INTERVIEW : PASCAL BONNAFOUS
Métissé entre rock et musiques orientales, le son des Boukakes est une véritable bouffée d'air frais, idéal pour garder la pêche et pour voyager vers le soleil du sud ! A la batterie, Pascal Bonnafous assure un groove imparable. Interview !

Tob : Commençons par le début : quand as-tu commencé à jouer de la batterie, et comment est née ta passion pour l’instrument ?
PB : C'est dans la male à vinyles de mon père que tout a commencé... En effet, vers l'age de 7 ans, j’avais la chance d'avoir accès aux disques du paternel... Hendrix, Led Zep, Genesis, Bowie... un peu tout ce qui se faisait dans les 70’s et 80's ! Je squattais volontiers la platine, et passais des heures à mimer les instruments, notamment la batterie.
A partir de là, mon père qui était à l'époque éclairagiste, m'embarqua à des répètes, des concerts, et là...je ne pouvais plus détacher mon regard de la batterie ! A la pause je fonçais sur le tabouret, avec un petit coup de main pour monter dessus. Je ne touchais pas les pédales...mais j'étais le plus heureux !
Tob : As-tu suivi des cours, ou es-tu autodidacte ? As-tu beaucoup travaillé la technique ?
PB : Ne cessant pas de taper sur tout se qui me passait sous le nez, mes parents m’ont inscrit au conservatoire municipal de Béziers (34). C'était en 81, j'avais 9 ans.
C'était un petit conservatoire sympa, à l'ambiance pas trop guindée... et surtout il y avait des cours de batterie avec Mr René Nan ! Il a accompagné Nougaro pendant pas mal de temps, à la grande époque jazz, et il tourne encore. Je l'ai vu il y a 3-4 ans à Montpellier. Il jouait dans une formation jazz. C'était un super prof, j'adorais ses cours ! Il nous accompagnait au piano, trombone, percus... ça donnait un petit coté boeuf aux exercices "pas toujours rigolos", du type ras, moulins, volants, et autres… L'enseignement y était quand même "classique". La première année, c'était caisse claire, exclusivement, et solfège rythmique, évidemment... Mais il nous a toujours motivé à l'improvisation et la créativité. J'ai suivi ses cours pendant 3 ans, durant lesquels j'ai eu ma première batterie ! Grand moment d'émotion... Une Maxwin en fin de vie... Puis le conservatoire a changé de lieux, de direction, de politique. Pour rester, il fallait désormais que je complète ma formation par la pratique d'un autre instrument, "un vrai, un qui fait des notes". J'ai tenté la guitare, mais là c'était pas la même... La veuve joyeuse en trémolo, avec un repose pied... l'enfer ! Je n'ai pas pu, et j'ai donc renoncé au conservatoire. Mais j'ai continué à jouer chez moi.
Pas simple... Comme on sait, ça fait du bruit une batterie ! Des petits boeufs avec des potes dans la cave à la fête de la musique, je n'ai plus vraiment travaillé la technique de l'instrument... J'ai plutôt joué quand l'occasion se présentait. Je gratouillais la guitare, un peu de percus... Pour l'anecdote, cette bonne vielle Maxwin a péri dans un incendie...
Mais à 18 ans, suite à mon premier job d'été, je décide de m'acheter une nouvelle batterie ! Chose faite, une Ludwig, je m'y suis remis, doucement, et à 20 ans je décide d'en faire mon métier ! Je me mets à travailler un peu plus sérieusement la technique, à reprendre les bons vieux exercices, quelques relevés de Batteur magazine, etc... Puis les petites annonces pour entrer dans un groupe. Après quelques rencontres me voilà dans un groupe de compos et dans un autre de reprises ! J'ai donc bossé la technique au fur et à mesure des besoins, soit pour ce que j'imaginais dans les compos, soit pour jouer du Red Hot, Hendrix...et bien d'autres ! Autant dire pas mal de boulot...
Tob : A quoi ressemble une journée de travail de Pascal Bonnafous ?
PB : Cela dépend des périodes. Depuis la sortie de notre deuxième album on tourne beaucoup et essentiellement à l'étranger. Le gros du boulot c'est trains, avions, bus, balances, concerts… et quand on peut on bosse de nouveaux morceaux.
Tob : Comment s'est faite la rencontre avec Les Boukakes ? Fais-tu partie de ce groupe depuis ses débuts ?
PB : C'est Thierry, le guitariste des Boukakes qui m'a appelé, alors que le groupe avait un an d'existence, et quelques concerts dans des bars à Montpellier. C’était début 99. Nous avions monté quelques projets ensemble depuis 93. Il y avait Laurent, dis" Bubulle", à la basse. On s'était croisé par amis interposés ! Massimo, au son, était un pote. On avait déjà bossé ensemble. Vincent, qui manageait déjà tout ça (pas simple). Stef, le clavier, est arrivé quelques mois après. Bachir, le chanteur, et Imed, le percussionniste, sont arrivés en 2002. Soit en 2006, une bonne équipe, avec des origines et des influences musicales plus que variées. Et on se marre bien !
Tob : As-tu participé à d’autres projets musicaux ?
PB : Hé bien oui ! Ils sont même assez nombreux, et plus ou moins arrivés à termes...
Pour les principaux :
- un groupe de reprises appelé Just Four (il y avait Thierry). On reprenait du disco, du funk, du Hendrix... Basse, batterie, guitare, chant (ndlr : d’où le nom !), et on revisitait tout ça ! On a tourné 3 ans. Premier dossier d'intermittent...
- Par la suite, Yeti, un groupe de compo, en français, anglais, hollandais... On qualifiait ça de chanson psychédélique, ou progressive, au choix. C'était sympa, on répétait beaucoup ! Mais pas beaucoup de concerts... Cependant Yeti existe toujours, avec Jetty, chanteuse-accordéonniste hollandaise... Je vous le conseille, c'est très bien !
Aujourd'hui j'interviens de temps en temps sur divers projets, notamment sur des arrangements de machines.
Tob : Quel matériel utilises-tu ? Tu es sponsorisé ?
PB : Mon kit, cette bonne vieille Ludwig... Hé oui, la même, achetée en 90 ! C'était un moyen de gamme, mais made in USA ! Fûts longs, et bien lourds... Je n'utilise que la grosse caisse de 22, tom de 12 et 16 en tom bass, le tout monté en Evans hydraulic. J'ai une caisse claire DW, je l'adore ! Gros caractère...Mais je ne joue que très rarement sur mon kit. Depuis 2005, on joue essentiellement à l'étranger. C'est donc beaucoup d'avion, et...du back line sur place. Je demande une YAMAHA série mapple. Après pas mal d'essais au cours des festivals, j'ai trouvé que c'était une batterie facile à régler. Peu importe les peaux, je n’ai jamais de mauvaises surprises : ça sonne ! Je demande une 22, 12, 16, un charley de 13, une ride de 20, deux crashes 14 et 16, une china de 16, 1 splash... le tout Zildjian.
J'ai un complément de 3 pads Roland, et un capteur pour le kick, que j'amène, couplé à un sampleur. Je déclenche des loops, des nappes... ou je joue des sons types rimshot, tablas, percus orientales...ou électro... Ca enrichit considérablement le kit ! Ainsi que le capteur grosse caisse qui, mixé au son acoustique, permet de changer la couleur du kick.
Je ne suis pas sponsorisé...
Tob : Aujourd'hui, ta passion te permet-elle de vivre confortablement ?
PB : Confortablement n'est pas vraiment le terme. Elle me permet de vivre, depuis 10 ans, grâce, il faut bien le dire, à l'intermittence... Avec des années plus dures que d'autres, notamment les premières années des Boukakes... Il est plus difficile de trouver des concerts, donc de faire des cachets, quand on fait de la compo et que personne n'a entendu parler de vous. Mais grâce à Vincent on a toujours réussi à tourner, faisant la France en long, en large et en travers, dans un vieux camion ! Depuis l'an dernier seulement, la notion de confort s'installe, au niveau des conditions de voyage, de concerts...et on ne s'inquiète pas trop pour le calendrier. Je dirais qu'aujourd'hui je vis correctement de ma passion.
Tob : Vous avez participé à des tremplins prestigieux, notamment au cours de l'année 2004, qui semble constituer une période-clé dans l'histoire de votre groupe. Peux-tu apporter quelques précisions sur ces tremplins ? Ont-ils eu le même impact ?
PB : Nous avons été lauréat du FAIR 2004. C'est un tremplin méconnu du public mais effectivement prestigieux chez les professionnels. C'est une sorte de bourse pour les artistes en devenir. Stages en studio, aides et conseils divers, des nouveaux contacts, un peu de pub nationale avec l'agenda dans Rock and Folk, une compil, etc... Dans la même année, nous avons été découverte du Printemps de Bourges, nettement plus populaire ! De ce fait il y a eu plus de retombées sur le public. Notamment grâce à un film reportage diffusé sur Arte. Une équipe a choisi de suivre 5 artistes, dont Les Boukakes, dans le parcours du combattant réservé aux découvertes du Printemps de Bourges...Un portrait réaliste des artistes en développement, une sorte de contre star’ac... Cinq épisodes de 30 minutes sur une semaine. Beaucoup de gens nous ont écrit par la suite, et au niveau des pros, évidemment, ça a enfoncé le clou !
Et pour finir, cette année nous avons eu l'honneur de participer au WOMEX , à Newcastle. Ce n'est pas un tremplin à proprement dit, c'est un festival et un des plus gros marchés de la world music. Une trentaine d'artistes issus de toute la planète participent. Autant dire que c'est un honneur, partager la scène avec Tiken Jah Fakoly, Nitin Sawhney, Robert Plant en clôture... Suite à ce concert une tournée internationale s'est organisée, et des propositions diverses de tour, de distribution nous ont été faites dans plusieurs pays européens, mais aussi aux USA, au Japon...
Tob : Quels conseils donnerais-tu à un jeune batteur qui souhaiterait devenir professionnel ?
PB : De bosser évidemment ! Au clic ou sur des loops, à un tempo très lent (efficacité redoutable). Travailler l'intensité, la fluidité...
Ensuite, ne pas oublier que la technique est au service de la musique, et non le contraire... C’est-à-dire ne pas surcharger son jeu de figures de "haute voltige". Il est bien souvent plus difficile de faire groover des tourneries simples et dépouillées…
Pour finir, écouter, repiquer des batteurs mais aussi des percus... et surtout prendre du plaisir en jouant !
Tob : Quels sont les musiques que toi et le groupe aiment écouter, et quels batteurs t’ont influencé ?
PB : A nous sept on doit écouter à peu près tout ce qu'il se fait ! Quant à moi j'adore Steve Gadd (la classe), Dennis Chambers (la puissance), et je suis un inconditionnel de Trilok Gürtü (folie créative).
Tob : La batterie est un instrument plutôt bruyant (doux euphémisme...). Utilises-tu des protections auditives, et que conseilles-tu à un batteur pour qu'il préserve ses oreilles ?
PB : Et je dois avouer que je ne me protége pas... Mais j'y pense ! D'ailleurs je suis preneur de toute info (ndlr : tu pourras en trouver ici : conseils pour protéger son audition !)
J'utilise depuis peu une batterie électronique ROLAND, pour bosser à la maison, pour faire des maquettes... C'est vraiment très pratique et désormais au point et abordable. J'aurais adoré avoir cet instrument quand j'ai débuté, cela m'aurait évité bien des soucis de voisinage ! Une acquisition que je conseille aux débutants.
Tob : Pendant le concert au Café Charbon à Nevers, tu n’arrêtais pas de (sou)rire, de t’amuser, de blaguer... Cette joie manifestée en jouant fait plaisir à voir. Revient-elle toujours dès que tu t’installes derrière ton kit ?
PB : Je suis tenté de dire "oui", même s’il y a des jours plus "heureux" que d'autres... Je m'éclate vraiment derrière mon kit, et c'est un plaisir partagé avec mes compagnons Boukakes, ce qui est primordial !
Tob : Le Café Charbon est une salle très petite. Que préfères-tu, la sensation d'être proche avec un public en petit nombre, ou les émotions différentes que procurent les grandes scènes ?
PB : Dans les deux cas c'est du plaisir ! Le plus important étant que le public s'éclate, et nous avec ! Nous avons la chance de jouer dans les deux conditions, que demander de plus ? Si ce n'est que ça dure...
Tob : En tant que musicien, est-il parfois difficile de concilier vie professionnelle et vie privée ?
PB : Effectivement, c'est pas toujours simple (comme dans bien d'autres professions). Alors on essaie de s'organiser au mieux et on se fixe des limites. C'est nécessaire pour tenir la distance...
Tob : Vos tournées paraissent interminables. Vous semblez être sans arrêt sur la route. As-tu quelques tuyaux à donner pour que la bonne humeur persiste dans un groupe au fil des nuits ? Penses-tu que les relations au sein d’un groupe soient déterminantes pour construire une belle carrière ?
PB : Effectivement, les relations au sein d'un groupe sont déterminantes. Il est nécessaire de s'apprécier, de se respecter, de s'écouter, pour créer une musique ensemble, et encore plus pour passer des heures et des jours sur la route, dans un camion... et pour surmonter les obstacles, qui sont nombreux, sur la route d'un groupe !
On dépend tous les uns des autres. Ce n'est vivable que si tu apprécies les gens. Sans quoi c'est un enfer, et tu tiens pas longtemps...
Les Boukakes n'auraient pas tenu jusqu'à aujourd'hui sans une bonne dose d'amitié !
Tob : Vous avez ce soir partagé l'affiche avec ‘Senor Holmes’. Que penses-tu du joueur de djembé, qui chantait en même temps de jouer ?
PB : Harry, si je me rappelle bien. La seule chose que je peux te dire, c'est qu'il est un sacré déconneur, et un bon vivant ! Malheureusement, je n'ai rien vu de leur concert… On était au resto quand ils jouaient (gros retard de balances). Par contre on s'est bien marré en fin de soirée !
Tob : Tu pourrais nous décrire la coiffe que tu portais pendant le concert ? Petite question pratique : ta tête ne bouillonne pas quand tu joues dessous ?
PB : C'est une écharpe marocaine, enroulée comme un turban, façon touareg. Cela ne tient pas chaud, et en plus elle évite que la sueur coule dans les yeux. ! Plutôt cool, non ?
Tob : La majorité des paroles des Boukakes sont en arabe. Parles-tu cette langue ? Penses-tu qu’il soit nécessaire de comprendre les paroles pour jouer ses parties de batterie ?
PB : Je connais seulement quelques mots et expressions, mais Imed et Bachir qui sont les auteurs nous traduisent les textes. Il n'est pas nécessaire de comprendre mot à mot les textes, mais il est important pour tous de saisir le sens d'une chanson, pour avoir une intention juste, dans la musique et dans l'attitude sur scène. Il ne faut pas être en décalage avec le discours.
Tob : Pourrais-tu nous révéler la manière dont vous composez vos morceaux ? Qui écrit les paroles ? Te contentes-tu d’élaborer tes parties de batterie ?
PB : Nous n'avons pas vraiment de recette. On peut partir d'une mélodie de chant, d'un thème, d'une grille d'accords ou d'un rythme... On fait tourner, on improvise jusqu'à ce que le gros du morceau se dégage. Ensuite on rentre dans les détails de l'arrangement. C'est un vrai travail collectif !
Tob : Quels sont vos projets ? En particulier, après votre prestation au Café Charbon, une question me brûle les lèvres : à quand un album live, ou mieux, un DVD ?
PB : Pour l'instant on est en tournée. On travaille à l'évolution de notre set au fur et à mesure des concerts. On fait de nouveaux morceaux que l'on "teste" sur scène. On n'est pas encore décidé quant au prochain album... Il est vrai que l'on est séduit par l'idée d'un live, notamment d'un DVD ! Rien n'est encore lancé, et ce ne sera pas avant courant 2007.
Tob : Selon le chanteur, vos paroles parlent d’amour, de fraternité, de paix ou de bonheur. Bledi traite notamment des conflits israélo-palestiniens. En cette période où la paix semble compromise, aurais-tu un message particulier à faire passer à nos lecteurs ?
PB : Depuis que le monde est monde la paix est compromise... Et bien des hommes bienveillants ont lancé et lancent encore (heureusement) des messages de paix. Je me contenterais de dire à vos lecteurs de continuer à vous lire, de ne pas cesser de soutenir les artistes en allant aux concerts, en écoutant les albums, et d'y prendre du plaisir...
Tob : Pour terminer, voici la question traditionnelle de la Toile des Batteurs : si tu avais l'occasion de boire un verre avec une personne, toujours de ce monde ou pas, qui serait-ce et pourquoi ?
PB : Le choix est difficile... Je dirais Trilok Gürtü ! Je l'ai tellement écouté, "analysé"... Il a un son d'enfer ! J'adorerais avoir les mêmes fûts que lui, mais ils ne sont malheureusement pas en vente. J'en profiterais aussi pour lui demander quelques tuyaux sur les tablas, que je pratique à temps perdu depuis quelques années.
Tob : Toute l’équipe de la toile des batteurs se joint à moi pour te remercier. Ta gentillesse et ta disponibilité nous vont droit au cœur. A bientôt à un de vos concerts, et longue route aux Boukakes !
Voilà, l’interview est terminée. C’était ma première, d’une longue liste je l’espère ! Malheureusement, elle s’est faite par l’intermédiaire d’emails, c’est-à-dire virtuellement. Mais j’y ai tout de même pris un grand plaisir, qui se trouvera décuplé si vous avez partagé le même sentiment à la lecture ! Et si, dans quelques mois, j’assiste de nouveau à un concert des Boukakes, je n’hésiterais pas à interviewer Pascal « directement » pour parler de la sortie d’un nouvel album ou du DVD !
Le site officiel des Boukakes : http://lesboukaes.free.fr/
Dossier réalisé par Moissonneur Batteur- Septembre 2006

REPORTAGE : Pascal BONNAFOUS
Par moissonneurbatteur