
Plus loin ce grand batteur insiste en donnant l'exemple courant du travail quotidien au pad devant la télévision. Il faut bannir le bourrage de crâne non musical, ne pas rentrer dans un style de jeu mécanique, stéréotypé qui freine votre créativité.
Néanmoins tout ce que vous travaillez est bon à prendre, encore faut -il savoir le réutiliser au moment opportun.
N'hésitez pas à aller voir un peu dans toutes les directions, votre jeu n'en sera que plus riche et varié. Pensez aussi lorsque vous avez bien fait tourné un exercice à cacher la feuille et à le jouer de mémoire, cela vous permettra de vous concentrer sur vos mouvements et votre manière de l'interpreter, en plus cela enrichira votre "vocabulaire instinctuel".
Une autre astuce permettant d'aborder l'exercice autrement est de le jouer au métronome mais en prenant comme point de départ un contre-temps. Vos temps jusqu'à présent fortifiés par les gros "bip" réguliers se retrouvent seuls entre les contre-temps que vous jouerez maintenant de façon beaucoup plus précise. Cela vous permettra peut-être d'aborder certains rythmes avec un feeling different, une approche plus originale, plus solide.
Pour bien coordonner vos membres entre eux et pour avoir une bonne assise vous pouvez battre silencieusement les temps (plus les contre temps suivant le tempo et le rythme) avec le talon de votre jambe gauche. Cette pulse régulière va vous aider à bien maintenir votre tempo, notamment celui de votre grosse caisse qui devra être jouée en phase avec le pied gauche qui servira alors de référence.
Gardez toutefois à l'esprit que cette facilité d'ordre physique (coordination des deux pieds qui joue certains coups simultanément) ne remplace pas le tempo interieur et vous devez également savoir vous passer de ce pied, à plus forte raison lorsqu'un autre membre assure déjà le débit régulier du maintient du tempo.
Si j'avais un dernier conseil de travail à vous donner ce serait celui-là : chantez votre ryhtme ! "Can't sing, can't play" aurait dit un professeur de Berkley.
Le tempo intérieur est primordial ! Essayez la prochaine fois qu'un rythme vous pose problème : chantez-le, si votre chant n'est pas fluide, en place, jamais votre rythme ne le sera. "La manière dont vous chantez quelque chose c'est la manière dont l'entendez mentalement" -Bob Moses-.
L'avantage de ce concept est que vous pouvez vous entrainer n'importe quand, chanter à voix haute est préférable mais même dans votre tête vous pouvez travailler n'importe quel rythme, si vous l'intériorisez bien vous verrez immédiatement la différence derrière vos futs.
Il est également intéressant de mélanger les parties chantées et jouées. Ainsi, commencez un rythme basique puis enlevez un des éléments (caisse claire, charley, grosse caisse) et continuez à jouer le rythme sauf cet élément que vous chantez à sa place. Ensuite rajoutez le et chantez maitenant une autre partie de votre rythme, etc... Essayez avec des rythmes plus complexes vous verrez que c'est un bon travail pour progresser dans l'intériorisation des rythmes et de leur placement dans l'espace.
Enfin si vous avez vraiment des lacunes dans certains domaines n'hésitez pas à prendre quelques cours avec un prof. Une technique mal travaillée et maladroite est plus handicapante qu'autre chose. Le prof, lui, possède la technique, sait comment la travailler et pourra surtout vous corriger sur le point essentiel du travail de votre technique : le geste.
III - La pulse, le groove : "Le plus nécessaire et le plus difficile dans la musique c'est le tempo." Wolfgang Amadeus Mozart (pianiste classique)
Pour avoir la pulse, je pense que dans la plupart des cas un travail au métronome est indispensable. La question a déjà été maintes fois débattue et personnellement, après réflexion je constate que les seuls batteurs "pro" qui peuvent prétendre ne jamais avoir utilisé de métronomes sont des batteurs qui ont tous eu un contact intensif avec la musique et la scène durant leur apprentissage. Je pense par exemple à la majorité autodidacte des batteurs jazz afro-américain du début du XXe siècle. Ces musiciens avaient la pulse, et ils ne savaient même pas ce qu'était un métronome.
Par contre les contre-bassistes, ils savaient ce que c'était puisque pour survivre ils les cotoyaient dans les clubs cinq fois par semaine, de 21h à 6h du matin depuis l'âge de douze ans... Aujourd'hui le contexte n'est plus le même et je ne pense pas que beaucoup de batteurs jouant en groupe une fois par mois et n'ayant jamais touché à un métronome aient la même pulsation... "Il faut travailler le tempo, c’est évident : le métronome" Maxime Zampieri (batteur jazz/fusion)
Tout d'abord, un travail mental doit être fait au niveau de la valeur du temps, de sa place dans l'espace sonore avec laquelle il faut jouer selon les circonstances.
Il faut d'ailleurs que je vous révèle une astuce qu'un de mes profs m'a appris récemment quant au placement du temps. Pour jouer plus "au fond" (derrière) du temps, essayez tout simplement de déplacer votre centre de gravité en vous penchant vers l'arrière sur votre tabouret. Penchez vous vers l'avant : vous anticipez maintenant légèrement le tempo. Ca à l'air un peu facile comme ca mais essayez, vous verrez, c'est surprenant : ça marche !
Néanmoins il faut toujours garder un tempo intérieur, accorder de l'importance au silence, au placement de chaque note.. Ecoutez les breaks des grands batteurs, les plus simples ne sont t-ils pas parmis ceux qui groovent le plus ?
Miles Davis (trompettiste jazz) donne une bonne définition de cette notion de vide autour duquel nous construisons notre musique : "La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu'encadrer ce silence. "

Essayez de jouer à la blanche à bas tempo. Apprenez à sentir le silence entre chaque coup, contrairement à ce que l'on pourrait penser, jouer très lentement est beaucoup plus difficile que jouer très rapidement. Sans vos repères habituels vous serez obligés d'écouter ce silence, d'en saisir toutes les formes et à ce moment seulement vous lui accorderez l'importance nécessaire.
Pour le sentir, garder une pulsation avec votre jambe gauche est une solution concrète, mais le véritable travail est mental. Chanter ce que vous jouez est la meilleure des jambes gauches, celle qui ne vous fera jamais défaut, celle de la musique intérieure.
Ainsi même lorsque vous ne jouez rien vous continuez à penser le tempo. Essayez ce travail de chant sur le prochain riff de votre bassiste. Laissez le commencer, mémorisez bien sa mélodie et chantez la en boucle, à haute voix de préférence, et en marquant bien la rythmique.
Une fois seulement que votre voix est bien en place, commencez votre rythme. Trouvez les temps forts ou funky qu'il serait intéressant d'accentuer, essayez tout ce qui vous passe par la tête : vous êtes encordé, tant que vous chanterez le riff en place vous retomberez toujours dessus.
Il faut ensuite physiquement sentir le tempo en travaillant sa gestuelle. "En maîtrisant le geste, on maîtrise le rythme." Georges Paczinski.
N'avez-vous jamais eu l'impression en observant les grands batteurs jouer qu'ils sont en train d'effectuer une sorte de transe dansée mettant en action chacun de leur membre ? C'est parce qu'ils vivent le tempo, ils le ressentent de l'intérieur et tous leurs gestes sont calés dessus, en parfaite harmonie.
Chaque mouvement a sa place dans le ballet, observez, le levé de baguette parfaitement sur le contre-temps, la jambe gauche entraînante faisant danser la droite, chaque geste est maitrisé, nécessaire, chaque note voulue, et ca groove !
J'insiste sur le travail de la gestuelle car il est réellement essentiel et sans un beau geste vous n'aurez jamais ni la pulse, ni le groove, ni le son. Le mouvement de vos baguettes doit être vif et précis, bannissez de votre jeu tout mouvement superflu qui casse la régularité de votre rythme.
D'ailleurs Platon (philosophe grec) le disait déjà plusieurs siècles avant JC : "Le rythme, c'est l'ordonnance du mouvement".
Pensez également à bien remonter la baguette à sa position initiale après chaque coup, si vous la laissez près de la peau vous devrez la remonter pour refrapper le prochain coup. Voilà un exemple de mouvement superflu qui nuit à la régularité de votre rythmique.
Apprenez à maitriser le rebond de la baguette et de la batte, si vous les travaillez bien vous tiendrez une pulsation régulière sans efforts.
Trois exemples parmis tant d'autres : la technique du freestroke (développée sur la tob par Floyd), celle du talon pointe (peut-être un jour sur la tob...) ou celle de l'ouverture de la main sur le contre-temps du chabada. Grâce à ces soulagements physiques vous serez plus à l'aise sur les tempi élevés et la mécanique du mouvement vous aidera à harmoniser l'ensemble de vos membres.
Travaillez à éviter tous gestes inutiles ou maladroits qui vous empêcherait de jouer le bon coup au bon endroit. Essayez de réduire le mouvement qui sépare ce que vous pensez de ce que vous jouez. Si vous avez accès rapidement et sans effort à toute votre gamme de son, vous ne serez que plus apte à l'utiliser entièrement et de manière plus créative.
Votre jeu doit être détendu, aéré, vous devez danser en jouant et éprouver du plaisir à danser. Vous ne devez pas luttez contre votre corps, c'est pourquoi vous devez le forger. Dailleurs Bob Moses conseille à tout batteur de pratiquer régulièrement la danse pour harmoniser ses mouvements : "Avec beaucoup d'intruments, le son est plus une affaire mentale, si l'on pense à un son gracieux, on l'obtient probablement. Mais avec la batterie, il ne suffit pas de le penser. On doit être capable de bouger son corps gracieusement."
La pratique des claquettes est aussi un excellent atout à notre jeu puisqu'elle combine la souplesse et l'harmonie corporelle de la danse avec le rythme de la musique. Si vous dansez en rythme votre jeu de claquette sonnera, exactement comme pour la batterie.
A la question "Pourquoi travailler la musculature?" Georges Paczinski a répondu : "En se formant un corps, l'artiste n'est plus en lutte contre lui même. L'émotion musicale peut ainsi passer sans entrave. (...) Il n'y a plus d'obstacle entre l'intuition musicale et sa réalisation sur l'instrument."
Pouvoir jouer tout ce qui nous passe par la tête est un défi mental, technique et physique qu'il faut se donner. Si nous sommes handicapés par l'un nous ne pourrons jamais nous exprimer pleinement derrière nos futs. Nous devons être physiquement capables de jouer n'importe quelle note au moment précis où elle va sonner. D'où l'importance du travail du geste et de nos capacités physiques. Pour cela je ne saurais vous recommander encore une fois (au moins pour le début) de prendre quelques cours avec un prof de batterie car les mauvaises habitudes sont rapidement ancrées. De plus, par quelques heureux héritages de nos ancêtres primates, nous apprenons toujours beaucoup mieux en imitant l'autre...
IV - Les racines, l'ouverture : la personnalité : "Il y a beaucoup de bons musiciens, c'est évident, mais peu de musiciens originaux. Le travail de base, c'est le son. Le son, c'est votre voix, il faut le chercher" -
Miles Davis (trompettiste jazz)
La musique passée, c'est la mémoire de la musique actuelle, les racines de notre jeu. Personne ne peut jouer de manière innée, (exceptions à la Mozart accordées) sans s'être d'abord longuement imprégné de tout ce que nos prédécesseurs ont créé et développé avant nous.
C'est comme cela que la musique évolue, la nouvelle génération puise dans ses influences et innove à partir des idées les plus usées. Plus les sources d'inspirations seront nombreuses et variées et plus le résultat sera personnel et original. C'est à partir du mélange des multiples mélodies qui se sont gravées en nous que l'on crée une mélodie personnelle. Comme une chanson dans laquelle nous aurions placé une note de chacun des morceaux qui nous ont profondément marqué dans tous les styles que nous avons eu l'occasion d'écouter.
L'atmosphère finale serait notre vision personnelle de la musique, l'écho de tout ce qui nous touche en tant que musicien. Même chose pour la musique d'un groupe : plus les musiciens auront des gouts et des influences variées, plus le résultat sera coloré et nouveau.
Commencer donc d'abord par s'ouvrir au maximum, par absorber tout le meilleur de ce qui gravite autour de nous car c'est de l'interprétation de tout cet univers musical que naitra notre personnalité.
"Pas de ségrégation musicale" a dit Sebastien Joly (batteur jazz/rock), respectez donc la diversité, participez-y, cela ne pourra être qu'enrichissant pour votre jeu. Concrètement, rien de compliqué, il vous suffit de vivre naturellement votre passion. Les concerts sont essentiels, faites-en le plus possible, observez, écoutez bien les batteurs, et trouvez ce qui fait leur particularité Jack Dejohnette (batteur jazz) :
"Il n’y a rien d’autre à faire que d’écouter les meilleurs musiciens du monde. Quelque soit leur style. Il faut les trouver et les écouter attentivement pour bien comprendre en quoi ils sont différents, et ce qu'ils développent pour atteindre un tel niveau."
Ces batteurs détiennent les clefs de votre jeu, à vous d'aller les chercher dans chacun de leurs plans. Ce sont eux, quand ils jouent, qui sont les meilleurs profs que vous ne trouverez jamais, essayez de comprendre leurs leçons, vous n'avez qu'à ouvrir grand vos mirettes et tendre un peu l'oreille...
Je pense que la personnalité devrait être l'objectif principal de toute démarche artistique. Et que je n'entende pas que l'on reconnait moins facilement un rythmicien d'un mélodiste : n'êtes vous pas capable de reconnaitre à l'écoute la précision aérienne de Steve Gadd (batteur fusion) ou la frappe puissante de Dave Grohl (batteur rock) ?
Ces musiciens ont trouvé leur son, leur identité musicale et c'est ce qui fait leur force. D'ailleurs Miles Davis le confirme : "Il y a beaucoup de bons musiciens, (...)mais peu de musiciens originaux".
Si vous voulez émerger de la surface musicale il vous faudra trouver votre son. Pour cela il faut bien entendu avoir joué et joué, et encore jouer, pendant des années.
Puis, d'expériences en expériences, de recherches en recherches, chacun trouve progressivement un groove personnel. Pour appuyer mes propos voici l'avis du grand Jack Dejohnnette pour qui, après des années de jeu intensif, la personnalité est toujours une préocupation essentielle :
"Quel que soit le style dans lequel j’ai pu jouer, je voulais surtout développer quelque chose de réellement unique. Voilà ma préoccupation. Je voulais développer ma propre voix en traçant ma voie. Voilà ce que j’ai tenté de faire et ce que je continue de faire."
Bel idéal musical. Néanmoins tout le monde ne se représente pas la chose de cette façon et parfois le jeu des grands se forme naturellement, à force de pratique et d'expérimentation.
En appliquant sa technique en groupe, chacun d'eux interprète les figures de base et sa manière de les faire sonner devient en quelque sorte sa marque de fabrique. Ainsi, toujours dans l'histoire jazz, le chabada a connu de multiples évolutions dans sa construction et sa couleur, chaque grand batteur ayant trouvé sa propre manière de le faire sonner.
Finalement le travail principal reste au niveau du son, du touché. Le touché est primordial et il est directement issu de de votre geste. Une fois le geste parfaitement maitrisé vous devenez maître de votre son.
La beauté du son ne doit jamais être oubliée, notre instrument possède des couleurs et des harmonies incroyables, à nous d'apprendre à le faire chanter. "Soyez mélodistes" aurait dit Aldo Romano (batteur jazz).

Finalement ?
J'ai essayé de baser la plus grosse partie de ma réflexion sur les pensées des musiciens, j'ai brodé mes idées à partir des leurs, mais le résultat en est mon interprétation. Prenez donc mon texte comme tel, ce n'est que ma manière actuelle de voir le jeu, la batterie, la musique en générale... Mes paroles sont souvent trop sérieuses, mes phrases trop complexes à mon goût mais c'est mon style et vous m'en excuserez car j'aurais préféré donner un ton plus léger à cet article (ça ne s'arrange pas !).
Il y aurait surement encore beaucoup à écrire. Pour ma part je vous ai livré le maximum de mes connaissances, j'ai partagé avec vous ma vision d'un batteur utopique. En fait je n'ai fait que rassembler tout ce qui m'a semblé essentiel dans la batterie et la musique en général. Les astuces de travail que j'ai incluses dans mon texte m'ont été transmises pour la plupart par mes différents profs, qui ont fait pour moi la musique telle que je la vois.
Finissons donc sur une belle citation, de George Paczinski qui définit la musique. Pour lui la musique c'est : "Ecoutez l'autre".
J'aime cette définition basée sur l'échange avec l'autre. Le plaisir de la création sonore est lié au plaisir du partage, de l'idée commune.
L'écoute est un acte de communication, la musique est le fruit de cet échange. Et la relation va même beaucoup plus loin puisque celui qui écoute de la musique "écoute l'autre" lui aussi. Ainsi chacun prend plaisir à découvrir une partie de l'autre, chacun apprécie le message musical qui lui est transmis.
Continuons donc à communiquer, à créer des émotions, à échanger des avis, et continuons surtout à y prendre plaisir, car finalement, de tous les piliers de notre jeu, celui-ci sera toujours le plus solide.
Merci à vous si vous avez tenu jusqu'ici, si vous voulez réagir à cet article vous êtes le bienvenu sur les forums en cliquant ici.
Dossier réalisé par Bruno Ceschino (Hostis sur les forums) - Mars - Mai 2007
