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INTRODUCTION

Jeudi 8 décembre 2005, départ de Bourges pour Paris Austerlitz par le train, et ensuite un peu de métro pour pousser jusqu'à la gare de l'Est. Le rendez-vous est fixé dans une brasserie parisienne non loin de la gare. Je rencontre pour la première fois Alain Gozzo, assis tranquillement en train de finir son repas, avec un thé chaud en guise de boisson ... nous reviendrons un peu plus tard sur ce détail amusant...

Je dois dire que j'étais quelque peu intimidé, la Toile des Batteurs existant depuis moins d'un an, et je ne suis de plus qu'un très modeste amateur de musique qui s'occupe de notre site à temps perdu ... Mais Alain Gozzo est vraiment quelqu'un de très accessible qui sait mettre les gens à l'aise. De plus notre Guillaume Pihet (l'Afrotobien, Nasticool sur les forums) nous a rejoint un peu plus tard pour lui aussi poser des questions à notre Gozzo national.

 

Cédric, Alain et Guillaume

FICHE TECHNIQUE

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Mais avant, commençons par les présentations. En effet, Alain est certainement un visage familier des batteurs "d'âge mur", mais l'est peut être moins pour les "djeuns" d'aujourd'hui. Alain est né le 14 avril 1955 à Metz. Encore jeune (vers 17 ans), il forme avec des amis le groupe Atoll. Ce groupe qui ne vous dit peut être pas grand chose, mais sachez qu'il a été une des figures phares de la musique progressive pendant les années 70. Atoll a notamment rencontré un grand succès au Japon, les Japonais achetant encore aujourd'hui environ 5000 disques tous les ans. On peut trouver chez Musea des versions remasterisées de ces albums. Alain m'en a gentiment prêté quelques exemplaires. Evidemment le son est très seventies, on se retrouve quelque part entre Magma (à noter sur certains albums la présence aux choeurs de Stella Vander), Dixie Dregs (notamment sur le dernier album, avec l'arrivée d'un violoniste au sein du groupe), des voix aigues (qui pourraient faire penser à un certain Patrick Juvet), parfois psyche, parfois progressif. A noter dans l'album Rock Puzzle la présence d'un orchestre qui enrichi le son du groupe avec de très beaux arrangements.

Voici un extrait du titre "Puzzle", issu de l'album "Puzzle Rock", qui en dira plus qu'un long discours. J'ai fais ce choix car en deux minutes vous pouvez entendre l'aspect progressif, les arrangements orchestraux, les choeurs, bref un condensé de Atoll. Notez que les CDs sont remasterisés et distribués par Musea.

C'est vraiment difficile de vous donner un aperçu en quelques secondes de cette musique si originale et riche, si vous en avez l'occasion, laissez vous tenter, et jetez une oreille, notamment sur cet album qui m'a réellement charmé.

Au début des années 80, Alain a lancé le premier réseau d'écoles de batterie en France, le réseau Tama / Paiste, le commencement de très longues années de collaboration avec Tama. Alain continue les masterclass avec plaisir, et monte son GozzoZoo, groupe plus axé fusion, jazz.

Voici deux extraits de Gozzozoo, le premier s'intitule "Not only from Brazil" le second "Humans and machines". Les compositions sont vraiment intéressantes, j'ai cependant regretté le son enregistré en mono et la production, notamment le son de batterie, qui ne met pas assez en valeur à mon goût notre Alain Gozzo national ! (Alain m'a expliqué plus tard au téléphone que ce problème de son vient d'un défaut de pressage sur une série d'exemplaires). A noter la participation de Stuart Hamm (bassiste de Joe Satriani) sur le titre "Travelling over America".

 

Alain a aussi fait partie de l'équipe de pionniers de Batteur Magazine, dans l'interview qui suit vous en saurez un peu plus.

Et enfin, Alain est aujourd'hui directeur marketing de Mogar, qui distribue Tama dans tout l'hexagone (ainsi que la marque de guitare Ibanez), et est aussi le directeur des écoles de batterie Tama.

====== INTERVIEW ======

Pour cette interview, les internautes de la Toile des Batteurs ont pu poser leurs questions à Alain Gozzo grâce à nos forums de discussions, Alain s'est prêté au jeu avec plaisir, et sans langue de bois !

 

Tob : Nous allons commencer par les questions des internautes à propos du matériel Tama si tu veux bien. Tout d'abord il arrive de tomber sur des cymbales estampillées Tama. Est-ce uniquement pour certains kits, est-ce que Tama a comme projet de créer une ligne de cymbales ?

AG : il y a certains de nos kits comme les StageStar qui sont vendues avec des cymbales Tama, mais il n'y a pas vraiment de ligne de cymbales Tama. Les cymbales des StageStar sont fabriquées en Chine, et les cymbales des SwingStar sont fabriquées en Allemagne, c'est de la sous-traitance en quelque sorte. Il n'y a pas pour l'instant de velléité de la part de Tama de fabriquer une véritable ligne de cymbales.

Tob : Le tension Watch : gadget ou outil indipensable ?

AG : outil indispensable, peut être pas, mais certainement d'une grande aide pour les batteurs débutants. Il est certain qu'avec une certaine expérience, on devient plus à même de faire ses réglages, mais quand on débute, c'est bien de pouvoir disposer d'un tel outil. La plupart des gens de ma génération étaient habitués à la technique "démerde", mais heureusement, de nos jours, dans la musique en général, entre les ouvrages pédagogiques, les dvds etc ...on a beaucoup d'outils qui permettent d'avancer plus vite. Ce tension Watch permet aux débutants d'obtenir des réglages intéressants sans trop peiner au début.

Tob : Pourquoi les caisses claires signatures sont elles si chères ?

AG : eh bien parce que ces caisses claires respectent exactement le cahier des charges des endorsés. Il y a 2 sortes de caisses claires signatures sur le marché. Il y a les caisses claires issues d'une gamme standard, on change les cercles et deux trois détails, on pose une plaque avec le logo au nom de l'artiste, c'est assez simple et moins cher. Et autre façon de faire : demander à un grand nom de concevoir sa caisse claire comme il lui plait, avec un cahier des charges complet. Alors cahier des charges complet veut dire fabrication beaucoup plus complexe, ce n'est plus de la fabrication de masse, mais plutôt de la fabrication semi-artisanale. Il faut souvent faire des moules spécifiques. Ces caisses claires respectent entièrement les désidératas des endorsés. Et bien sûr, un artiste pour qui on fabrique un tel matériel touche des royalties sur les ventes. Pour donner un exemple, Tama m'a fabriqué il y a quelques années une caisse claire signature sur mesure Alain Gozzo, fabriquer la plaquette avec la signature Alain Gozzo avait couté 3000 francs à l'époque, rien que pour la fabrication du moule.

Tob : Un internaute a repéré sur le site japonais de Tama, la StarClassic Birch. A priori, ce modèle n'est pas distribué en France. Il aimerait avoir quelques petites infos. Et surtout, est ce qu'il y a une chance de la voir arriver sur le marché français ?

AG : Et bien cette batterie se trouve sur le marché francais sous l'appellation "StarClassic Performer", c'est du bouleau. Certainement que votre internaute a été trompé par l'appellation "birch" qu'on peut trouver sur certains sites américains. Alors je sais que trouver du matos qu'on ne trouve pas en France est un fantasme pour de nombreux batteurs, mais les catalogues selon les marchés sont très peu différents, on trouve en France 95% du catalogue américain, même s'il se peut que les américains trouvent dans leurs magasins du nouveau matériel un peu plus tôt que nous, notamment en fonction des salons, comme le Namm Show.

Tob : Même question pour la " StarClassic Maple EFX " : pourquoi n'est elle pas dispo en France ?

AG : Il y a une petite erreur sur l'appellation, c'est aussi en bouleau, une birch, donc une Performer. La différence est au niveau de la finition, la Performer standard est en finition vernie, et la version EFX possède un duracover, un rhodoid très épais avec des finitions un petit peu plus moderne, rock 'n roll, avec des nacres etc ...

Tob : Où sont fabriquées les batteries Tama ?

AG : Alors elles sont fabriquées dans 3 pays. Tout le haut de gamme est fabriqué au Japon dans l'usine Tama, c'est là que sont fabriquées les StarClassic. Une partie de la gamme intermédiaire, les SwingStar notamment, sont fabriquées à Taiwan pour l'instant. Et Tama vient d'ouvrir une grosse usine en Chine, où est fabriquée la nouvelle Superstar, à terme sensiblement toute la gamme intermédiaire devrait suivre, il ne devrait donc y avoir que 2 usines Tama : une au Japon et une en Chine, l'usine Japonaise étant dédiée à tout le haut de gamme.

Tob : Vous allez donc fermer l'usine de Taiwan ?

AG : En fait non, Tama n'avait pas véritablement d'usine à Taiwan, c'était une forme de sous-traitance, mais qui dure depuis 30 ans. Tama aura maintenant le contrôle total de l'ensemble de la production avec ses propres usines.

Tob : Allez vous faire des modèles comme la Gretsch Catalina Rock ? C'est à dire, une grosse de caisse de 26"x16", tom de 14"x10", de 16"x16", de 18"x16", ce qu'on appelle les configs rock à la mode en ce moment ?

AG : Alors, en janvier 2006 les grosses caisses de 24 et 26 arrivent chez Tama mais dans le haut de gamme seulement, uniquement en StarClassic. Mais attention, je pense que l'acheteur final n'a pas toujours conscience des véritables sens du marché, on lit dans la presse etc que les grosses caisses de 26, les kits avec un seul tom medium... sont à la mode, la nostalgie des années 70 ... mais il faut savoir que ce n'est qu'une toute petite partie du marché.

Tob : Mais beaucoup de jeunes rêvent de ces batteries, on le voit sur nos forums notamment. Tama ne va donc pas proposer une série moyen de gamme dans ce type de config ?

AG : Alors tous les ans Tama propose dans les séries haut de gamme ou milieu de gamme, ce qu'on appelle dans le jargon des "spots", des "séries éclair", et il y aura l'année prochaine en 2006 des kits à tendance plus rock, je ne sais pas encore avec quel type de grosse caisse car on n'a pas encore reçu les prototypes, mais Tama y pense bien évidemment, puisque Tama ne songe pas être en reste par rapport à ses concurrents !

Tob : Des internautes recherchent du matériel rare, qui ne se font plus, ou des fins de stocks qui resteraient enfermés dans les usines...

AG : Alors, je suis moi même collectionneur ... et on dit souvent que le collectionneur cherche de l'introuvable, mais dans la collection on dit aussi que tout est trouvable (rires) ... à condition parfois d'y mettre le prix ! Maintenant où ? Chez quelqu'un spécialiste du vintage, ou alors le pur hasard, le petit magasin de province, un petit concert dans une MJC, un coup de chance... Mais bien sûr Tama n'a pas le contrôle du vintage...

Tob : Pearl commercialise depuis 2001, un kit en fibre de carbone, Rocket Shells est une marque qui fabrique des batteries uniquement en fibre de carbone, DW a sorti une caisse claire en fibre de carbone, Yamaha commercialise la stage custom Nouveau, avec les"lugs" en fibre de carbone, est-ce que Tama va commercialiser un kit à base de carbone ?

AG : Je n'ai pas d'infos pour le moment, je dirais que jusqu'à aujourd'hui, les gens de Tama sont très traditionnalistes, ils ont une tendance qui me parait fondée, à savoir qu'il n'y a pas mieux que le bois pour obtenir un bon de son de batterie. J'ai joué dans les années 80 sur des vistalites etc ... mais je trouve qu'elles n'ont quand même pas la qualité des instruments réalisés avec de bons bois.

Tob : Que devient le matériel Tama invendu en magasin, est-il réexpédié au fournisseur, constructeur ?

AG : Je dirais que pour un fabricant la première mission est de vendre son matériel, pas de garder du vieux stock. Donc il arrive que les fabricants fassent des propositions aux distributeurs avec des opérations spéciales. Mais avec Tama on a rarement ce cas de figure, l'année dernière on a racheté un stock de pédales Camco, mais pas 3000 pédales, plutôt de l'ordre d'une centaine seulement. Il faut tenir compte des nouveaux marchés qui s'ouvrent aussi, les marchés de l'est et de l'amérique du sud, et je n'ai pas l'impression qu'il y ait beaucoup de reliquats dans les usines. Par contre il faut savoir que Tama dispose d'un stock de pièces détachées, et qu'en cas de besoin il ne faut pas hésiter à nous contacter pour avoir des renseignements.

Tob : C'est rigolo de voir que beaucoup de batteurs cherchent du matériel vintage !

AG : Oui, c'est marrant. Mais je dois vous dire une chose. J'ai chez moi quelques anciens modèles de batterie, et pas que des Tama d'ailleurs, car j'ai joué dans le passé sur de vieilles Gretsch qui sont aujourd'hui mythiques (sur la photo ci-dessous, Alain joue sur sa première batterie pro, une Slingerland)... mais je peux vous assurer qu'en ce qui me concerne, il y a beaucoup de marques qui proposent aujourd'hui, dans des gammes moyennes, des batteries qui sont aussi bonnes voire bien meilleures et fournies avec des accessoires qui sont 100 fois meilleurs et plus pratiques que par le passé. Alors moi, je les regarde, ces vieilles batteries, pour leur histoire, mais quant à en rêver pour le son et la qualité, je trouve ça un peu déplacé aujourd'hui.

Tob : Comment expliquer que le prix du matos soit si cher en France, par rapport à l'Allemagne ou les USA par exemple. Quelle est la politique commerciale de Tama France ?

AG : Alors, la TVA n'est déjà pas la même ... mais pour Tama, quand on regarde bien les sites étrangers, les prix sont rarement inférieurs de 10 % à ceux pratiqués en France, je dirais même que pour les modèles haut de gamme, il peut arriver que le prix soit plus cher. Il faut aussi regarder les marchés en fonction du contexte économique, du cours monétaire du Yen, du Dollar, de l'Euro. Il faut savoir aussi que la marque décide d'un prix du marché, en fonction de sa concurrence. L'année dernière on a descendu nos prix par rapport à l'année précédente par exemple.

Tob : Et que dis-tu à ceux qui prétendent que les importateurs sont des voleurs ?

AG : Et bien je pense que ces personnes n'ont pas une vision nette et historique de l'histoire, tout simplement parce que quand j'ai commencé à travailler avec des importateurs dans les années 80, j'étais à l'époque encore musicien professionnel, on comptait environ 25 importateurs français dont une douzaine étaient solides, et aujourd'hui il doit en rester environ 3 ... Alors c'est un constat : le business n'était pas suffisamment juteux pour qu'ils survivent tous. Si bien que pour les stockages, les fonds, nous sommes obligés de travailler avec des gens qui ont un pied à terre à l'étanger, pour les stocks par exemple, Mogar a ses stocks en Italie, Peavey ou Fender n'ont aucun stock en France, juste un bureau...

Tob : Comment se passent les relations fabricants / importateurs ?

AG : En fait les fabricants ont des usines, et pays par pays ils cherchent des distributeurs, ou alors ils distribuent eux mêmes. En fait, si le marché est important, avec un volume énorme, le fabricant va essayer de distribuer lui même son matériel. Quoique beaucoup de marques qui s'y sont essayées sont aujourd'hui revenues vers les distributeurs, parce qu'elles se sont rendues compte qu'avec l'argent que passait le distributeur dans tout ce qui était promotion marketing etc... les marges étaient quelques fois sacrifiées pour le bon prix sur le marché, et que pour la maison mère ce n'était parfois pas aussi simple. Il y a eu souvent des revirements de situation. Il ne faut pas confondre Paiste, par exemple, avec la société qui la distribue en France (Yamaha). Par le passé, c'était Tama le distributeur de Paiste. Autre exemple, Tama fonctionne avec Meinl en Allemagne, et avec Zildjianen Italie.

Tob : Une question qui revient souvent sur nos forums : l'endorsement : quelle est la politique de l'endorsement chez Tama ?

AG : C'est assez simple, il faut envoyer un dossier à Tama (Mogar). Déjà, il faut savoir que chez nous nous n'endorsons globalement pas des gens qui n'ont pas de disque, de concerts (entre 10 et 20 par mois). On essaye de se limiter aux gens qui présentent un réel intérêt, car le but reste que l'on voit la marque évidemment : sur les sites internet, sur la scène, sur les disques etc ... L'aspect qualitatif aussi, tout le monde croit qu'il faut jouer le plus vite du monde, avec 4 mains etc ... moi j'endorse des gens qui jouent du rock plus standard aussi bien que des maitres de l'instrument dans la fusion, le jazz, aussi bien le métal, l'extrême, des batteurs - percussionnistes etc ... Ce qu'il faut, c'est que ça me le fasse, car je suis avant tout batteur, et enfin que je puisse placer Tama dans le contexte. Il est certain que je ne vais pas endorser 20 batteurs percussionnistes qui font la même chose, ca n'aurait pas d'intérêt. Il ne s'agit pas forcément d'avoir un gros niveau, un bon groupe qui fait de la bonne musique homogène avec un batteur techniquement moyen, je peux le signer car la cohésion de groupe m'intéresse.

Tob : En quoi consistent ces contrats ?

AG : On va dire qu'il y a 3 niveaux de contrats. Les contrats payants (les endorsés payent leur matos mais avec une ristourne) pour l'endorsé débutant, l'endorsé haut de gamme et le contrat matériel gratuit. Mais ces contrats sont très rares, en France il y en a 2 ou 3, souvent pour des batteurs de niveau international. C'est ce qu'on appelle le contrat Top, comme Franck Agulhon ou Richard Kolinka par exemple.

Il existe aussi des contrats "top top" style Mike Portnoy avec des clinics payés prévus dans le contrat etc ... mais c'est excessivement rare. Il faut voir aussi que Tama a une dimension internationale bien assise, et pour ces gros contrats, cela joue, car cela permet d'avoir un kit à disposition un peu partout dans le monde.

Tob : Et l'endorsement au niveau des écoles ?

AG : Il n'y a pas d'endorsement à proprement parler, mais il y a un contrat que signe le professeur avec Tama. Il y a 2 contrats, le contrat de l'école, et le contrat du professeur, le professeur qui signe avec Tama doit jouer sur Tama en dehors de l'école. Mais il n'y a pas d'engagement du prof à vendre tant de batteries tama par an, ça n'existe pas chez nous.

Tob : As-tu l'occasion de voir, dans le réseau d'école Tama, des batteurs très prometteurs ?

AG : Bien sûr je croise des batteurs prometteurs, mais souvent j'ai affaire à de jeunes batteurs très techniques, qui vont très vite ... Mais la technique doit servir la musique, et il y a beaucoup de batteurs pour qui cette notion passe au dessus de la tête. En général, ceux qui n'ont juré que par la technique, on ne les voit pas longtemps. La fonction première du batteur est de faire de la musique et d'accompagner des gens. Les gens comme Franck Agulhon sont rarissimes.

Tob : Comment se passe le programme pédagogique des écoles Tama ?

AG : Et bien pour les 3 premières années de batterie, on a un programme commun, qui ressemble à la plupart des méthodes qu'on peut trouver en librairie musicale, avec en plus un CD où l'élève trouve des exercices, des accompagnements musicaux dans différents styles. Une nouvelle méthode va bientôt sortir, projet que je dirige en collaboration avec Eric Thiévon, une vingtaine des endorsés nationaux contribuent à son écriture. Mais pour tout ce qui concerne l'enseignement haut de gamme, cela dépend des profs essentiellement, ça ne sert à rien de réécrire les livres existants sur les techniques de double pédale etc .... Et toutes les écoles Tama peuvent préparer l'entrée à la Music Academy International (MAI), puisque que c'est l'école mère.

Tob : Tu as accompagné Steve Vai pour des clinics, peux tu nous parler de cette expérience ?

AG : C'est une expérience impressionnante pour plusieurs raisons, car à l'époque (années 90) c'était déjà une grande star de la guitare. J'accompagnais souvent pour différents clinics, mais pour Steve Vai, la musique est assez complexe, et en plus pour les masterclass, c'était assez freestyle ... Alors on se dit, "j'espère que ça va le faire". Il y a eu beaucoup de pression avant, car je n'ai eu affaire qu'avec son management jamais avec Vai en direct. Mais tout s'est bien passé, puisqu'il ne m'a pas viré (rires), alors on a beaucoup répété, j'étais avec Pascal Mulot à la basse, Vai est quelqu'un de charmant. Ensuite pendant les masterclass, cela dépendait des questions évoquées. Par exemple, quand il y a eu des questions sur les mesures assymétriques, j'étais bien préparé car j'avais joué dans les années 70 avec un groupe de rock progressif (Atoll) avec lequel j'avais beaucoup travaillé ces mesures. Mais dans la musique il faut toujours savoir avec qui on va jouer, si j'avais senti que cela n'aurait pas marché, je ne l'aurais pas fait. Pour Steve Vai, il y avait un risque, mais j'étais bien préparé et je possèdais les connaissances nécessaires, et le challenge était intéressant.

Tob : Justement, peux tu nous parler d'Atoll, ton groupe dans les années 70, penses tu qu'il pourrait y avoir une reformation de ce groupe ?

AG : Et bien j'ai fait partie de ce groupe pendant 10 ans dans les années 70, on a eu beaucoup de succès au Japon, on vend encore aujourd'hui environ 5000 disques par an là-bas d'ailleurs. Muséa a racheté les droits et vend nos disques. C'était une époque différente... Une reformation, non ... j'ai pas envie de ça, le passé est le passé. En plus, je ne suis pas persuadé que ça le ferait, et mon jeu a beaucoup évolué depuis, il n'est plus tourné vers ce genre de musique. Aujourd'hui je suis plus tourné vers la fusion, le rock fusion, le jazz, la musique afrocubaine etc ... mais je n'ai pas vraiment de barrière musicale en réalité.

Tob : Tu n'as pas l'intention de reformer un groupe régulier ?

AG : Eh bien c'est une question qu'on me pose souvent, mais non. Je fais encore des clinics pour Tama, mais j'ai un recul maintenant qui fait que j'ai plus envie de passer un message plutôt que faire de la scène. Il y a eu des années ou je faisais 200 dates par an, c'était trop, et je n'avais plus envie de jouer ...

Tob : Peut-on comparer ta situation actuelle avec le parcours de Jacky Bourbasquet, qui s'occupe du marketing chez Hohner (distribue Sonor en France) ?

AG : Oui c'est un peu ça. Pendant 25 ans j'ai tourné à fond partout ... mais tu n'es jamais chez toi, alors tu en vis bien de ton instrument c'est sur, mais tu en as assez ... Alors quand j'ai eu l'opportunité de développer avec Tama cette histoire d'école, de clinics etc ... on était les premiers à faire ça en France, j'ai laissé tombé peu à peu le côté musicien professionnel. Au fil du temps ... Tama m'a demandé si ça ne m'intéresserait pas de me mettre à plein temps chez eux. Alors en refléchissant, la cinquantaine approchant, l'envie d'une vie de famille plus stable ... ça s'est fait tout seul.

Il faut voir aussi que quand on est batteur on ne joue pas de la même façon à 20 ans qu'à 50 ans, c'est sur. A moins d'être dans une structure de très haut niveau, comme Ian Paice, tu arrives au concert et tu joues, mais quand tu n'as pas une grosse structure avec toi, courrir dans tous les sens, démonter le matos etc c'est dur... Un batteur français que j'admire beaucoup, Dédé Ceccarrelli, a sérieusement levé le pied lui aussi. Tout le monde n'est pas Elvin Jones qui a tenu bon jusqu'au dernier moment !

Tob : Peux tu nous parler de l'ambidextrie ?

AG : Je suis très mal placé pour en parler ... (rires) En fait chez moi, jouer des 2 côtés est un défaut de jeunesse. Quand j'étais gamin, j'ai découvert la batterie par le rythm'n blues : j'écoutais les disques, et j'essayais de faire pareil. Il y a des trucs que j'arrivais bien à faire en croisé ou décroisé ... En grandissant, je suis un peu sorti, allé voir des concerts avec mes cousins, et j'ai vu que tous les batteurs jouaient croisé, je me dit mince ... il y a un gros problème. Et un jour, un samedi après midi chez mes grand parents, je regardais l'émission Pop2 à la télé, et il y avait le Mahavishnu Orchestra avec Billy Cobham, qui jouait décroisé, et j'ai dit, "ah : en voilà un !" Ce jour là ma vie a changé, musicalement, car je ne pensais qu'on pouvait jouer comme ca, et enfin pour le jeu en décroisé.

Au fil du temps je me suis retrouvé aussi à l'aise en croisé qu'en décroisé. Avec le recul, je pense que quand on regarde certaines musiques extrêmes, jouer décroisé peut apporter beaucoup ... Maintenant, il faut avouer que 99% de ce qui se joue aujourd'hui se joue croisé ... Alors on surtravaille beaucoup l'instrument, ne serait ce que par passion, et tout cela pour se rendre compte que quand on joue de la musique, on utilise à peine 10% de ce qu'on a appris.

Tob : Peux tu nous parler de Batteur Magazine, tu as travaillé longtemps avec ce magasine ?

AG : ah ! C'était une expérience formidable ! Tout était à construire : il n'y avait rien en France à ce moment là. Alors avec Philippe Lalite René Guérin et d'autres, nous étions un tout petit groupe de fous furieux, c'était une expérience géniale. Hormis René Guérin qui était un mec "touche à tout" de génie, le plus grand pro de Batteur Magasine, c'était Christophe Rossi, avec une connaissance énorme de la musique, de la batterie, lui même bon batteur dans le style country, il avait fait des études de droit, un super esprit, et en plus il savait communiquer. Il avait vraiment tout, il a été un pilier de Batteur, j'ai vraiment regretté le moment où il est parti.

Avec Batteur, j'ai vécu des moments formidables, j'ai rencontré plein de batteurs, avec des interviews fantastiques ... C'était fait de bric et de broc, dans une toute petite piaule à Pigalle ... Les rubriques partitions étaient écrites à la main. Je suis content que le magasine existe encore aujourd'hui, les gens qui y bossent sont restés mes amis, même si la direction a changé depuis.

Tob : Pourquoi as-tu arrêté ?

AG : Pourquoi j'ai arrêté ? Et bien quand j'ai pris la direction du marketing chez Mogar, ça devenait difficile. Ce qui m'importait était de continuer de faire des clinics, aller de temps en temps à MAI (Music Academy International). Et il faut dire qu'au bout d'un moment ça devenait l'angoisse d'écrire, car j'avais tout dit dans tous les sens, et je me disais "mon vieil Alain, il serait peut être temps de laisser la place aux autres".

Tob : De ton époque passée à Batteur, as-tu une anecdote ?

AG : Une belle expérience : Phil Collins, à Bercy ... En fait, malgré le pass backstage, j'étais bloqué par les barrages. Alors je me suis approché le plus possible, je le voyais, mais je ne pouvais toujours pas passer et j'ai crié : "Phil, I'm a drummer ! "... il est venu vers moi, il m'a dit "viens dans ma loge" etc ... j'ai passé l'après midi avec lui, je suis monté sur scène, j'ai joué sur son kit ... c'était magique, tu es hors du temps, la tête dans les étoiles !

Tob : Penses tu que ce type de magasine peut être vraiment indépendant vis à vis des marques ?

AG : mmm... très difficile à dire en fait ... la vérité est entre les deux. Faisant partie de leurs gros annonceurs, j'attends d'eux qu'il y ait un retour au niveau des bancs d'essais, des artistes à l'affiche. Mais je ne mets jamais mon nez dans ce qu'ils écrivent, et j'accepte, même si ce que je peux lire parfois ne me fais pas forcément plaisir. Je pense que les gens qui dirigent nos deux magasines en France (Batteur et Batterie Magazine), ont l'intelligence de savoir ménager la chèvre et le choux, de faire l'impasse sur les trucs qui n'en valent pas la peine, d'aller dans le sens de leurs annonceurs sans pour autant trop tirer la couverture à eux.

Tob : Qu'est ce que tu penses du marché de la batterie en France ?

AG : Biensur il y a de la concurrence entre les marques, il y a ceux qui aiment ou n'aiment pas tel ou tel batteur, ou alors telle ou telle musique etc ... chacun essaye de faire sa place, son business, et c'est la vie ... mais on est quand même tous dans un métier vachement sympa : la batterie ! Il y a un moment pour avancer, et bien il faut un consensus, porter un message sympa, la bonne parole en quelque sorte !

Tob : Peux tu nous parler de tes projets en cours ou à venir, la retraite peut être ?

AG : Alors la retraite je n'y pense pas (rires). J'ai un contrat pour un second album avec Gozzozoo que je ferai un de ces jours, j'ai déjà quelques titres en gestation, avec un ami, Jean-Luc, un ancien d'Atoll en passant ! En tant que véritable projet artistique, c'est tout. Je souhaite continuer à faire quelques clinics, continuer à aider Tama dans son développement, de donner mon avis sur l'orientaion du marché etc ... Je reste beaucoup à l'écoute des gens, je ne dis pas que j'arrive à me mettre à la place du jeune batteur d'aujourd'hui, mais je me souviens de comment j'étais quand j'étais jeune comme eux. J'ai aussi un autre projet, plus pop rock, avec mon copain Jean Luc et une chanteuse. Pour en revenir à Tama, je signale au passage qu'un site internet est en gestation pour Mogar.

Tob : Pour le mois de février, nous allons faire la Une sur Thomas Patris, que peux tu nous dire sur ce batteur spécial ?

AG : En tant qu'humain c'est un mec super, et en tant que batteur il a un concept intéressant. Il a travaillé sur l'aspect démonstratif en s'inspirant des idées de Christian Vander des années 70 et en les développant. Je l'ai vu plusieurs fois en concert, alors ce n'est pas trop mon groove, mais j'avoue qu'il est vraiment impressionnant. Lui comme les Thomas Lang ou Bozzio sont vraiment dans un autre monde, une autre dimension !

Tob : Et enfin, voici la question traditionnelle de la Toile des Batteurs, si tu devais boire un verre avec un mort ou un vivant, qui serait ce et pourquoi ? Excuse moi, en fait je vais rectifier ma question : si tu devais boire un Thé, ce serait avec qui ? (explication, Alain a cette drôle d'habitude de ne pas boire d'eau en mangeant, mais il sirote un thé chaud avec une petit rondelle de citron !!)

AG : -rires- j'ai droit à 2 ou 3 noms ? Dans la musique d'abord, j'aurais aimé boire un verre avec Jimi Hendrix, le guitariste qui m'a marqué, un visionnaire, sa musique est encore hors norme aujourd'hui. Dans la batterie, j'aimerais bien que Jeff Porcaro soit encore là, c'était un mec génial ! Et dans l'absolu, avec un des GI qui a débarqué le 6 juin 1944 sur les plages d'Utah Beach en Normandie, car c'est grâce à eux qu'on doit notre liberté aujourd'hui.

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Dossier réalisé par Cédric (décembre - janvier 2005)

Les photos sont issues des albums d'Alain Gozzo : merci pour la confiance et m'avoir permis de les scanner tranquillement à la maison.

L'illustration est de Superelien.

Et merci à Guillaume de m'avoir rejoint à Paris pour m'épauler !

Alain Gozzo avec Peter Erskine et Miguel Fiannaca

 

 

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REPORTAGE : ALAIN GOZZO

Par Cédric