
Interview : Roger Biwandu
Par Bulletdrum : Interview réalisée le mardi 24 juillet 2007
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Après avoir échangé quelques mail, Roger Biwandu a accepté une interview pour la Toile des batteurs. Le rendez-vous est donné dans son local à Cenon (prés de Bordeaux), l’endroit où il s’entraîne quotidiennement.
Rencontre en toute simplicité avec un grand batteur français :
Bulletdrum : Pour commencer, comment es tu venu aux fûts ?
Roger Biwandu : Il me semble que çà a du commencer vers 1978 par là, ça coïncide à peu prés à la sortie et l’écoute du premier album de The Police «Outlandos D’Amour», du premier album du groupe Toto du titre éponyme, et puis les Beatles aussi. Mes sœurs écoutaient pas mal de musique, çà vient de là, dans Police ou Toto la batterie n’est pas jouée par des manchots, Stewart Copeland et Jeff Porcaro, c’est clair.
Bulletdrum : Comment as tu commencé ?
Roger Biwandu : Naturellement je dirais, en tapant sur le lit pour faire un son de grosse caisse, sur des journaux pour la caisse claire, je bougeais les pieds aussi… (rire)
Bulletdrum : Et la batterie proprement dit ?
Roger Biwandu : Bien plus tard bien plus tard, ma première batterie je l’ai eu vers 14 ans, mais jusque là j’ai squatté les batteries de copains à droite à gauche, notamment de Bruno Sauvé, un musicien de la ville d’où je viens en banlieue Bordelaise, d’ailleurs il m’a aussi beaucoup dirigé et appris pas mal de chose.
Bulletdrum :
Tu as pris des cours ?
Roger Biwandu : Très peu en fait, j’ai traîné longtemps avec Bruno Sauvé et pris quelques cours avec Dominique Marseille (Ecole Agostini Bordeaux), j’ai surtout eu la chance d’avoir toujours été entouré de musiciens, j’ai toujours joué plus de musique que de batterie en fait.
Bulletdrum : Quand tu dis « quelques cours »…
Roger Biwandu :
J’ai dû aller à trois/quatre cours, je n’avais pas le temps déjà d’arriver à l’heure au cours de batterie car l’école Agostini était à l’opposé du collège où j’étais à l’époque, et puis c’était pas mon truc, non pas mon truc…
Je veux dire la batterie, comment dire, de manière scolaire, ce n’était pas mon truc, çà me freinait.
Bulletdrum : Tu as été quand même guidé, pour arriver où tu es arrivé, ou tu t’es fait tout seul ?
Roger Biwandu : Les deux je dirais, mais si on est honnête avec soi-même, qu’on se pose les bonnes questions, je pense qu’il y a matière à progresser de manière conséquente. Mais c’est bien d’avoir un prof, je veux dire, j’aimerais dès fois pouvoir retourner chez Dominique (Marseille) pour faire juste de la caisse claire, travailler des choses, ou travailler ma lecture qui est catastrophique, mais bon…
Et finalement je suis ici dans mon local, j’enregistre beaucoup mon travail personnel, je suis très critique avec moi, je sais ce que je dois travailler, et puis je dois dire que je n’ai plus les mêmes ambitions ou plutôt objectifs à mon age que j’avais quand j’étais plus jeune... Là à
34 ans je progresse dans pleins d’endroits, je suis un batteur bien plus clean et moins dingue, mais je ne me vois pas par exemple pouvoir accélérer ma vitesse de frisé, ce n’est plus le but non plus, mais c’est bien de faire les choses correctement.
Sans compter le nombre de cassettes vidéo/DVD, et autres CD sur le marché, dire qu’on est totalement autodidacte serait un peu présomptueux.
Bulletdrum :
Actuellement tu travailles comment ?
Roger Biwandu : Je travaille principalement sur des idées qui me passent par la tête, donc çà consiste à jouer pas mal, juste jouer et je travaille le tempo, au clic ou sur des disques, j’adore faire ça, et je suis assez fan des combinaisons à base de moulin, du tambour quoi. […] Mais le tempo c’est la base de tout, c’est bien d’avoir un tempo solide pour ne pas avoir de doutes et que tout le monde ait confiance.
Bulletdrum : Parlons de la batterie, quelle est ta configuration ?
Roger Biwandu :
J’ai plusieurs configurations en fonction du contexte, disons que quand je joue du jazz je prends une grosse caisse de 18’’ ou de 20’’, mais surtout de 18’’ avec tout ce que çà implique au niveau son/touché, un tuning plus haut, une grosse caisse qu’il faut maîtriser parce qu’elle résonne, elle fait du bruit et puis des cymbales différentes…
Il faut s’adapter en fonction de la musique, les caisses claires peuvent changer même si je suis persuadé, car je le fais, qu’avec une seule caisse claire on peut faire absolument tout, il suffit de tendre, détendre, de mettre un chiffon dessus ou pas, il n’y a aucun problème.
Mais jouant plus souvent de la musique électrifiée, la base de mon kit donne quelque chose comme 22’’ (GC), toms (courts !!!) 10’’ et 12’’, tom basses de 14 ‘’ et 16’’, avec çà je peux tout faire, on passe partout, et ce sont les coups de clé pour accorder la batterie qui font la différence, la manière de jouer aussi bien sûr ! (rire)
Bulletdrum :
La toile des batteurs, c’est un site de passionnés, pas forcément des professionnels, mais tu aurais quelques petits conseils à donner à ceux qui veulent se lancer ?
Roger Biwandu :Si on veut vraiment s’y lancer à se dire, «je veux devenir musicien, je veux vivre de la musique», il faut vraiment y réfléchir sérieusement parce que dans ces cas là il faut que rien ne puisse vous arrêter, il faut vraiment travailler, être sincère, il faut jouer avec le cœur, c’est très important. Pour moi la clé c’est d’être TRÈS critique avec soi même, être honnête, être pro, avoir le bon comportement, le bon son, le bon matos, être réactif, et peut-être l’essentiel, avoir les oreilles ouvertes.
Et puis on a tous des modèles, il faut les suivre, les repiquer, comprendre le «pourquoi», le «comment» dans le contexte musical, surtout sans intellectualiser bien sûr, il faut faire les choses naturellement, il faut que ce soit fun.
La musique c’est «juste» de la musique, mais en même temps c’est de la musique, il y a les deux cotés, c’est à faire sérieusement mais sans se prendre au sérieux.
Bulletdrum : Dans ta carrière, en tant que musicien, as tu ressenti du racisme à ton égard ?
Roger Biwandu : Je ne pense pas qu’il y ait de la ségrégation, du racisme, en tant que tel, du fait que je sois noir. Il y a des « clans », c’est aussi sournois des fois, c’est du « protectionnisme », c’est à dire qu’il y a des clans qui ont leurs créneaux entre eux. Par exemple, je ne suis pas convaincu que pour jouer un morceau qui s’appellerait « Paco Séry », en France on appellerait Paco Séry…alors que se serait le batteur adéquat. Ils appelleraient peut être Loïc Pontieux ou Christophe Deschamps, pas de problème ils jouent très bien les types, mais c’est pour dire que les séances sont protégées.
Ceci dit il y a quand même des tonnes de séances à faire et il y a du boulot pour tout le monde… mais dans le gros business il n’y a pas trop de blacks en effet, ou de « rebeus » d’ailleurs, à part … Manu Katché bien sûr. Donc, du racisme, non quand même pas, mais il y a un petit truc quoi.
Tu vois, il suffit de voir le foin qu’il y a parce que Harry Roselmack présente le journal de 13 heures, et que les mamies sont pas contentes, évidemment qu’à ce niveau là il y a un paquet de racisme, c’est évident. Tu vas aux USA, tu vas en Angleterre, tu allumes la télé, un coup c’est une indienne qui présente, un coup c’est un black, un coup c’est un chinois, tout ce qu’ils veulent c’est des gens compétents, peu importe la couleur. Pour eux ce qui compte c’est la couleur du dollar, il est vert, et la compétence. En France, non, c’est le « qu’en dira-t-on », mais oui « si on met un black on va perdre de la ménagère de moins de 50 ans… » !
Donc, quand même, la France, pays des droits de l’homme, est un pays accueillant et d’un autre côté il y a un racisme sournois, une espèce de truc bizarre. C’est peut être lié au passé colonialiste de la France, je ne sais pas trop, mais il y a un truc un peu bizarre. Ceci étant dit, j’ai 34 ans, je n’ai jamais ressenti le racisme à mon égard, jamais.
Je suis un être humain, je suis d’ici, je suis de Cenon (proche banlieue de Bordeaux), c’est là que j’ai grandi, j’ai commencé le rugby là derrière, il y a un château plus bas qui était mon premier local, et mes parents habitent juste là-bas, donc je suis vraiment chez moi et je n’ai jamais eu aucun problème.
Bulletdrum : Je t’ai vu récemment jouer en formation jazz, et en parlant jazz, est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur ton album qui doit sortir ?
Roger Biwandu :Sa genèse, il date maintenant de 4 ans, parce que je voulais le sortir l’année de mes trente ans, j’ai tendance à me dire que si il n’est pas sorti à ce moment là, c’est que je n’étais pas prêt, du coup j’ai pu mûrir ce projet et composer entretemps d’autres morceaux. Entre novembre 2006 et février 2007, il aura fallu deux jours de répétition et trois jours d’enregistrement à Paris, une petite semaine de mix en Corse, et une journée de mastering à Bordeaux. Avec les musiciens que j’ai eu la chance d’avoir, tout s’est passé comme sur des roulettes, et puis je pense avoir écrit des choses cohérentes simples, avec de bonnes mélodies.
Bulletdrum :
Et çà sort quand ?
Roger Biwandu :
Dans les bacs le 16 octobre, çà sera distribué par Mosaïc Music et je pense que çà sera dans toutes les bonnes crèmeries genre Fnac, Virgin, Cultura…
Bulletdrum : Sur cet album, tu es compositeur, tu tiens la batterie, tu es producteur ?
Roger Biwandu :
Oui, j’ai produit l’album et j’ai composé 8 thèmes sur les 12 figurants sur l’album.
J’ai repris «Slink» de Vinnie Colaiuta, interprété à ma manière of course, j’ai ajouté des percussions sur le fameux Haka de mon équipe de rugby favorite qui est The All Blacks, et je joue deux thèmes de Jeff «Tain» Watts, en forme d’interlude, que j’ai d’ailleurs appelé «Tainerlude» pour le jeu de mot avec le surnom de Jeff.
Bulletdrum : Il y a un titre ?
Roger Biwandu :«Influences » avec un « S », en français, ou en anglais, çà marche.
On peut entendre le fait que je suis très influencé par le rugby, il y a beaucoup de rugby sur ce disque, çà tombe bien parce que nous sommes en pleine coupe du monde. (rire)
Mais il y a d’autres influences aussi, le jazz, Jeff «Tain» Watts, l’Afrique, Vinnie Colaiuta, le Gospel, mes amis, ma famille, mes racines…
Bulletdrum : Avec la sortie de l’album, des concerts de prévus ?
Roger Biwandu :
J’espère, mais déjà il y aura un concert de sortie le 22 février 2008 à Cenon/Bordeaux, et peut-être le 21 février à Paris, je ne connais pas encore les endroits mais il y aura déjà ces deux concerts.
J’espère trouver un tourneur et pouvoir enchaîner les choses, ce qui ne m’empêchera bien sûr pas de continuer à être sideman et de jouer avec plein de gens différents.
Mais l’idéal serait que je puisse tourner sous mon propre nom et écumer les festivals de Jazz, ce serait un bel aboutissement et à coup sûr un point marquant de ma carrière.
Bulletdrum : Et enfin, la question traditionnelle de la Toile des batteurs : si tu pouvais prendre un verre avec une personne morte ou vivante, qui serait-ce ?
Roger Biwandu :
Mohamed Ali, c’était un sportif formidable mais aussi un énorme «Black Leader» !!!
Il a été incroyable à l’époque de la ségrégation, le racisme était énorme aux États-Unis, il a pris position, refusé d’aller faire la guerre au Viêt-Nam, il a fait des choses énormes pour la communauté noire américaine au détriment même de sa vie dès fois, c’était quand même pas rien avec toute l’adversité qu’il a dû vaincre, pour toutes ces raisons : Mohamed Ali.
Un grand merci à Roger pour sa sympathie et sa disponibilité.
Infos et actualités sur :
www.rogerbiwandu.com et www.myspace.com/rogerbiwandu
Dossier réalisé par Bulletdrum - Juillet - Octobre 2007
