Christophe Breugnot
Paillettes et blonde pétillante

Dossier de MoissonneurBatteur

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Christophe BreugnotLe Pixie, un café-concert-expo associatif, est un des hauts lieux musicaux de Lannion. Ce vendredi 8 décembre 2006, en plus des bières artisanales locales et des produits issus du commerce équitable, on devait nous servir deux groupes taillés dans le rock, Jodie Banks et Jordan. Mais les Parisiens ont finalement déclaré forfait, remplacés à la dernière minute par Silence Radio et Lug-In. Trois groupes pour le prix de deux, le public n’y a pas perdu au change ! D’autant plus que la prestation était à la hauteur des attentes : pas de niaiserie ni de formatage, mais un son à réveiller les morts.

Juste avant de plier le matos, Christophe Breugnot, batteur du quatuor brestois Jodie Banks, nous a accordé quelques minutes pour revenir sur son parcours de batteur, court mais déjà prometteur.

Tob : Tu peux te présenter en quelques mots ?

CB : Christophe Breugnot. Je suis commercial, sur la route toute la semaine, 120 000 bornes par an quand même. Ca fait des bonnes heures… puis on trempe tranquillement la semaine en répè ! J’ai 29 ans, et je suis papa d’une petite fille de trois mois.

Tob : Tes débuts à la batterie ?

CB : A la base j’étais gratteux. J’ai commencé à faire de la batterie avec des potes de Brest. On avait une association, « Can I Scream », qui organisait pas mal de concerts sur Brest. On a fait jouer des groupes assez hardcore comme Amanda. On connaissait un peu de monde, et on en a profité pour faire beaucoup de petits bœufs entre copains. On prend un instrument, on change, on essaye des petits trucs, différents plans, et puis ça plaît, et on continue. Donc je suis batteur depuis… sérieusement, 3 ans et demi.

Tob : Bah ça va, atteindre ton niveau en aussi peu de temps… Tu as pris des cours ?

CB : Oui, j’ai fait une petite saison de cours, pour apprendre le BABA. Mais bon je ne pratique pas un jeu super compliqué non plus.

Tob : Que conseillerais-tu aux batteurs débutants ?

CB : Ce que j’ai trouvé vachement intéressant c’est de prendre quelques cours quand tu commences, sans que ça te saoule, sans que ça soit rébarbatif. Il faut apprendre les bases pour jouer correctement, sans faire de grandes écoles de batterie style Agostini, vraiment jouer pour le plaisir. Mais c’est bien aussi de se lâcher tout seul et d’apprendre par soi -même.

Tob : Tu as des idoles à la batterie ?

CB : Y a un mec qui s’appelle Danny Carey, qui joue dans Tool. Il joue vraiment pas mal (rires). Il a une façon de jouer hors norme, comme le groupe. Tool, j’ai été les voir à l’Olympia, et c’était vraiment une tuerie.
Sinon j’aime bien écouter un petit peu de tout, je ne suis pas ancré dans un style musical. J’écoute de l’électro par exemple, notamment Amon Tobin, un DJ qui vit au Canada à Montréal. Il te balance des sections rythmiques, il te fait des mélanges de batterie, de samples, qui sont énormes ! Il y a tellement de sons que tu ne peux pas reproduire ce qu’il fait.
Sinon je m’inspire de tout type de batteur, même d’un mec qui joue dans un petit groupe local. Ce n’est pas parce que c’est tellement beau, et bien fait, et vachement technique, et rempli comme il faut, que je vais aimer. S’il colle bien à la musique, s’il joue bien, s’il dégage quelque chose, c’est ce qui compte.

Tob : As-tu joué dans d’autres groupes avant Jodie Banks ?

CB : J’ai fait partie de plein de groupes, notamment à la guitare. A la batterie, j’ai joué avec Jean Christophe, le guitariste, depuis le début. En tant que batteur, j’ai joué essentiellement avec Jodie Banks. C’est avec ce groupe que j’ai commencé les concerts. Avant c’était plutôt du bœuf entre potes, ce que je continue toujours d’ailleurs.

Tob : Parmi tous les concerts que tu as faits, quel est le pire et le meilleur souvenir ?

CB : Le meilleur concert que j’ai fait c’était cet été aux « jeudis du port », à Brest. Ce sont des fêtes organisées au niveau du port de commerce et de plaisance, tous les jeudis. Un concert avait été programmé, on y a joué, et c’était su-per. Déjà parce que c’était à domicile, ce qui est plutôt sympa, et parce qu’il y a 2500 personnes devant !
Par contre il n’y a pas forcément de pire concert. Même le premier, on n’a pas eu de problème, pas de grosses gamelles.

Christophe BreugnotTob : D’après votre site Internet, vous tournez principalement en Bretagne, mais vous avez aussi joué à Toulouse et à Bordeaux…

CB : On est partis juste avant l’été à Toulouse et à Bordeaux. Notre bassiste vient du Sud et connaît des Toulousains, notamment le groupe Open Nightmare. Voilà, c’est un échange de groupes, comme souvent : à la base, des connaissances, des potes, des rencontres. On est loin, eux à Toulouse nous à Brest, mais c’est pas grave : on avait envie de faire des concerts ensemble et on s’est trouvé une petite date à Bordeaux.
Ca fait du bien de sortir et je pense qu’on a de plus en plus envie d’aller voir ailleurs. Brest on va arrêter un petit peu, là on fait Lannion, après on fera Quimper, après… redescendre peut-être, aller vers Rennes, remonter en Normandie aussi. Et pourquoi pas à l’étranger. J’ai un pote qui est en Irlande et qui organise des concerts... Ca pourrait être sympa !

Tob : Quand vous voyagez d’un concert à l’autre, vous avez des bonnes conditions de transport ? L’ambiance est détendue ?

CB : Pour ce qui est du transport ça va on a ce qu’il faut. Sinon l’ambiance est plutôt bon enfant, assez rock’n’roll. En remontant sur Brest après être descendu dans le Sud, c’était sympa, on s’est bien fendu la gueule.

Tob : Vous partagez toujours les concerts avec d’autres groupes.

CB : Dans tous les concerts que j’ai faits j’ai rarement joué tout seul. Quand tu as l’opportunité de faire une date, c’est très sympa de partager la scène avec d’autres musiciens. Tu peux contacter un groupe du coin, ou éventuellement tu amènes un groupe que tu connais, pour faire un échange.

Tob : Peux-tu nous parler de l’enregistrement de « your new favorite demo » ?

CB : On a enregistré une démo de cinq titres, là où on répète, avec un copain qui est ingénieur du son. Il a ramené son petit matos. On a enregistré ça l’hiver dernier. On a décidé de ne prendre que cinq titres parce que c’est bien aussi de ne pas en faire trop. Mais, plus tard, on compte enregistrer mieux et peut-être plus.

Tob : Quelle a été votre méthode pour enregistrer ?

CB : On a fait un enregistrement classique en live. On a mis les voix par-dessus après. C’était la méthode la plus simple. Pour enregistrer instrument par instrument, tu as intérêt à avoir le matos derrière pour faire ressortir le son. Tu dois aussi connaître ta partition sur le bout des doigts, et jouer au clic. Enregistrer live, tout le monde en même temps, ça donne plus de pêche. Mais dans les deux cas c’est une question de rigueur et de concentration.

Tob : C’était la première fois que tu enregistrais ?

CB : Non. Au début, j’enregistrais avec mon petit matos tout seul, et après j’ai fait des sessions studio. Tous les membres du groupe ont déjà enregistré, dans des studios plus ou moins gros. JC est parti dans un studio sur Brest, Mathieu est monté sur Paris, Ilan dans le Finistère Sud… On a déjà une petite expérience studio et scénique derrière nous.

Tob : Votre répertoire ne comporte que des compos, jamais de reprises ?

CB : Que des compos. On s’amuse de temps en temps à faire une petite reprise des Pixies. On a un set d’une douzaine de chansons, qu’on module suivant le temps dont on dispose.

Tob : Comment vous composez ?

CB : C’est un riff, une idée, qui en amène une autre. On brode autour, un chant en yaourt, une façon d’amener une chanson, une structure qui se met en place, un couplet, un break bien placé… Dès que l’idée est lancée on bosse un peu dessus sans s’acharner des heures et ça mûrit tranquillement.

Tob : Vous improvisez beaucoup pour créer de nouveaux morceaux ?

CB : Ouais totalement. Personne n’arrive avec un morceau fini, ça vient naturellement. Il n’y a rien de fait, il faut composer ensemble. C’est peut-être plus difficile, mais c’est surtout beaucoup plus riche, puisque tout le monde participe au truc.

Tob : Sur scène, vous donnez la pêche, envie de bouger.

Christophe BreugnotCB : C’est le but recherché. Je ne pense pas qu’on soit un groupe de studio (rires). De toute façon des groupes de studio… si il doit quand même y en avoir, mais le but premier c’est de se produire, de faire plaisir aux gens, et de se faire plaisir aussi par la même occasion.

Tob : Les paroles sont en anglais, tu les comprends ?

CB : Un petit peu. J’attache peut-être pas assez d’importance aux paroles. J’aime beaucoup la musicalité, les paroles sont secondaires. On privilégie la musique. Et je ne participe pas du tout à l’écriture des textes. Ce sont les guitaristes qui s’occupent des chants et donc des paroles.
Mais par exemple sur Belly Button ça parle de gens qui se regardent un petit peu trop le nombril, sans voir ce qui se passe autour. Mais on n’est pas forcément revendicatifs ni sur des thèmes super précis. On ne va pas être super engagé, ouaaais (il brandit le poing), même si on a des valeurs.

Tob : Tu as un travail particulier avec le bassiste ?

CB : Oui. D’ailleurs là on va reprendre nos petites sessions basse batterie. Il faut jouer que tous les deux des fois, c’est très important d’avoir une base rythmique solide, une bonne cohésion.

Tob : Pourquoi ce nom de groupe, Jodie Banks ?

CB : Parce que L’homme qui tombe à pic, Jody banks.

Tob : Pardon ?

CB : Jody Banks c’est le nom de l’actrice qui joue dans L’homme qui tombe à pic.

Tob : Ah d’accord. (Pardonnez ma culture cinématographique particulièrement nulle)

CB : Jody Banks c’est la blonde pétillante, le stéréotype cliché des séries TV des années 80.

Tob : C’est celle qui se trouve sur votre site Internet ?

CB : Tout à fait, et sur la pochette de notre album. Et si on fait une asso on va lui demander d’être présidente d’honneur (rires).
On trouvait ça vachement bien un nom de fille pour un groupe, pour le rock en général.

Tob : Sur l’affiche, il est marqué que vous jouez du rock’n’paillette. C’est quoi ce style ?

CB : Il n’y a pas eu ça ce soir, mais généralement il y a des chapeaux, des vêtements bizarres, des choses qui volent en concert, on a même un frisbee à l’effigie du groupe !

Tob : Vous avez inventé un nouveau style de musique !

CB : Noooonn, quand même pas…

Tob : Penses-tu qu’être sur Brest est un frein, qu’un groupe a plus de chances à Paris, comme Jordan ?

CB : Non. Je pense que chaque coin a sa vivacité culturelle. Brest a toujours été un générateur de groupes assez intéressant. Il y a un gros vivier punk, hardcore, un peu bourrin. Après c’est à chacun, pas d’exploiter, mais de vivre avec le vivier culturel local.
Et justement, je crois que c’est dur de jouer à Paris. Y a tellement de groupes. Pour se faire un nom, pour trouver une salle, face à toutes les pointures qu’il y a. « Petit groupe, bonjour, j’arrive, viens me voir en concert, à côté de la grosse soirée ou du gros groupe qui passe sur la super scène. »

Tob : Votre but, c’est de vous éclater, et plus si affinités ?

CB : Pour l’instant on ne sait pas trop. On va voir un petit peu comment ça vient. On met pas la charrue avant les bœufs. Notre objectif c’est de jouer, de se perfectionner, de composer, de faire de belles salles de concert, de s’exporter, de sortir un album mieux fait que notre démo, parce que ça reste une démo, et voilà quoi. Après on verra bien.

Tob : Quels conseils donnerais-tu à un jeune qui désire devenir batteur professionnel ?

Christophe BreugnotCB : Le mec qui veut faire carrière doit faire toutes ses années d’apprentissage de batterie. C’est classique, c’est la base. Après éventuellement partir dans une grande école de batterie. Se bouffer de la technique. Et ensuite, qu’il ait du talent. Et jouer avec le plus de musiciens possible.

Tob : Tu joues sur quoi comme matos ?

CB : C’est une batterie hybride. C’est un montage un peu spécial, j’ai différents toms qui viennent de différentes marques. Config : toms de 8, 10, 13 et 16 pour le tom bass, caisse claire classique de 14 et grosse caisse de 22, le tout monté sur rack. Mais je vais simplifier, je vais passer sur un kit beaucoup plus simple, à partir du début de l’année. Je vais voir pour du Tama et du Paiste en cymbales. Starclassic Master, ça me ferait plaisir. Après la config je sais pas trop encore, je prendrais bien une grosse caisse assez profonde, et des toms de 10, 12, 14. Pour l’instant c’est ce que j’ai en tête, après c’est à voir.

Tob : Et les cymbales ?

CB : Je joue avec du Zildjian et du Sabian. Une china, une crash, une ride, un charley.

Tob : Tu te protèges les oreilles ?

CB : En répétitions oui. En concert plus ou moins, ça dépend des salles. Ce soir par exemple si j’avais mis des bouchons j’aurais eu du mal à entendre les autres. Mais en répè c’est clair c’est protection. Sur les grosses scènes, avec le système des retours, le volume reste raisonnable.
Comme protections, j’utilise des bouchons. Sinon ce qui est bien c’est les atténuateurs, qui ne vont pas affaiblir que les aigus. Par exemple t’auras -20dB, mais ça restitue toute la palette sonore, t’auras le même son.

Tob : A part la batterie, quels sont tes loisirs ?

CB : Ma passion actuelle c’est ma petite fille. Comme elle vient de naître, ça occupe bien.

Tob : Question traditionnelle : avec qui tu rêverais de boire un verre ?

CB : J’inviterais Danny Carey à aller se jeter un petit demi, on se taperait la causette. Je crois qu’il fait aussi un petit peu de basket, on se ferait un petit match après. Ouais lui, essentiellement, c’est trop énorme de toute façon ce qu’il fait.

Tob : Comme c’est bientôt Noël, et la nouvelle année, est-ce que tu as un message particulier à faire passer à nos lecteurs ?

CB : Pour 2007, que du bonheur ! Pour ceux qui font de la zique, je pense que l’essentiel c’est de prendre plaisir à jouer, faire de la scène. La musique, c’est le pied. Continuez à jouer, continuez même si des fois c’est difficile de trouver des scènes, même si c’est pas forcément évident de monter un groupe, de tourner en même temps que bosser, mais continuez à faire ça parce que c’est plaisant ! Puis pour tout le reste après, on a de quoi refaire le monde !

Retrouvez ici la chronique de la démo de Jodie Banks !

Le site Myspace de Jodie Banks

Propos recueillis par moissonneurbatteur – décembre 2006 /juin 2007

 

tob