Entretien avec Francis Arnaud
Interview du batteur Francis Arnaud, le 04 juin 2005 à Choisy-le-roi (94). Propos recueillis par François Lepera.
Tob : Bonjour Francis et merci de répondre à cette interview pour La Toile des Batteurs. Ce soir, sur la scène de la Salle Paul Langevin à Choisy-le-roi, tu accompagneras le saxophoniste Sylvain Del Campo aux côtés du contrebassiste Sébastien Jimenez et du pianiste Sergio Gruz. Cela fait-il de toi un batteur spécifiquement « jazz » ou joues-tu d’autres styles (variété, rock,…) ?
F. Arnaud : En fait, je m’intéresse à tout, tout en restant principalement orienté jazz-latin. En effet, j’accompagne des artistes de variété (Dany Brillant, I Muvrini, etc.), aussi bien que des jazzmen comme Sylvain Del Campo.
Tob : Comment expliques-tu ton attirance pour le jazz et les rythmes ternaires, la musique swing en général ?
F. Arnaud : Certainement le côté ouvert de cette musique et la liberté qui en découle pour les musiciens.
Tob : Peux-tu résumer ta carrière musicale ?
F. Arnaud : J’ai commencé la batterie à l’âge de 11 ans grâce à des cours municipaux en Haute-Vienne où j’habitais. J’ai appris la lecture et j’ai travaillé régulièrement.
De 1989 à 95, j’ai joué dans le groupe de jazz-rock-fusion, Corto Maltese. Nous faisions 3 concerts par semaine dans le sud-ouest. L’expérience fut très formatrice, car j’étais confronté à toutes sortes de conditions de jeu…
Côté jazz-funk, on peut m’entendre sur le disque « Diaspora » au sein du groupe Ostinato, avec le clavieriste François Faure, le bassiste Kevin Reveyrand, et le guitariste Guillaume Farley (qui joue aussi avec Paco Serry).
Côté jazz, sur le disque « Live with the Boss » enregistré lors du concert du 23 octobre 2000 à Odyssud Blagnac, lors du festival « Jazz sur son 31 » avec les 21 musiciens du Big Brass Band pour un hommage au tromboniste canadien, Rob Mc Connell. (site du BBB : http://bbbrass.free.fr)
Tob : Comment organises-tu tes séances quotidiennes de travail à la batterie ?
F. Arnaud : Je travaille ma technique au pad, je développe l’indépendance, les débits, je joue sur des disques de musique afro. La méthode de Horacio « El Negro » Hernandez m’aide beaucoup pour le travail de l’indépendance (Hernandez Horacio, 2002, Conversations in the Clave. Warner Bros. Relié, 136 p. : musique, texte anglais/us + CD).
Concernant les artistes que j’accompagne, je réalise en général des relevés à partir des prises live qu’ils me donnent ou je me base sur leurs grilles, afin de préparer les répétitions.
Tob : As-tu un manager, un agent ou un label… pour gérer ta carrière ?
F. Arnaud : Non, je gère ça moi-même.
Tob : Quelle place l’écriture occupe-t-elle dans ton travail ?
F. Arnaud : Lire permet de gagner un temps précieux lorsqu’on aborde un nouveau répertoire par exemple. Ca me permet de travailler des exercices de polyrythmie ou des phrasés qui ne sont pas forcément naturels… J’ai eu un déclic en écoutant des rythmes nord-africains, et j’ai été marqué par Karim Ziad avec Nguyen Lê .
Tob : Peux-tu décrire ton set de batterie ?
F. Arnaud : En général, j’utilise trois toms et une GC (10, 12, 16, 22). Ou bien, quand je joue du jazz, une GC de 18’’ et deux toms de 10 et 14. Trois cymbales de marque Zildjian. J’utilise une petite chaîne que je laisse raisonner sur la ride plutôt que des rivets.
Mes baguettes sont des Vic Firth 5B, mais en trio je joue des 5A.
Tob : Certains batteurs t’ont-ils plus marqué que d’autres ?
F. Arnaud : Oui, j’adore le jeu de Peter Erskine (1986, Casino de Paris), et les batteurs Vinnie Colaiuta et Brian Blade.
Tob : Quels disques écoutes-tu le plus souvent ?
F. Arnaud : En ce moment, le bassiste Richard Bona (pour ses qualités mélodiques et la couleur bien personnelle qu’il a su donner à sa musique), le chanteur James Taylor, et Jacky Terrasson, Michael Brecker, etc.
Tob : Pour finir, si tu devais aller boire un coup avec une personne vivante (ou pas), qui choisirais-tu ?
F. Arnaud : Peut-être Vinnie Colaiuta.
Voilà, l’interview fut courte car le début du concert approchait et j’allais à mon tour entrer en scène pour assurer avec 3 jeunes musiciens, dont le saxophoniste Harold Grandjacquot, la première partie du Sylvain Del Campo Quartette, mais l’essentiel est dit. Le travail et l’écoute sont les deux clés du succès. Bravo Francis, ton concert ce soir-là a été un vrai régal pour mes petites oreilles, quelle précision et quelle musicalité ! Merci encore pour La Toile des Batteurs.
F. Lepera (Papoo sur les forums) - Août 2005