Christian BOURDON : interview, vidéo et son !

Dossier réalisé par Prunel70

 

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Christian Bourdon, dessin de Superelien

 

Extraits de la discographie de Christian Bourdon :

Texte alternatif


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Vidéos

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Vidéo 1 : Présentation du matériel de Christian Bourdon

Vidéo 2 : Démonstration solo sur le grand kit et kit épuré.

Vidéo 3 : Pédagogie, Christian Bourdon vous livre des exercices et démo pour grosse caisse avec simple et double pédale

 

INTERVIEW

TOB : Christian, tu es né à Yaoundé, au Cameroun, en 1965. Tu portes un nom bien français, comment celà se fait-il ?

Christian BOURDON : Mon père était français, ma mère camerounaise.

TOB : Comment s'est passé ton enfance, au Cameroun ?

Christian BOURDON : Très dur ...

TOB : Tu es issu d’une famille de musiciens, que faisaient tes parents ?

CB : Mes parents composaient de la musique pour l'église. Mon père travaillait au Ministère de la santé. Ma mère restait au foyer.

TOB : Qu'est-ce qu'une famille de musiciens en Afrique ?

CB : Il faut savoir que le Cameroun est un pays colonisé. Avant la colonisation, la musique était très respectée : elle tenait un rôle spirituel et rituel très important. La pratique musicale se perpétuait traditionnellement et oralement au sein de familles ''spécialisées'' qui ne faisaient que celà, comme d'autres étaient paysans ou marchands. Les musiciens étaient très populaires, adulés. On pourrait écrire un livre sur les musiciens traditionnels africains.

Après la colonisation française, les choses ont changé, la plupart des musiciens ont dû trouver des boulots complémentaires pour pouvoir survivre et la transmission des traditions s'est peu à peu perdue dans certaines familles. Ma mère est issue d'une de ces familles de musiciens, très connue au Cameroun, qui a pu perpétuer la pratique musicale de générations en générations.

TOB :Dans ta bio, tu expliques avoir commencé la musique très tôt. A quel âge ?

CB : Je n'ai pas commencé, je me suis retrouvé dedans, parce-que c'était comme celà. Nous vivions dans un ''vacarme'' musical perpétuel, de jour comme de nuit.

TOB : Tu as commencé par le chant et la guitare, que t’a enseigné ton oncle, je cite, ''le légendaire Jean Bokali''. Qui est Jean Bokali, en quoi est-il une légende ?

CB : Le chant faisait partie de notre vie. Mon oncle Bojeanot nous donnait des cours de guitare, à ma soeur et à moi. Bojeanot est un guitariste légendaire au Cameroun. Quand il prenait une guitare, il fallait qu'elle ''sue''. Tout le Cameroun le sait, mais aujourd'hui, dans ce pays, les gens ne parlent que d'eux-même... Quelqu'un comme Manu Dibango, par exemple, pourrait t'en parler ... devrait en parler...

 TOB : Comment as-tu découvert la batterie ? Pourquoi t’es-tu tourné vers cet instrument ? Comment s’est déroulé ton apprentissage ? Qui t’a initié ?

La Toile des batteursCB : Au départ, j'étais ''frappeur''. J'étais joueur de seaux en plastique et de capots de voitures. Je gagnais tous les concours de frappeurs dans mon quartier, j'étais le meilleur. En même temps j'ai découvert la batterie dans les disques et à la radio. J'entendais des sons que je voulais reproduire et je me suis vite rendu compte qu'il fallait plusieurs membres pour y arriver. Comme il y avait plein de Clubs avec orchestre dans mon quartier, j'allais guetter les batteurs par les trous de serrures.

Mon cousin et moi, allions souvent faire des parties de frappe aux carrefours de mon quartier et je t'assure que nous provoquions de beaux embouteillages. C'est à partir de là que je me suis fait remarquer par les musiciens de Yaoundé, qui m'ont ''couronné''. Après je pouvais aller jouer où je voulais. Je rythmais le Bikutsi et autres rythmes du Cameroun sans connaître aucun rudiment. Je reproduisais et j'apprenais tout à l'oreille.

C'est DJANA TEBEDE STEVE, batteur de l'orchestre national du Cameroun qui a d'abord fait appel à moi, quand j'avais 9 ½ ans pour le remplacer dans un Club. Je voulais qu'il me donne des cours de batterie, parce qu'il maîtrisait tous les rudiments. Il m'a répondu : « Tu n'en as pas besoin, tu es le meilleur !! ». Je me suis, alors, senti intouchable, et ça m'a beaucoup aidé.

Et puis, je suis rentré au collège ''Charles Atangana'' où il y avait un orchestre. J'ai été repéré par Monsieur Rémy LELOUP, le directeur du collège, qui était ancien batteur. Le batteur titulaire de l'orchestre, Eyoum CHARLE, m'a montré le ''papa-maman'' parce que je jouais tout en frisé.

TOB : Tu te souviens de ta première batterie ? Si oui, comment l'as-tu obtenue ? C'était quoi comme modèle ?

CB : Ma première batterie, bien à moi, je l'ai eu en France. J'avais 25 ans. Je l'ai acheté à un batteur de Rock, c'était une ''HITTING''. Au Cameroun, mes parents n'avaient pas assez de moyens pour m'acheter une batterie, ni même une paire de baguettes. Je jouais avec les batteries des autres. Il y avait des propriétaires de matériel. Je faisais des kilomètres pour aller jouer de la batterie. Je jouais aussi chez des ''fils à papa'' qui possèdaient tous les instruments, mais qui ne savaient pas s'en servir. J'en profitais pour leur donner quelques cours au passage.

TOB : Toujours dans ta bio, on peut lire que tu deviens semi-professionnel en 1976 en jouant avec des groupes connus. Tu avais 11 ans si mes calculs sont bons !! Comment un minot se retrouve à jouer avec un type comme Jimmy Cliff, par exemple ? Et l'école dans tout cela ?

CB : J'ai été nommé chef d'orchestre au Collège ''Charles Atangana'' à 11 ans. Il faut savoir qu'au Cameroun, le niveau scolaire musical de mon époque était plus élevé que le niveau musical français actuel. On faisait des reprises de James BROWN, Miles DAVIS, CAMED, Tom BROWN, Isaac HAYES, Billy COBHAM, Stanley CLARKE, Jimmy SMITH.....etc. Les BEATLES, pour nous, c'était de la mauvaise musique. C'est Mr LELOUP qui faisait venir des gens comme Jimmy CLIFF pour répéter sur le matériel de l'école parce que nous étions très bien équipés, au collège.

Au début, les musiciens de ces vedettes nous prenaient de haut, et quand ils nous écoutaient jouer, ils prenaient une claque. Après, c'était LE RESPECT. Au Cameroun, je foutais une claque à tout le monde. J'étais un gosse très spécial. Je n'avais pas de pote de mon âge. Et un métis, dans le ghetto, ce n'était pas facile. Mes parents s'étaient trompé de quartier, en quelque sorte. Il fallait que je sois le meilleur, c'était comme cà. Sinon, j'étais la proie de tout le monde, c'était très dur pour moi. Le quartier MVOG-ADA était un vrai coupe-gorges. Tous les bandits du Cameroun venaient dans ce quartier. Donc, soit je devenais un bandit, soit je devenais musicien, je n'avais pas le choix !!

J'étais le protégé du directeur de l'école parce que je n'étais pas un cancre. J'avais de bonnes notes, mais les profs ne m'aimaient pas du tout parce que j'étais ''la Star'' du collège. Je faisais ce que je voulais. Jusqu'au jour où je suis passé en conseil de discipline pour des faits que je ne souhaite pas évoquer ici. Je me suis fait exclure définitivement du collège, mais le directeur est quand même revenu me chercher pour l'orchestre.

TOB : Et après le collège ?

CB : J'ai fait essentiellement de la scène. J'ai énormément tourné à cette époque : avec l'Orchestre National du Cameroun, avec ''The Bil's Fire'', avec ''Music Video Paradise'' et avec Théodore Epémé, alias ''Zanzibar'', le grand guitariste-chanteur camerounais, avant que son groupe ne s'appelle ''Les Têtes Brûlées''.

La Toile des batteursTOB : Tu débarques en France en 1984, pour effectuer ton service militaire. Tu avais 19 ans. Le choc a dû être terrible, non ? Le climat, la culture, l'état d'esprit, l'éducation, le niveau de vie, tout devait être radicalement différent, j'imagine. Comment as-tu vécu ce changement ?

CB : La majorité des occidentaux ne voient l'Afrique qu'à travers la télé, sans avoir voyagé. Il y a des coins au Cameroun qui sont plus luxieux et plus modernes qu' en France. Il y a la jungle au Cameroun, mais je t'assure que quand je suis arrivé ici, musicalement, j'ai cru avoir fait un saut dans la préhistoire !!

En Afrique, on connait très bien l'Europe pour son individualisme. Tous les camerounais ont été éduqués pour ressembler à des français ou à des anglais''américains''.

La grosse déception, c'est quand on se rend compte qu'on a tout fait ça pour rien. Au Cameroun, on te fouette depuis la maternelle pour t'instruire à la française ou à l'anglaise et une fois arrivé en Europe, on te fait comprendre que tout cela n'a servi à rien, que tu dois te ré-intégrer et tu as du mal à voir de quoi on te parle... Donc, pour un choc...

Et puis, un métis français qui se fait traiter de ''sale nègre'' dans l'armée française, ça fait vraiment un choc terrible ... Pour le climat, nous avons plein de climats différents au Cameroun, même de la neige sur le Mont Cameroun : c'est l'Afrique en miniature.
En Europe, il faut le dire, c'est quand même très beau, la neige !! Les africains se demandent toujours comment peuvent vivre les gens toute une saison dans un froid aussi glacial.

TOB : Quelques années après ton arrivée en France, tu signes un contrat avec SONOR. Quel était l'objet de ce contrat ? Comment as-tu rencontré les responsables de SONOR ? Comment et pourquoi s'est conclu un contrat si rapidement ?

CB : C'était en 1987. En fait, il ne s'agissait pas d'un contrat, mais d'une convention. Ce sont deux choses différentes. J'avais signé une convention avec Jacky BOURBASQUET pour ouvrir une école SONOR à Besançon. Avant je jouais sur LUDWIG.

TOB : Dès lors, tu ouvres ton ''AKANGA MUSIC SCHOOL''. Pourtant, on peut lire sur le site internet de l'école, qu'elle a été créée en 1999, 15 ans plus tard. Ce n'est pas la même chose ?

CB : L'école SONOR était déjà l'Akanga Music School. AKANGA, c'est le nom que m'a donné ma mère. C'est un nom de Prince que l'on doit respecter et que je dois honorer. C'est pour ce nom-là que je fais de la musique, donc Akanga Music School, c'est depuis le début avec mes élèves, au Cameroun...

TOB : Tu n'as plus de convention avec SONOR, actuellement. Pourquoi avoir changé de crèmerie ?

CB : Je suis donc devenu prof SONOR avec toute la panoplie qui va avec : je devais présenter mes élèves chaque année à un trophée SONOR, il y avait des réunions chaque année à Semur en Auxois, avec des jams de profs... bref. Donc il fallait que mes élèves ou l'un de mes élèves gagne le trophée, pour me faire respecter.

A cette époque, Earl TALBOT, un batteur de Chicago, est venu me voir pour que je règle ses problèmes. Il avait étudié la musique à l'université de Appelton dans le Wisconsin, aux Etats Unis. Il avait fait beaucoup de stages avec différents batteurs américains. Un jour, une chanteuse américaine avec qui je jouais du blues et qui sort de la même université que lui, lui a dit de venir me voir afin d'améliorer son jeu. Il est donc venu s'installer à Besançon pour étudier avec moi. Un jour, je l'ai envoyé à une réunion de profs à ma place. Je savais qu'ils allaient faire une jam en fin de journée et je voulais que Earl leur en mette plein la vue. Je pensais que c'était le seul moyen pour que ces gens-là me respectent. Et effectivement, c'est ce qui c'est passé, Earl leur a mis la ''pâtée'', je l'avais préparé pour ça...

Earl a gagné le trophée SONOR, cette année-là, en 1995. Et moi, j'ai fermé l'école et j'ai quitté la France, déçu ... Je suis parti à Chicago un petit moment, puis je suis reparti au Cameroun avant de m'installer à Hambourg, en Allemagne. C'est là que j'ai rencontré des gens différents et très interessants, des Cubains, des Brésiliens, des Américains...

La Toile des batteursTOB : Puisqu'on parle de contrat avec des marques, tu es endorsé par Ayotte depuis 1997 et dépositaire de la marque depuis 2003. En plus, tu es le seul Français endorsé Ayotte. Tu as couché avec l'importateur ou quoi !!?? Ca doit faire jaser dans le milieu et faire pas mal de jaloux, non ?? Plus sérieusement, quel est l'objet de ton contrat avec Ayotte ? Comment l'as-tu obtenu ?

CB : C'est les Stars qui signent des grands contrats avec les marques. Pour ma part, je n'ai jamais signé de contrat avec aucune marque, il faut que les choses soit claires. Je n'ai pas de contrat directement avec Ayotte. Par contre, je suis endorsé par Dick VISSER qui est le distributeur Ayotte en Hollande, mais je n'ai pas eu besoin de coucher avec lui !!!

Je suis musicien depuis un sacré bout de temps. Des fabricants de matériel peuvent très bien me faire jouer sur leurs batteries pour les mettre en valeur sans que je ne signe un quelconque contrat. Il faut expliquer aux jeunes musiciens que ça ne se passe pas comme çà. C'est ma femme qui est distributrice exclusive Ayotte en France, avec son entreprise ''AKANGA Production''. Ce n'est pas pour autant qu'elle va me donner une batterie !! Ayotte Canada ne lui donne aucune batterie, ni même une paire de baguettes gratos !!!

Pour signer un contrat, il faut qu'il y ait un rapport précis avec le travail en question. Avec SONOR, c'était une convention. Avec Ayotte, j'ai un contrat de démonstration en tant qu'artiste indépendant. Je peux avoir un autre contrat de travail pour faire des démonstrations avec Odery ou toute autre marque, je ne suis pas coincé. En contre-partie, Ayotte met du matériel à ma disposition pour la circonstance, et après, j'ai des tarifs préférenciels si le matos m'interesse, c'est à dire 50 à 60 % du tarif public.

Quant aux jaloux, j'en ai croisé toute ma vie, c'est pas nouveau. Déjà au Cameroun, il y avait beaucoup de jaloux, mais c'est la vie. Je ne pense pas avoir déçu quelqu'un. Tout ceux avec qui j'ai bossé m'ont toujours félicité ... Ceux qui sont jaloux de moi, c'est parce qu'ils sont incapables de faire ce que je fais, je pense. Pourtant, je ne suis pas dans le show-biz, je ne suis pas requin de studio, je ne fais aucune concurrence à personne.

TOB : As-tu déjà rencontré Ray Ayotte en personne ?

CB : Oui, je le connais depuis longtemps, depuis 1996. Je lui avais présenté mes balais. Depuis, on se rencontre chaque année au Musik Messe à Francfort où je fais des démonstrations.

TOB : Sinon, as-tu des contrats pour d'autres marques ou matériel : cymbales, baguettes, peaux, hardware....?

CB : Dans le cadre de mon endorsement avec Dick Visser, j'utilise les cymbales TURKISH, les pédales AXIS, les sièges ROC'N'SOC, les djembés KAMBALA, les baguettes AYOTTE et pour les peaux, c'est AQUARIAN. C'est des contrats que je n'aurais jamais pu obtenir en France ...

TOB : Plus généralement, c'est quoi un endorsement, tu peux expliquer ?

CB : Il existe plusieurs types d'endorsement. Certains sont payés, d'autres pas. En général, le musicien endorsé achète son matériel moins cher qu'un non-endorsé. Tout dépend du type de contrat, de la personne endorsée ... etc... Mais, je le répète, il n'y a guère que les grandes stars qui bénéficient de contrats avec mise à dispo de matos gratuitement, faux pas rêver ...

TOB : En mai dernier,tu as fait une série de Masterclass en Hollande où tu as joué sur des batteries ODERY. Serais-tu infidèle ? Tu penses quitter AYOTTE ?

CB : Dick VISSER a cru en moi en me faisant jouer sur AYOTTE. C'est l'une des personnes sur qui je compte beaucoup sur cette planète. Il a employé énormément de batteurs du monde entier et je suis très fier quand des gens comme Ricky LAWSON viennent m'encourager en assistant à mes clinics. Tout cela pour dire que si Dick VISSER me demande d'aller démontrer pour ODERY, ou pour une autre marque qu'il distribue, j'irai sans me poser de question. C'est mon job de faire des démos sur du bon matos. Mais je reste fidèle à AYOTTE parce que ma batterie m'appartient. C'est une longue histoire sentimentale entre nous...

La Toile des batteursTOB : ODERY est peu connue en France, qu'est ce que tu peux nous dire sur cette marque et sur ce matériel ?

CB : ODERY, c'est des batteries brésiliennes faites à la main par des artisans musiciens. Un son qui se rapproche un peu de celui de AYOTTE. Mais pour être franc, je préfère AYOTTE ...

TOB : Plus globalement, tu ne joues que sur du matos très haut de gamme, de marques plutôt confidentielles. Tu ne fais pas confiance aux marques grand public, industrielles, genre TAMA, YAMAHA, SONOR ou PEARL, par exemple ? Ou tu t'en fous ?

CB : C'est l'instrument que j'aime, pas les marques. Ou peut-être que c'est les marques qui ne m'aiment pas, je ne sais pas ?... Ce n'est pas de ma faute si toutes ces marques-là m'ont envoyé paitre. J'aurais peut-être dû aller voir directement les fabricants au lieu d'aller voir les importateurs français. J'ai eu les mêmes problèmes avec mes musiques et mes livres.

TOB : Pour toi, c'est quoi une bonne batterie ? Qu'est-ce qui est prioritaire pour toi, le son, l'esthétique, la robustesse, la réputation....ou autre ?

CB : A vrai dire, je me fous un peu de tout cela. Une bonne batterie, c'est d'abord le batteur. Si on te donne un seau vide, tu dois être capable de le faire sonner ... Là d'où je viens, on n'a pas le choix. En Afrique, le bon matos est rare et inaccessible, donc on doit faire sonner n'importe quoi ...

TOB : Tu as plusieurs casquettes : batteur, professeur, vendeur, concepteur de balais et fagots. Alors dans l'ordre, Christian Bourdon, batteur : quel est ton parcours de batteur depuis ton arrivée en France ?

CB : J'ai beaucoup fait de scènes et pas mal de studios avec des gens peu connus du grand public.J'ai quand même fait essentiellement de la scène et de l'enseignement. J'aime garder mon indépendance pour pouvoir travailler avec qui je veux. Par exemple, j'ai tourné avec Ben's Belinga, TM Stevens, Somi, Soël, Ludovic Navarre alias ''Saint Germain''.... etc ... Tu peux trouver la liste des gens avec qui j'ai bossé sur le site d'Akanga Production, rubrique professeur : http://akanga.productions.free.fr/francais/prof/prof01.htm.


TOB : Quels sont tes projets en cours, ou à venir ?

CB : Le gros morceau, c'est la publication de mes livres. Deux sont déjà édités chez ADVANCE MUSIC. J'en ai encore une dizaine à faire paraître, toujours chez ADVANCE. Comme chaque ouvrage est accompagné d'un disque, il y a du boulot !!!

TOB : Qu'est-ce qui caractérise ton jeu, ton style ? Quelles sont tes spécificités ?

CB : C'est difficile comme question. Je n'ai jamais trouvé que j'avais un jeu spécial. C'est les gens avec qui je joue qui me disent que j'ai une façon très spéciale d'aborder la musique. Ma spécificité, c'est le travail en solo. Je joue seul, en chantant, et en prenant tout espèce de risques, si on peut dire. (Ndlr : "prendre toute espèce de risque" : c'est une expression que Christian utilise souvent pour définir le dépassement de soi, de ses propres limites, le fait d'expérimenter, d'aller au delà des académismes : "Vas-y, prends des risques, oses !!!!! ")

TOB : Dans quel(s) style(s) es-tu le plus à l'aise ?

CB : Je travaille tout et je suis à l'aise dans tous les styles de musique. Toutes les musiques sont intéressantes, je ne pense pas qu'il y ait concurrence ou opposition entre les styles. Le plus important, pour moi, c'est la créativité.

La Toile des batteursTOB : Ton niveau technique est très haut. As-tu encore besoin de travailler ? Si oui, qu'est-ce que tu bosses? As-tu encore des choses à apprendre, à explorer ? Comment t'entraines-tu ?

CB : Je travaille la musique au moins huit heures par jour. Quand j'ai le temps, je révise, je travaille la connaissance, le physique et la philosophie musicale. J'apprends chaque jour et j'explore toujours de nouveaux horizons. Je travaille avec plusieurs instruments différents pour finir sur la batterie.

TOB : Tu joues dans plusieurs groupes et formations, peux-tu nous les présenter ?

CB : Je ne joue plus en formation fixe depuis plusieurs années. Je joue avec des gens par affinité, par amitié ou fraternité. Je joue le plus souvent seul. Quelques fois avec mon cousin à la basse ou avec un guitariste en plus. Je ne tourne plus que rarement avec des groupes comme CAMER, RED HOUSE, ETTOYA ... etc ...

TOB : Quels batteurs sont tes références , tes modèles ? Lequel, en particulier, t'a le plus influencé ?

CB : Quand j'étais petit, les batteurs que j'écoutais le plus, c'était Art BLAKEY, Kenny CLARKE, Billy COBHAM, Gerry BROWN et bien d'autres ... Il y avait également des batteurs comme Jean-Pierre KÔNE, NTCHAMKPAM, NZANA, EDOUARD, BELLA DJOH ... et bien d'autres dont j'oublie le nom. Dans mon enfance, j'écoutais énormément de musique à la radio dans plein de styles différents et depuis j'ai toujours été attentif à ce que font les autres batteurs. Mais celui qui m'a le plus marqué, c'est Billy COBHAM.

TOB : Y-a t'il un français que tu admires ?

CB : Admirer, c'est un grand mot, mais j'aime beaucoup le jeu de Christian VANDER. J'aimais bien André CECCARELLI, mais il m'a beaucoup déçu, humainement parlant. Il a refusé de me serrer la main, lors d'une rencontre, il y a quelques mois, sans aucune explication. Je trouve celà dégueulasse de la part d'un musicien envers un autre ... bref. De toute façon, dans le milieu français, les seuls batteurs qui ont été sympas avec moi, je les compte sur les doigts de la main : Paco SERY, Jean-Philippe FANFANT, Christian VANDER et Félix SABAL.

TOB : En terme de musicalité, on parle souvent de groove. As-tu une définition de ce que c'est ? Qu'est-ce qui fait qu'un batteur fasse sonner, groover un rythme et un autre n'y arrive pas ?

CB : Le groove, c'est difficile à définir. Je pense que pour groover, il faut savoir danser, c'est ce qui fait la différence entre deux batteurs qui jouent le même rythme. Mais ça s'apprend, dans notre école à Vesoul, par exemple.

TOB : Tu bosses essentiellement sur la polyrythmie. Peux-tu nous expliquer en quoi cela consiste ? Quelles en sont le origines ? Quel est l'intérêt de maitriser ces techniques ? Quelles en sont les limites ?

CB : J'ai toujours joué des percussions en chantant, depuis ma tendre enfance, et je pense que ça a été le début de tout. La rythmique n'a aucun sens sans la mélodie et la danse. C'est ce que les occidentaux et les colonisés ont du mal à comprendre. Ils ont dissocié le rythme de la mélodie alors que le rythme est d'abord mélodique et la mélodie est d'abord rythmique.

Il n'y a pas de polyrythmie sans polyphonie et vice versa. Les origines de ce que je pratique et de ce que j'enseigne sont africaines pygmées. Pour résumer, cela consiste à toujours savoir exactement où l'on se situe à n'importe quel moment d'un morceau, à comprendre et à connaître ce que font les autres musiciens, et surtout, à transmettre aux autres ce que l'on a appris.
Il n'y a aucune limite, on a du boulot jusqu'à la fin de ses jours et sûrement encore après ...

TOB : Pour un débutant, comme moi, ayant une culture, disons, ''Rock occidental'', ton jeu et ta musique me semble très complexes, limite expérimentale, loin de mes standards et de mes normes. J'avoue avoir du mal à l'apprécier, à ''entrer'' dedans, à ressentir des émotions. Est-ce qu'à un moment donné, la technique, poussée à l'extrème comme tu le fais en solo, n'est pas l'ennemie de la musicalité, du groove, des émotions ?

La Toile des batteursCB : En occident, quand on arrive pas à faire ce qu'on aime, on n'aime pas ou plus. Quand un africain arrive en France, par exemple, s'il veut s'adapter, il va manger du camenbert, il va être obligé de faire semblant de l'apprécier jusqu'à ce que ça devienne une réalité. Je pense qu'il n'y a rien de naturel, chez l'homme. Tout s'apprend. Si nos parents ne nous apprennent pas à marcher, s'ils ne nous incitent pas à le faire, on va ramper toute notre vie. Rien n'est facile.

Il n'y a pas de facilité dans la musique. Un rythme à la noire est même plus difficile qu'une rafale de triple-croches. La musique, soit-disant facile demande beaucoup plus de concentration. En studio, on s'arrache les cheveux sur une balade ou un slow alors qu'un rock rapide sera beaucoup plus facile à caler.

Tout est question de compréhension et de concentration. Au tout début, je ne comprenais pas le jazz, je pensais que c'était de la merde. Quand je me suis retrouvé chez les pygmées, je croyais qu'ils jouaient n'importe quoi. Il a fallu que je bosse comme un malade pour comprendre la moindre démarche musicale. Si on te colle un métronome dans le derrière ou une séquence, tu comprendras de quoi je parle... Ce qui veut dire que tout ce travail, c'est simplement pour être capable de satisfaire les différents artistes avec lesquels je vais bosser et être capable de proposer des mises en place différentes. Sinon, il n'y a pas de créativité ...

TOB : Ta carrière, en France, démarre sur les chapeaux de roues, dans les années 80's. Tu es connu, reconnu et apprécié par de grandes ''Stars'' internationales : Jack De Johnette, Dom Famularo, Roy Haynes, Jim Chapin, Will Calhoun.....et j'en passe. Certains sont tes amis personnels.... Pourtant, actuellement, en France, tu n'es pas connu du grand public. Tu n'as jamais fait l'objet, à ma connaissance, d'article dans la presse spécialisée. Que s'est-il passé ? As-tu une explication à cette situation ? Est-ce un choix de ta part ou subis-tu une espèce de boycott dans le milieu professionnel français ?

CB : En fait, je n'ai jamais été connu en France. J'ai toujours été victime de la ségrégation dans tous les sens du terme. C'est les batteurs que tu cites qui m'ont aidé, en respectant mes ouvrages et ma façon d'enseigner. Si je comptais sur le milieu français, je serais déjà mort.
Je dois également cité Adam NUSBAUM. C'est lui qui m'a présenté chez ADVANCE MUSIC.

Tu sais, ici, ça fait 23 ans que je subis. Je peux ouvrir ma bouche maintenant et dire que les français sont racistes, même si, en le disant, les gens vont penser que je m'enfonce encore plus. On ne peux pas descendre plus bas que terre, non ? A moins de creuser un trou ...

TOB : Ce que j'ai pu constater, de ma modeste position, c'est que tu es connu, reconnu et apprécié par les quelques batteurs amateurs ou professionnels qui travaillent sur les rythmes africains, mais qu'en dehors de ce microcosme, le public, batteur ou non, ne te connait pas. Tu es né et a été formé en Afrique. Tu maitrises la majorité, pour ne pas dire la totalité, des rythmes de ce continent. Tu pousses la polyrythmie jusqu'à la limite des capacités humaines. Tu possèdes, de fait, toute la légitimité pour être la référence, en France, dans ce domaine. Pourtant, ce sont des visages pâles, français de souche, qui s'imposent comme les spécialistes des rythmes africains et de la polyrythmie. Comment expliques-tu ce phénomène ? Le vis-tu comme un échec personnel, professionnel ?

CB : Je vais te dire, en gros, ce qui ne va pas. Je suis français, mon nom est Pierre Christian BOURDON. Je ne suis pas Antillais, je ne suis pas un Africain qui lèche le cul des blancs pour ramasser les miettes. Je suis né en Afrique, élevé par la famille de ma mère. Même mon père n'a jamais voulu rentrer en Europe. Ca, c'est la réalité.

Le problème, c'est comme si les Français de souche ne savaient pas qu'il y a d'autres Français qui sont nés ailleurs et qui ont deux ou trois cultures différentes. C'est ça qui fait la différence et la richesse de la France.

Au final, on me catalogue comme joueur de Tam-Tam !! C'est vrai : je joue du Tam-Tam, mais je joue également de la batterie et plein d'autres instruments modernes. J'aime toutes les musiques du monde que je joue et que je danse, à merveille, avec mon coeur. Je pense que ce n'est rien d'autre que du racisme, je n'ai plus peur de le dire. C'est une réalité, c'est tout !!

Finalement, je ne pense pas que ce soit un échec. J'ai une superbe batterie. J'aime ma famille. J'ai des amis fidèles qui sont à mes côtés quand ça ne va pas. J'éduque des jeunes pour qu'ils ne reproduisent pas la méchanceté des générations précédentes. Et quand je vais au Cameroun, je fais savoir aux jeunes que tous les blancs ne sont pas racistes mais qu'il faut qu'ils arrêtent de se laisser faire tout le temps, qu'ils doivent se prendre en main eux-mêmes et qu'ils se fassent respecter au lieu de se laisser coloniser !!

La Toile des batteursTOB : Une autre chose qui me choque également : tu as formé des batteurs, qui, aujourd'hui, ont une renommée importante : Earl Talbot Junior, Paul Tchounga, Tata Mengou, Alix Ewandé, Guy Nwogang, Emilio Valdez, et peut-être d'autres. J'ai épluché leur site internet, leur ''myspace'', leurs interviews ... Pas un ne cite ton nom !!

Alix Ewandé, que nous avons interviewée l'année dernière, explique sa rencontre avec toi, je cite : ''... .j'étais au Studio Bleu, je bossais. Un africain (toi )est entré dans le studio et m'a dit que je jouais mal de la grosse caisse. Je lui ai demandé de me montrer. Il a joué et j'ai pleuré !!!.... Ce mec (toujours toi ), m'a choisi, il maitrise toutes les techniques polyrythmiques, les rythmes camerounais.......alors je suis parti un an dans son école pour y travailler 10 heures par jour. C'était un truc super mystique, limite spirituel. Ca a été très dur, physiquement, mais après cela, j'avais tous les outils pour m'exprimer.''

C'est un bel hommage, mais elle ne prononce pas ton nom ... Guy Nwogang, percussionniste de Manu Dibango, fait référence à ses deux ans de formation à l'Akanga Music School, mais ne prononce pas ton nom, non plus !! C'est quoi, ce milieu ?! Il n'y a pas de reconnaissance pour ses maitres, c'est tous des ingrats, c'est chacun pour soi ??!! Comment vis-tu cela, personnellement, humainement ?

(NDLR : Cette interview a été préparée en mai 2007. A cette époque, aucune référence à Christian par ses anciens élèves !! L'interview a ensuite été réalisée en juillet 2007. Entre temps Alix EWANDE, sur son Myspace, a fait référence nominativement à sa formation avec Christian Bourdon. Elle l'appelle affectueusement " Papa batterie" . Plus tard, elle lui rend un vibrant hommage dans deux interviews qu'elle a accordées à la presse spécialisée : Batteur magazine N° 209 de décembre 2007 et Batterie magazine N°41 de décembre 2007. Ouf, enfin quelqu'un de reconnaissant !!!)

CB : Alix Ewandé est la seule à citer mon nom. Elle, au moins, est honnête. C'est très bien d'être honnête quand on est musicien. Au moins, on ne fait pas de fausses notes. Alix ira plus loin que les autres, je pense. Guy, c'est un jeune que j'ai fait venir du Cameroun pour ses études musicales en France. Au Cameroun, tous ces gars-là m'appellent ''Maître''. C'est normal parce que l'ancien prof de Guy, Tata Mengou J.J, était déjà mon élève auparavant.

Le problème, ce n'est pas ces jeunes blacks, mais les professionnels français qui leur disent qu'ils sont des bêtes, qu'ils sont beaux, que ce qu'ils font est original, qu'ils sont meilleurs que Bourdon...etc. C'est trop mesquin, tout cela, parce qu'en quelques mois, tous ces jeunes prennent la grosse tête. Mais de manière générale, je le vis bien. Je me dit que ce n'est pas plus mal qu'ils ne parlent pas de moi, ça ne fait pas de mauvaise pub....(rires )

Mais ce problème ne concerne pas seulement la musique, on vit dans une société où c'est chacun pour soi et où, en même temps, il est plus facile et moins risqué de gueuler avec la meute plutôt que de défendre quelqu'un ou d'affirmer ses convictions. Dans ce contexte, je peux comprendre l'attitude de certaines personnes.

TOB : Cela nous permet d'aborder ta seconde facette : Christian Bourdon, enseignant. Qu'est-ce qui t'a donné envie de devenir prof ? Quel est ton parcours en tant que prof ?

CB : J'ai commencé à enseigner au Cameroun. Je ne demandais pas d'argent. Mes élèves me suivaient partout où j'allais et m'aidaient à installer et à porter le matériel sur lequel je jouais. C'est comme ça, en Afrique, ton disciple, pour apprendre à jouer, doit te servir. C'est normal, je suis passé par là aussi.

Mon parcours est difficile à expliquer parce que non conventionnel. Je n'ai jamais appris la musique dans une école ou un conservatoire. J'ai appris chez moi, à la maison. La pédagogie, je la vivais tous les jours, avec mes parents, mon oncle Bojeanot et les multiples rencontres que j'ai pû faire. A partir de ces connaissances récoltées au fur et à mesure, je me suis auto-enseigné, en quelque sorte. Mais déjà tout petit, j'avais le don et l'envie de transmettre, donc l'enseignement est devenu le fil rouge de ma vie de musicien.

TOB : Sur quoi se base ta pédagogie ? Quelle est ta philosophie de l'apprentissage ?

CB : Ma pédagogie se base sur la personne elle-même. Nous sommes tous différents, donc ce ne serait pas honnête d'enseigner de la même manière à deux élèves. Il y a des bases et des rudiments à connaître, mais après il faut personnaliser au maximum.

TOB: Quels conseils peux-tu donner à nos lecteurs débutants, à ceux qui souhaitent devenir professionnel ?

CB : Mon conseil serait de prendre des cours avec un bon prof et surtout d'être honnête avec soi-même et avec les autres. Après, il faut bosser, bosser, bosser. Toujours chercher à dépasser ses limites, à prendre des risques, à oser.

TOB : L'Akanga Music School propose des cours de loisir mais également des formations à visée professionnelle. Quels sont les objectifs de cette formation ? A qui s'adresse-t-elle ?

CB : Les formations pro s'adressent à tous ceux qui veulent faire de la musique, une profession pour gagner leur vie, tout simplement. Les objectifs dépendent de la capacité receptive de chaque personne. La durée minimum est d'un an. Je conseille un minimum de trois ans pour que l'interessé puisse faire le tour des choses les plus importantes du métier. Après, on peut rester dix ans, si on veut.

TOB : Imposes-tu l'étude de plusieurs instruments ? Si oui, pourquoi ?

CB : Pour chaque instrument, nous imposons la danse, les percussions et le chant, le reste est facultatif. Pour moi, si la musique se danse, les faiseurs de musique doivent savoir danser, sinon, ils sont hors-jeux. Après, le contenu de la formation est toujours adapté à chacun.

TOB : Alix Ewandé nous a dit que ça a été très difficile, physiquement, pour elle. C'est toujours le cas ? Le travail est forcement douloureux ? Et mentalement ?

CB : Les cours que je donne, donnent envie de bosser dur, mais ce n'est pas une obligation. En général, les bosseurs aiment ça, et Alix, c'est une bosseuse... Pour le mental, je dirais qu'il vaut mieux être croyant ...

La Toile des batteursTOB : Concrètement, comment se déroule une journée type de formation ?

CB : Je ne peux pas dire à l'avance. Il faut que la personne soit devant moi, qu'elle joue, qu'elle s'exprime, qu'elle s'expose. Ce n'est qu'après, que le travail commence. Le but est de pouvoir accompagner le plus de styles possible. Si l'interessé ne connait pas, nous commençons déjà par là. Je base mon aprentissage sur un maximum de pratique : seul en cabine, en groupe, en accompagnement des danseuses ... La prise en charge des débutants fait également partie de l'apprentissage. Le fait d'expliquer à un débutant permet de mieux comprendre ce que l'on fait soi- même. C'est le principe du ''je reçois, je donne, je reçois''.

TOB : Combien coûte une formation de batteur à l'Akanga ?

CB : 480 € par mois à raison de 4 heures par jour, 5 jours par semaines. Le double pour 8 heures par jour.

TOB : Tu as écrit une méthode, publiée depuis 1999 chez Advance Music : ''African Music for Drumset''. Peux-tu nous parler de cette méthode ? Comment est-elle née ? Comment a-t-elle été publiée ?

CB : J'ai écrit une dizaine de livres sur les rythmes africains que je vendais, au début, à des batteurs de métier comme Billy COBHAM, Steve FERRONE, Jim CHAPIN et bien d'autres. J'ai essayé de les faire publier en France mais les éditeurs me répondaient qu'elles ne rentraient pas dans leur ligne éditoriale. Un jour, Dom FAMULARO m'a emmené chez Carl FISHER, un éditeur de musique allemand. Malheureusement, bien qu'interessé, il était en difficulté financière. Finalement, c'est Adam NUSBAUM qui m'a fait rencontrer Hans et Veronica GRUBER de Advance Music. Depuis, j'ai deux livres qui sont sortis et le prochain doit sortir dans quelques mois. Advance détient une dizaine de mes livres à publier.

C'est un travail que j'ai fait il y a 20 ans. Maintenant, je suis incapable d'écrire un livre. J'ai tout donné à Advance et j'attend. Ils font du très bon boulot. Je tiens à préciser que ce ne sont pas mes inventions mais tout un travail culturel de recensement des traditions musicales orales que je ne fais que transposer à l'écrit. Le but est que ces traditions ne se perdent pas avec le temps et pour aider à emmener la musique le plus loin possible.

TOB : Venons-en à ton matos : ta batterie est monstrueuse, elle fait un cercle complet au centre duquel, tu es littéralement enfermé. C'est pour te protéger ? De quoi ?

CB : Peut-être de la bêtise humaine....( rires ). Non sérieusement, je n'y ai jamais réfléchi dans ces termes. Au début, je suis parti avec rien, même pas avec une paire de baguettes. Aujourd'hui, j'ai une station spatiale, c'est génial !! Il ne faut jamais désespérer dans la vie !!
Mais les raisons qui expliquent le fait d'avoir un énorme set sont très simples : les riches ne veulent pas de nouveaux riches, les Stars ne veulent pas de nouvelles Stars. Si on n'est pas pistonné, rien ne marche. C'est pour cela que je me suis transformé en une espèce de Griot des temps modernes, chantant et jouant de la batterie en même temps.J'ai souvent été précurseur, c'est à dire quelqu'un qu'on copie. Je dois aussi copier sur les autres, même s'ils m'ont copié auparavant et ainsi de suite. Chacun évolue en copiant les autres, c'est comme celà que la technique et la musique progressent.

Ma batterie, c'est l'équivalent de 8 batteries de 5 fûts à peu près. Je dispose de 19 pédales AXIS, 1 siège SPAUN, des percus SLAGWERG et CONTEMPORANEA, les batteries AYOTTE, une trentaine de cymbales TURKISH, des gong ORION, 2 tam-tam artisanaux camerounais.

TOB : Quand tu te retrouves sur une 5 fûts, t'es pas un peu perdu ?

CB : Non, je ne suis pas perdu !! ( rires ). Rien ne peut remplacer une 5 fûts, tu peux tout faire avec. Une 3 fûts, c'est encore différent, une autre approche.

TOB : Par rapport à l'accordage, Thomas Patris, par exemple, qui travaille la batterie solo, accorde ses fûts sur une gamme pentatonique. As-tu une manière spéciale d'accorder tes fûts ?

CB : J'accorde mes fûts pour pouvoir chanter des mélodies pygmées, parfois du Jazz ou des chansons populaires. J'utilise des gammes chromatiques par ½ ton d'une main à l'autre et d'un ton de la même main. Je joue également sur le son plus ou moins ouvert selon les zones de mon kit.

La Toile des batteursTOB : Christian Bourdon : vendeur. Tu es dépositaire Ayotte depuis 2003. En quoi cela consiste ?

CB : Alors, je t'arrête tout de suite, je ne suis ni vendeur ni distributeur de la marque. C'est ma femme, Antide Bourdon, la patronne dans ce domaine. Personnellement, je suis artiste indépendant et intermittent du spectacle.

Les magasins et l'école sont à ma femme. Elle vend du matériel de musique en France et un peu partout en Afrique. Mon rôle est de l'aider quand j'ai le temps et, connaissant le métier, je lui sert de conseiller. Mais je ne prend aucune décision finale concernant son entreprise. Elle est également mon employeur pour mes activités de musicien en studio ou en live. Si un artiste veut bosser avec moi, il doit signer avec ma femme qui est mon manager principal. Il faudrait que tu fasses une autre interview avec elle.

C'est vrai que tout le monde croit que c'est moi qui vend Ayotte en France et comme on ne veut pas donner de fric à un black, de peur qu'il s'enrichisse, on le donne aux Allemands !!! Il faut quand même faire un constat et dénoncer tous ces magasins de musique qui font un blocus sur Ayotte. Si vous voyez une Ayotte dans un magasin français, vous saurez qu'elle vient de chez ma femme et qu'elle en a vendu une ...

TOB : Ayotte est considérée comme une marque prestigieuse proposant des instruments haut de gamme, mais très très chers !! De plus, on entend tout et son contraire sur cette marque : le meilleur son et la meilleure qualité du marché, une solidité à toute épreuve, pour le positif. Une marque sur le déclin, finissante. Une qualité qui se dégrade depuis le départ de Ray Ayotte de l'entreprise. Des tarifs démesurés qui ne correspondent en rien à la qualité proposée Des marques concurrentes qui peuvent faire des instruments comparables à un tarif deux, voir trois fois moins cher. Qu'en penses-tu ?

CB : Oui, un instrument Ayotte, c'est cher, c'est vrai. Mais DW est souvent plus cher et les gens achètent DW, qui a une grosse politique marketing et publicitaire. Mettre son fric dans une Ayotte, c'est faire un investissement à vie, ce n'est pas du jetable. C'est garantie 25 ans, ce n'est pas pour rien !!

Une caisse claire Ayotte peut coûter jusqu'à 1450 € mais elle ne bougera pas d'un poil pendant des décennies. Certains éléments de ma batterie ont plus de 10 ans d'utilisation intensive et n'ont pas bougé. Je ne suis pas fabricant de batterie, mais j'invite les batteurs à venir voir et essayer une Ayotte pour se rendre compte de ce qu'est vraiment cet instrument. Toutes ces rumeurs viennent de qui ? De soit-disant spécialistes qui n'ont jamais approché et encore moins joué sur Ayotte. C'est de la mauvaise foi, du mensonge ou de la jalousie, c'est tout !!

TOB : J'ai lu quelque part que Ray Ayotte est un excellent concepteur de batterie mais un piètre commerçant. Il se serait fait arnaquer par des businessmen canadiens qui lui ont racheter son entreprise et son nom, fin 90, alors qu'il était au bord de la faillite. Ils l'ont ensuite viré. Ray n'aurait plus le droit d'utiliser son nom et a dû s'expatrier à Taïwan pour créer TAYE, contraction de Taïwan et de Ray. As-tu des infos précises sur cette histoire ?

CB : Non, j'ignore complètement les raisons qui l'ont poussée à quitter Ayotte. Mais ça m'étonnerait beaucoup qu'il ait raconté ça à un quelconque journaliste français ou autre. Je vois Ray tous les ans à Francfort, il sait que je travaille avec Ayotte, il ne m'a jamais parlé de celà, ni même fait une remarque. Tu devrais interviewer Ray directement, ça permettrait de mettre fin à tout ces racontards puériles, non ?

TOB : Absolument, si tu me mets en contact avec lui, je suis preneur.

CB : Pas de problème, tu viens avec moi au prochain Musik Messe, tu pourras le rencontrer.

La Toile des batteursTOB : OK, c'est bon à savoir. Sinon, tu proposes 5 types de fagots, signés par de grandes pointures de la batterie : Dom Famularo, Will Calhoun, Paco Sery, Jim Chapin et un modèle à ton nom. Peux-tu nous parler de ces fagots ?

CB : Les balais ''Akangatide'' sont fabriqués à la main, par ma femme, avec l'aide de ma famille. Les bénéfices de leur vente sont destinés à aider financièrement de jeunes musiciens camerounais, afin qu'il puisse travailler leur instrument sans problème et même acquérir un instrument et des accessoires. Plusieurs jeunes ont déjà pu être aidés. C'est pour cette raison que ces batteurs américains ont donné leur signature pour différents modèles. Je tiens à remercier également Paco Sery pour son soutien pour cette action.
Cela fait partie de notre tradition familiale, d'aider les autres.

TOB : Et au niveau des sensations de jeu, des différences avec le jeu aux baguettes, les utilisations possibles ?

CB : La grande différence, c'est qu'il n'y a pas de rebond comme avec des baguettes. Ce qui oblige à travailler tout aux poignets. L'attaque est différente, également, moins sèche. Pour ce qui est des possibilités de jeu, elles sont infinies. On peut tout jouer, tous les styles. On peut beaucoup varier les sons en fonction de la manière de frapper. Je ne joue quasiment qu'avec ces balais.

TOB : Peux-tu nous présenter la fondation Jean-Paul BOURDON, que tu as créée en 2004, avec ton épouse, Antide ? Quel est son but, son activité....etc ?

CB : Jean-Paul Bourdon était le nom de mon père. Cette fondation est une association familiale qui s'occupe d'aider des malades atteints de paludisme ou d'autres maladies. Ma femme et moi, sommes bénévoles. Nous organisons des concerts de Gospel, en France, pour récolter des fonds et les envoyer directement aux personnes concernées, sur place, au Cameroun. Mais nous ne sommes pas du tout les responsables de l'association, c'est Caroline Bourdon, qui est présidente. Je lui donne un coup de main de temps en temps. Je suis actif bénévole, parce qu'il s'agit du nom de mon père et de notre famille et parce que je suis moi-même atteint de paludisme, maladie qui peut être mortelle si elle n'est pas traitée, et en tout cas, très invalidante.

TOB : Dernière et traditionnelle question de la ''Toile des batteurs'' : si tu avais la possibilité d'inviter quelqu'un, de vivant ou de mort, avec qui irais-tu boire un coup ?

CB : Avec ma femme, sans hésiter. Pour les morts, je souhaiterais les rejoindre le plus tard possible, si tu vois ce que je veux dire !! ( rires )

TOB : Merci Christian, pour ta disponibilité et à bientôt ...

CB : Merci à toi, et n'oublies pas de bosser ton ''Makossa'' pour la semaine prochaine ... (rires )

La page MySpace de Christian

Le site d'Akanga Production

Dossier réalisé par Prunel70 - Janvier 2008

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La Toile des Batteurs

 

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