Chronique du concert de RED HOT CHILI PEPPERS
le 06 juin 2006 à la Halle Tony Garnier, LYON
Dix sept ans, ça fait dix sept ans que je cours après ces p***** de Red Hot Chili Peppers sans jamais avoir pu les attraper sur une scène.
1989, un de mes amis m'amène une pôv' K7 magnétique de 90 minutes dans un boitier cassé : ''Ecoutes-moi ça'' me dit-il, ''C'est de la bombe !!'' (Je ne suis pas sûr que l'expression soit d'époque, d'ailleurs ??!!), j'ai enregistré ça hier soir sur Radio Bip (Ex-radio pirate bisontine devenue libre et indépendante et qui l'est restée. Total respect les Bipers). Un animateur de cette radio, allumé de rock indé, balançait à l'antenne,des albums entiers, sans aucune coupure, pour faire partager ses dernières découvertes.
A l'époque, c'était la folie grunge : Sonic Youth, Mudhoney, Soundgarden, Niravana, Babes in Toyland et j'en passe.
Le rock US était en pleine ébulition, les anglais en dessous de tout après l'éphémère vague punk et les français foutaient le feu dans les caf'conc' hexagonaux, avec le rock alternatif, dans le sillon de Téléphone et de Trust déjà mort ou bien malade.
Tout cela n'était pas bien innovant, il faut bien le dire.
La K7, que m'a offerte mon ami, comportait '' The Uplift Mofo Party Plan'' sur une face et ''Mother's Milk'' qui venait de sortir sur l'autre. L'enregistrement, en direct depuis un petit transistor FM sur un magnétophone à deux balles, en prise micro intégré était carrément pourri.....
Mais que dire.......la claque PHENOMENALE. On tenait un groupe au nom imprononçable qui balançait une rythmique funky avec un gros son punk-rock et des lyrics rappées !!! Du jamais vu !!!
C'était carrément révolutionnaire. La grosse patate avec une ambiance enlevée, une énergie communicatrice et une rythmique sautillante et optimiste.
C'était complètement en décallage de la grunge-noise déprimo-révolté US et du punk-rock de BD franco-français, naïf ou engagé.
Depuis, j'ai usé la K7 jusqu'à la corde et j'ai suivi les Red Hot Chili Peppers avec beaucoup d'attention tout au long de leur (déjà) neuf albums studio.
Par contre, à toute médaille, son revert : une malédiction m'a frappée. La Fée Noire du rock m'a empêché, par tous les moyens, de les voir sur scène pendant quinze ans.
Les RHCP ont débarqué pour la première fois en Europe en 1988, avec une seule date à Paris au Rex, cette année-là.
La plus belle entourloupe que m'a jouée la Fée Noire, c'est en 1990.
RHCP fait trois dates en France : Lyon, Transbordeur ; Paris, Elysée Montmartre ; et ..................... Besançon, Montjoye.
Le Montjoye est un ancien ciné des années cinquante transformé en pseudo-salle de concert d'une capacité de 1000 places.
Une semaine avant le concert, il y avait moins de 50 réservations et l'organisateur a flippé. Les rumeurs d'annulation font le tour de la ville. Au dernier moment, l'organisateur à l'idée de génie de rapatrier le concert sur un bar branché du centre ville: ''Le Cousty'', d'une capacité de 120 places en poussant les tables.
Et oui, vous ne révez pas, les Red Hot en live dans un bar de province !!! C'est l'occasion d'une vie et je la rate !!! J'en pleure encore le soir dans mon lit !!!
A l'époque, je fais des extras comme barman dans un autre bar branché de la ville et je suis de service ce soir-là. Bien entendu, tous mes collègues vont au concert, pas un pour me remplacer. Je passe ma soirée à servir des demis à des étudiants bourrés qui ne jure que par Nirvana, à 500 mètres des RED HOT..........
Mais bon, vous me dites si je vous saoûle ? Bon , OK, je vous saoûle..................
Revenons à cette fameuse soirée du 06 juin à Lyon, parce que là, j'y étais pour de vrai, en chair et en os, ayant enfin brisé la malédiction...... De toute façon, même avec deux pattes cassées, j'y serais aller............Na !!
Bon, les Red Hot ont évolué, les albums se sont enchainés, inégaux, mais reconnaissables entre tous par l'inimitable RHCP'Touch. Un tournant commercial a été abordé avec ''Californication'' en 1999 après une tentative de durcissement du style avec ''One Hot Minute'' en 1995.
MCM et Europe 2 sont passés par là. Les RHCP vendent des millions d'albums, font des télés, des stades à guichets fermés et des tubes à la pelle.
Certains fans de la première heure, radicaux, les renient, d'autres les encensent aveuglément. Les nouveaux fans des dernières années sont conquis.
On peut dire ce que l'on veut, les Red Hot marquent leur époque. Ils ont fabriqué leur style et s' y tiennent.
Ils n'ont jamais renouvelé l'exploit d'un ''Blood Sugar Sex Magic'' sorti en 1991, considéré unanimement comme un chef-d'oeuvre. Pourtant, ils balancent toujours un groove inimitable et efficace. Des morceaux de fusion funk-rock énergiques, puissants et entrainants, reposant sur un couple basse-batterie détonant, un guitariste ( presque) virtuose qui porte seul les rythmiques et les mélodies et un chanteur qui maitrise de mieux en mieux son organe, capable de créer des atmosphères variées et subtiles.
Au fil des derniers albums, les RHCP proposent de plus en plus de morceaux aux tempos plus lents, dans des atmosphères apaisées, plus spirituels que physiques, plus poétiques que brutales.
Les Red Hot se sont assagis, sans pour autant renier leur origine et leur identité. Ils ont sans doute réglé des comptes avec leurs anciens démons et ont atteint une certaine sérénité qu'ils laissent transparaitrent dans leur morceaux qui, dès lors, deviennent des chansons.
En même temps que leur atmosphère s'étend, leur public s' élargi pour devenir grand, très grand.....
Mais le rock est un combat, chantaient The Clash, et c'est dans l'arène qu'on juge la valeur d'un combattant. C'est donc sur le ring de la halle Tony Garnier de Lyon que je vais pouvoir apprécier la combativité des Red Hot.
Pour moi un concert, c'est aussi un lieu, un espace et j'attache donc une importance à l'histoire, à l'âme de la salle qui va participer à l'ambiance du live.
L'histoire de la Halle Tony Garnier est particulièrement riche.
Tony Garnier est un architecte lyonnais à qui le maire de la ville confie en 1905, l'étude d'un batiment devant recevoir le marché aux bestiaux et les abattoirs de l'agglomération. En 1906, Tony Garnier présente un projet innovant et fonctionnel pour l'époque, utilisant des matériaux modernes : acier et béton armé. La halle ne sera inaugurée qu'en 1928 après un arrêt des travaux et une réquisition par l'armée de 1914 à 1920.
L'abattoir fonctionnera jusqu'en 1967 puis sera abandonné. Destiné à la démolition, car trop vétuste, le batiment est sauvé in-extremis en 1974 et classé monument historique en 1975.
Après deux grosses rénovations en 1988 puis en 2000, la Halle principale devient une salle de spectacle moderne adaptée à de multiples manifestations. La salle de 210 mètres par 80 est facilement modulable avec des jauges variables de 4300 places en tout assis à 17 000 places en assis debout.avec le minimum de gradins.
C'est cette dernière configuration qui a été installée pour les Red Hot.
Le concert est à guichets fermés et beaucoup de monde cherche des places à l'extérieur sans succès.
Nous arrivons à 17H30 et déjà, une longue file d'attente s'est formée devant les grilles d'entrée. Nous avons 3 heures à tuer avant les hostilités et c'est l'occasion d'une mini-rencontre Tobienne avec Fabio, notre savoyard préféré et son petit frère, Arthur73, sur les forums, pour qui c'est le baptême du feu ce soir.
Nous squattons le bar en discutant batterie, musique et TOB, en échangeant des nouvelles des uns et des autres. Fabio n'a plus de connexion internet depuis plusieurs semaines.
Super rencontre avec un type très sympa que je ne connaissais que par écran interposé mais que j'avais l'impression fréquenter depuis de longues années.
Je profite de ce moment pour faire le tour de la salle, que je ne connais pas, afin de repèrer une place stratégique pour la suite. Le front de scène est déjà blindé de monde et, chose que je n'avais jamais vue, une barrière empêche l'accès au plus près de la scène. Les premiers rangs sont donc enfermés dans une zône circulaire de 30 mètres de rayon depuis la scène.
Les dimensions de cette salle, toute en longueur, sont impressionnantes. J'abandonne vite mon idée de squatter les gradins, dont les plus proches sont à 100 mètres de la scène. Voir un concert sur écran ne m'interesse pas le moins du monde. Je ne suis pas là pour regarder la télé.
20 heure 30 tapante, la première partie attaque.
Dezzee Rascal, un jeune rappeur londonien, très apprécié dans le milieu Hip Hop. Il est accompagné d'un second MC et d'un DJ qui assure seul la partie ''musicale''.
Les deux MC sont de bons tchatcheurs à la ''Public Enemy''. Le DJ est difficilement audible et sa prestation est plutôt médiocre.
Le public n'apprécie pas du tout et le fait savoir. Des sifflets et des huées pemanents emplissent la salle.
Je ne sais pas si cela faisait partie de leur show ou s'ils ont improvisé au vu de la réaction du public, mais après trois morceaux, les MC lâchent l'affaire et laisse le Dj se dépatouiller avec ses platines pour essayer de conquérir la salle. Il balance du rock tout azimuth en mixant The Who, Nirvana, Gun's N Roses....etc, en vain......Les sifflets ne cessent de s'amplifier.
Les MC reviennent pour un dernier morceau. Après 35 minutes, on plie, on range et on oublie.
Erreur de programmation ?
Pendant cette interlude, j'arrive à me faufiler jusque devant la console son, à environ 40 mètres de la scène. Impossible d'aller plus près, la foule est compact et personne pour me laisser passer, eu égard à mon grand âge. Y-a pu de jeunesse ma bonne dame, y-a pu de jeunesse !!! Je m'accroche donc à la barrière de protection de la console pour ne plus la lâcher.
21H45 : On passe au choses sérieuses.
Le noir se fait, Les RED HOT CHILI PEPPERS débarquent dans un tonnerre d'acclamations. Cà démarre sur les chapeaux de roues : Can't stop puis Dani California sont enchainés sans transition histoire de mettre tout le monde en ébulition d'entrée de jeu.
Une petite redescente en tempos avec Scar Tissue, puis Charlie, du bon funk et Other Side, un peu gnan gnan, mais vite une remontée en rythmes avec Tell me Baby.
Puis Frusciante nous fait un petit Bee Gees seul à la gratte, How Deep In Your Love, très bien interprété, soit , mais pas très utile, à mon avis, cassant un peu l'ambiance.
Fléa,dans une tenue multicolore extravagante dont il a le secret et Chad Smith, beret bleu vissé sur la tête et gilet assorti le rejoigne pour un boeuf de quelques minutes attendant le retour du bel Anthony (Anthoniiiiiiiii !!!!) qui vient de virer la chemisette et la cravate (c'est vrai qu'il fait chaud !!).
Parallel Universe réveille tout le monde, puis Snow (Hey Oh) dédié aux nombreuses minettes qui oscillent leurs frèles et graciles petits bras au dessus de leur tête en reprenant le chorus, p'tain que c'est beau (Anthoniiiiiiiiiii !!!! .Cette fois, il a tombé le maillot, il fait très chaud !!!!).
Bon c'était le contrat avec Europe 2, les minettes sont toutes émoustillées, ça suffit comme cela.
Les quatre Garçons dans le mistral n'ont pas tout oublié et vont balancer la sauce :
Me and My Friends, interprété avec beaucoup d'enthousiasme met le feu dans la salle. Suivent Stadium Arcadium, et Right on Time pour continuer sur cette lancée dans la plus pure tradition funk-rock. Don't Forget Me assure un rapide retour au calme sur l'intro mais la montée en puissance du morceau remet tout le monde à 3000 tours pour Warloks et surtout What is soul, une reprise de Funkadelic. Suivent Californication et By the Way pour clore le set.
Le public a 40 de température et rappelle dans une commmunion impressionnante.
Quelques minutes plus tard, les Red Hot reprennent place pour Under The Bridge, le seul morceau calme de l'album ''Blood Sugar Sex Magic'' et pour Give it Away, introduit par You're Gonna Get Yours de Public Enemy. Ce dernier titre a le mérite de mettre tout le monde d'accord, les anciens fans comme les nouveaux sautent comme des cabris, tentant de toucher les poutrelles d'acier de la Halle.
A l'issu de ce morceau, Anthony Kiedis s'éclipse discrètement laissant Flea, Frusciante et Smith jamer une bonne dizaine de minutes sur des rythmiques reggea. Flea et Frusciante n'ont pas l'air de vouloir quitter la scène et ignorent les signes deséspérés de Smith qui s'agite pour les faire arrêter.
Visiblement, ils quittent définitivement la scène de mauvais gré. Flea flane encore quelques secondes devant les amplis avant de disparaître derrière la scène pendant que le public, comblé, ovationne à tout rompre.
Les Red hot ont assuré une superbe prestation, sans accro. Leur réputation d'éjaconcerteurs précoces est dépassée, ils ont assuré presque deux heures de show à un rythme très soutenu.
Ils ont essentiellement puisé dans les trois derniers albums, mais en choisissant des morceaux entrainants et vifs. Malgré quelques chansons plus calme, le set, très dynamique,n'a jamais été ennuyeux.
Ces quatre mecs ont plaisir a être sur une scène et le communique bien. Ils ont la pêche et le montre, mais sans extravageance. Même Fléa n'a pas trop déliré.....
Individuellement, leur prestation est exemplaire. Sur scène Fléa et Smith sont des horlogers, leur couple est aussi, voir plus, efficace qu'en studio.
Kiedis a beaucoup progressé, son chant est juste et subtile, malgré quelques approximations, alors qu'il était le maillon faible du groupe sur scène. Bien sûr, il ne bouge plus autant qu'auparavant mais son jeu de scène est toujours aussi particulier, mi-dance mi-kungfu.
Je donnerais une mention spéciale à John Frusciante qui m'a véritablement impressionné. Son jeu est parfait. Il assure, seul, les parties guitare, tantôt restituant fidèlement les morceaux studios, tantôt les adaptant efficacement à la prestation scénique. Il maitrise l'art du vibrato comme aucun gratteux de sa génération, secouant sa vieille Fender usée jusqu'au bois brut (comme celle de feu Rory Gallager, le grand bluesman Irlandais ). Que se soit en rythmique ou en solo, Frusciante est un très bon guitariste de scène dans la lignée d'un Hendrix, n'ayons pas peur des mots!!!
Chapeau bas à l'ingénieur du son qui a produit un des meilleurs son que j'ai pu entendre dans une salle. Sans trop de décibels, il a donné une ambiance très dynamique du début à la fin de la prestation, même sur les morceaux cool. Tout les instruments étaient audibles, bien restitués et bien équilibrés entre eux, chacun à sa place. Un petit bémol, peut-être pour les cymbales de Smith qui étaient un peu en retrait.
L'éclairage était assez particulier, un rien tapageur. Un fond de scène et un plafond de néons polychromatiques servait de décor général. Quatre écrans carrés mobiles pendaient sur des câbles en fond de scène. Soit des images du live en direct y étaient projetées, soit des dessins animées de style série noire des années cinquante ou encore un magnifique dragon de feu d'inspiration chinoise. Des ''robots'' lumière pendus au dessus de la scène montait ou descendaient au gré des morceaux, au moins quatre poursuites dans les passerelles. Bref, une débauche de matériel pour une prestation, il est vrai, peu banale et très adaptée à la musique ajoutant beaucoup de dynamique à l'ensemble.
Je dois dire qu'après 15 ans d'attente, j' ai passé une formidable soirée. Ce fût un des meilleurs concert de cette catégorie que j'ai pu voir, même si j'aurais souhaité un peu plus de morceaux de la première période Red Hot, celle d'avant Californication. ( Mais c'est une remarque de vieux !!!)
Je dédie cette chronique à Ludmer67 qui n'a pas pu voir les Red Hot en Live (cette année, en tout cas) et à mon ami Gavroche qui m'a donné un jour, une pôv' K7 pourrie avec un petit groupe californien inconnu enregistré dessus.
Sources : http://www.redhotchilipeppers.com/home.php
http://www.rhcpfrance.com (très bon site français sur les Red Hot)
http://www.halle-tony-garnier.fr
Dossier réalisé par Prunel70

Dossier : Red Hot Chili Peppers 2006 !
Par ... le staff et les membres des forums !