Interview : Stéphane BOUTINAUD (dit "Bouts")

Entretien réalisé par Bruno (SexyDoo)

Extraits de Workhop : Mind Control

Q : Avant de rentrer dans le vif de l'interview, peux tu te présenter à nos lecteurs en quelques mots ?

Bouts : Bonjour, je m’appelle Stéphane Boutinaud, j’ai 31 ans, je joue de la batterie sérieusement depuis l’âge de 16 ans. Je vis depuis 5 ans dans la région de Montpellier où règne une forte activité musicale.

Je viens de réaliser avec Kenny Serane (http//:www.kennyserane.com/), l’album Workshop (http://www.workshop-band.com/) ; je fais partie également du groupe K6 (http://www.k6team.fr.st/), avec lequel nous avons remporté le prix « SACEM » lors du Printemps de Bourges, et dans d’autres différents groupes de reprises.

Tout d'abord peux-tu nous raconter ton premier contact avec la batterie et la période d'apprentissage qui a suivi ?

Bouts : Mon père dirigeant un orchestre de variétés depuis des années, j’ai toujours était fasciné par les différents batteurs de celui-ci, donc pendant les balances, je passais derrière les fûts et tapais dessus… J’ai dû être pénible d’ailleurs !

Et puis, un jour, j’avais à peine 10 ans, un soir mon père est rentré et m’a dit : « je t’ai acheté une batterie », je m’en rappelle comme si c’était hier, le truc cool que j’espérais depuis des lustres était arrivé. C’était une Hoshino.

La batterie est arrivée quelques jours après, et il m’a donné quelques cours, et surtout m’a appris mon premier rythme que je pouvais jouer sur un 45 tours : « Antisocial » de Trust, suite à ça je ne pouvais plus devenir batteur de Jazz !

Q : N'est-ce pas gênant de devoir jouer sans la présence d'une basse ? Est-ce un choix du groupe ou n'avez vous simplement pas trouvé de musicien?

Bouts : Il y a une basse, virtuelle certes, mais elle est là. Donc j’ai joué : rien de plus anormal que d’habitude.

On a pensé faire jouer les parties par un vrai bassiste, et on a rencontré Franck Hermanny (Adagio), pour lui faire écouter le prémix. Il me semble que ça lui avait plu, mais après nous sommes passé à autre chose et ça ne s’est pas fait.

Q : Avez-vous prévu une tournée française d'ici peu?

Bouts : D’abord, on cherche un bassiste capable de jouer les parties, nombre d’entre eux sont effrayés par les traits a jouer avec la guitare…Ensuite, il faudrait un clavier, rares sont ceux qui affectionnent ce style. Alors… Mais l’idée de tourner nous trotte dans la tête. Fortement…

Q : Ton jeu est parfaitement carré sur Workshop, as-tu enregistré au métronome? Si oui l'utilises-tu aussi pour le live?

Bouts : Le click est présent partout, si demain nous devions faire un concert, je pense qu’il serait là aussi, car il y a vraiment beaucoup de parties sur le CD, ou alors il faudrait tout réarranger au risque de dénaturer.

Je dois dire aussi qu’à l’heure actuelle, que ce soit avec Workshop, K6, ou d’autres projet, je l’ai très très souvent dans les oreilles, et ça ne me gène plus…

Q : Vis-tu actuellement de ta musique? Quels conseils donnerais-tu à un jeune batteur qui veut se lancer dans le métier?

Bouts : Je vis de la musique depuis 1991, et je peux dire que nous amorçons un très gros virage en ce moment, et qu’il a déjà moins de musiciens « pro » depuis les fameux accords du 26/06/2003 concernant les intermittents du spectacle, et suite à cette nouvelle donne, je ne sais pas si j’en vivrais encore longtemps.

Donc surtout bien se dire que ce n’est pas facile, et qu’il faut travailler d’arrache pied, car une fois que l’on sait maîtriser un minimum son instrument, ce métier marche beaucoup par connaissances et rencontres, et ça c’est encore autre chose.

Q : Quels sont les styles et batteurs qui ont influencés ton jeu?

Bouts : D’abord, j’essaie d’écouter un maximum de musique, de tout style, que ce soit Jazz, Electro, Metal etc.…J’essaie d’être au courant de ce qui sort aussi, le net facilite ça.

Ensuite je dois avouer que Vinnie Colaiuta, Virgil Donati, Thomas Lang, et Marco Minnemann, sont très présents dans ma tête de batteur, et ces trois derniers sont pour moi la relève de Chambers, Weckl et Colaiuta. Il manque juste à Thomas Lang un « band » avec lequel il puisse exploiter ses « idées batteristiques » dans un contexte musical, comme l’a fait Virgil Donati avec Planet X, et là ça devrait barder ! J’ai reçu le DVD du TDUW du 11 ème Anniversaire, et sa prestation est vraiment terrible, techniquement, je le trouve même plus précis que sur son DVD pédagogique.

Q : Joues-tu d'autres instruments?

Bouts : Non, mais je travaille l’harmonie au piano, mais pas le piano directement. Je sais par ailleurs que dernièrement beaucoup d’écoles de batterie imposent un instrument harmonique, et je trouve ça très bien car je me suis rendu compte que cela m’avait manqué.

Q : Tu as obtenu les premiers prix de la "Drum's School Lajudie" et de l'Ecole Dante Agostini de Toulouse, ces diplômes t'ont t-ils servis professionnellement?

Bouts : Les diplômes en tant que papier, non, les seuls reconnus pour notre instrument sont ceux du conservatoire malheureusement. Les cours par contre : oui. À travers la lecture ou l’écriture. Par exemple dernièrement un copain, Nicolas Tandan, batteur de Sojo Glider (http//:www.sojoglider.com/), m’a demandé de le remplacer dans un groupe de reprises, pour une période de 5 semaines, et j’ai dû monter 92 morceaux en 1 mois. Sans l’écriture de chaque morceau, sachant que les structures sont précisées, ou qu’il y a des séquences, je n’aurai pu jouer tout ça en 4 répétitions.

En ce qui concerne les écoles, chaque prof ‘a ses particularités. Mr Lajudie, c’est le métier par excellence, de gros raccourcis, alors que les écoles Agostini sont plus axées sur la technique.

Q : As-tu quelques secrets de vieux routard à dévoiler aux lecteurs de la Toile des Batteurs ?

Bouts : Travaillez, au click, enregistrez vous, même avec seulement un micro et un Mini Disc, je pense que c’est une très bonne école pour apprendre à connaître ses défauts et les corriger par la suite.

Comprendre qu’il n’y a pas de mauvaises musiques à jouer, mais qu’on n’apprécie pas toutes les musiques, et que pour gagner sa vie dans ce métier, il faut parfois jouer des choses que l’on n’aurait pas pensé faire, et on s’aperçoit souvent que l’on en ressort bien meilleur après coup.

Q : Que penses-tu de la popularisation des triggers en live et de l'uniformisation du son qui en découle?

Bouts : Si c’est un choix personnel, pourquoi pas.

Souvent il y a les producteurs qui choisissent pour les batteurs, c’est eux qui investissent sur les projets et le batteur n’a pas forcément le choix de dire non …

Sinon le système en lui-même peut permettre beaucoup de choses très variées, comme du déclenchement de « loop » au lieu uniquement de sons, et c’est assez pratique pour éviter de la programmation qui fige les structures. Je crois que j’aime les machines en général.

Q : J'ai appris que tu donnais des cours de batterie, qu'est-ce qui te plait dans cette transmission de savoir entre batteurs et inversement quels sont les points qui te déplaisent?

Bouts : Ce qui me plait, c’est certainement comme à tous les profs, voir qu’on a participé à la progression d’un élève. Par exemple, qu’il est plus « dedans » sur un morceau que lors du cours précédent, qu’il a trouvé de nouvelles idées de fills, une tourne plus appropriée à celle de la basse…Qu’on a réussit à lui faire comprendre ce qu’il lui était nécessaire de travailler pour avancer sur son jeu.

Ce qui me déplait dans les cours, ce sont les élèves qui travaillent pas. Revenir sur des choses vu sur le cours précédent à cause d’un manque de travail est assez stressant pour moi.

Q : Je ne crois pas avoir vu sur ton site une description de ton matos, peux-tu nous en livrer rapidement le contenu?

Bouts : J’ai une Pearl MMX, rachetée suite à un contrat de sponsoring, en configuration, 22, 10, 12, 14, 16. Une caisse claire DW 14X5, 5 en érable.

J’utilise des Cymbales Zildjian A custom, ainsi que du Meinl Byzance, que je trouve très bien rapport qualité/prix.

Au niveau accessoires, j’aime la série Eliminator de chez Pearl, j’ai la double pédale et le charlé principal.

Q : En cherchant dans tes souvenirs aurais-tu une anecdote de concert à nous raconter?

Bouts : Oui, au Printemps de Bourges en 2004 avec k6.

À notre arrivée au grand théâtre, le régisseur nous demande de mettre le matériel de scène dans le monte-charges, et nous accompagne. Je marchais devant le régisseur avec le bassiste et l’un des guitaristes cherchait ce qui pour moi et pour lui devait ressembler à une porte d’ascenseur, lorsque tout à coup, c’est le couloir dans lequel nous étions qui s’est mis à descendre !!! En fait le monte-charges était un couloir pouvant emmener un 19 tonnes à l’arrière de la scène.

Q : As-tu déjà analysé ton jeu, quelle technique ou manière de jouer pourrait le définir?

Bouts : Alors ça c’est assez difficile. Je dirais que j’ai un jeu assez carré et métronomique, loin de vouloir dire que je ne bouge pas ou que je suis une machine, mais comme on me l’a souvent dit…

Ensuite j’essaie de ne pas faire comme « machin » sur le dernier disque de « truc », mais plutôt comme je le sens, tout en sachant jouer ce que le fameux « machin » faisait, histoire de ne pas non plus tomber dans la facilité.

Q : Es-tu un adepte du talon pointe? Si oui à quelle fréquence?

Bouts : Non, je chausse du 45, donc mon talon dépasse généralement de toutes les pédales…

Q : Qu'est-ce qui caractérise selon toi un bon musicien, un bon batteur?

Bouts : Je dirai sans aucune hésitation son sens du rythme, au risque de choquer certains fans de la 9 ème bémol.

Il faut ensuite qu’harmoniquement ça suive, et qu’en plus il "chorusse" comme un dieu !!! Alors c’est parfait.

Mais il est vrai que souvent beaucoup de groupes ont des morceaux qui ne tournent pas parce que rythmiquement l’un d’entre eux (ou plusieurs) ont un souci.

Pour les batteurs c’est évident, et le travail au métronome est souvent négligé, alors qu’il devrait se faire à des tempos très lents dès le départ. Une grosse technique n’est pas forcément importante.

Un batteur ayant un bon tempo, un son correct, jouant toujours dans l’esprit d’un morceau vaut toutes les doubles croches à 200 de la terre.

Q : Que penses-tu du phénomène de starisation qui suit le nouveau "drummer hero" du métal progressif qu'est Mike Portnoy?

Bouts : Il a su bien gérer sa carrière, c’est typiquement américain, aux fans d’écouter, de voir ce qu’il a fait, et aussi se qui passe autour. De toute façon, il fait partie des gens qui ont ramené le métal au devant de la scène, et les gens ont adhéré donc « respect » en ce qui me concerne.

Q : Quels sont tes projets pour les années à venir?

Bouts : Continuer à vivre de la musique.

Essayer de trouver des gens qui voudraient investir dans Workshop, labels distributeurs…

Essayer de faire tourner Workshop.

Progresser sur ma batterie.


Q : Enfin si tu pouvais aller boire une bière avec un vivant ou un mort ce serait ... ?

Bouts : Bon, j’aurais pu te dire avec Porcaro ou Donati ou un autre, c’est évident, mais il y a pour moi plus grave, surtout en ce qui concerne la situation de l’humanité. Donc ce serait avec le bon Dieu ou son similaire (je suis pas forcément croyant), pour lui dire :

«  C’EST QUOI CE BORDEL !!! »

Q : Merci à toi d'avoir accepté de répondre à ces quelques questions, bonne continuation dans ta carrière de zicos et si tu passes sur Montpellier n'hésite pas à prévenir!

Bouts : PS : J’habite à Montpellier !!! A+

Le site de Stéphane : http://www.stephaneboutinaud.com