
LES PERCUSSIVES
Dossier réalisé par Nala.
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Le festival "Les Percussives" édition 2007 s'est déroulée du 5 au 13 octobre 2007, Nala y était : compte rendu !
Pour commencer, j'ai voulu savoir ce qu'était le festival des Percussives, alors j'ai posé quelques questions à Christophe Rossi le créateur de l'évènement.
Nala : Comment est arrivé ce projet à Canal 93 ? En es-tu l'instigateur ?
CR : Oui, j¹en suis l¹instigateur. C' est un vieux rêve que j¹ai pu réaliser en commençant à travailler comme programmateur à Canal 93. En 2003, ce projet a séduit le directeur de l¹époque, Patrick Coutin.
Nala : Qu'est ce que "les Percussives" ?
CR : C'est un festival qui met en valeur les batteurs pour leurs qualités d¹instrumentiste mais surtout de compositeur et de leader. Le batteur a souvent un rôle ingrat, il est relégué au fond de la scène et se contente d¹accompagner, bien qu¹il assure la cohésion de l¹ensemble, ce qui n¹est pas une mince responsabilité. A l'autre extrême, le batteur est considéré comme un clown qui fait des prouesses techniques, ce qui est très spectaculaire, amusant même, et peut motiver les jeunes batteurs. Il existe pas mal d¹événements où sont mises en valeur ces qualités techniques. J¹ai pensé qu¹il était temps de rendre justice aux batteurs qui prennent le risque de composer et de diriger un orchestre, des batteurs qui se révèlent comme des musiciens à part entière.
Nala : Quel(s) est(sont) le(s) point(s) commun(s) entre tous ces batteurs invités ?
CR : Justement, ils ont tous une forte personnalité et se servent de la batterie comme d'un véhicule pour la création musicale. Mon but ultime serait que ce festival ne s¹adresse pas seulement aux batteurs, mais tout simplement aux passionnés de musique. L¹autre jour, durant la rencontre entre le public et Magma, que Canal 93 a accueilli en résidence artistique pour que le groupe prépare son spectacle pour Les Percussives, une personne a avoué ne pas être batteur et ne rien comprendre à cet instrument mais être fasciné par ce que Christian Vander disait au sujet de la musique durant cet échange avec le public. Un jeune slammeur était tout aussi séduit par la démarche de ce groupe très original. Bref, la musique créée par des batteurs est elle aussi accessible au grand public... Si on veut bien se donner la peine de la présenter au public, ce que je m¹efforce de faire avec ce festival. Et puis, la batterie est un instrument fascinant. C¹est beau, ç¹est puissant, et les enfants l¹adorent !
LA MUSIQUE A LA PAROLE
La première performance à laquelle j'ai assistée fût celle du duo Bill Brufford (batterie) / Michiel Borstlap (piano). Le principe décrit par Bill Brufford himself consiste en un ensemble de dialogues entre les deux musiciens : ils se parlent, s'interpellent, s'imitent, s'engueulent, débattent avec ou sans arguments, développent leurs idées et tout ça, musicalement bien sûr ! Ainsi la musique se rencontre, se mêle, s'entrechoque, rebondit, frémit, bref vit et transporte l'auditeur.
Les deux musiciens sourient, s'amusent. Brufford joue sur une batterie qui est disposée comme à son habitude avec ses fûts mis à une même hauteur :

Cette disposition peu commune permettrait d'après lui d'effectuer des mouvements fluides plus naturels. Et pour diversifier les sons, les couleurs, Bill Brufford utilise tous types de baguettes, fagôts, mailloches etc...

Après le duo drums-piano, s'en suivit le duo le plus déjanté que j'aie vu.
CONGOPUNQ ou la musique libérée : http://www.myspace.com/congopunq
Composé du batteur Cyril Atef, orné de son chapeau et de ses plumes, et de son accolyte le docteur Cong, le duo propose une musique complètement décomplexée, qui sort assez franchement du format habituel. Leur style se situe dans un genre plutôt "transe" aux couleurs africaines.
Cyril joue sur une batterie personnalisée constituée d'un djembé en guise de grosse caisse et de diverses percus, de quoi faire des loops (boucles samplées). Il utilise également un mini-clavier et assure le chant. Son jeu est essentiellement improvisé. Dr Cong, en ce qui le concerne, assure la partie visuelle et "théatrale" du spectacle. A l'aide d'une multitude d'objets, de gadgets, d'accessoires et de postures, il met en image, en temps réel, les sons et la musique de cyril.
Il est clair que les spectateurs qui étaient venus plus particulièrement pour Brufford (qui précédait la prestation de Congopung), ont quitté la salle après quelques minutes, sans doute déstabilisés par le côté "étrange" de ce spectacle.
Et pourtant, pour ceux qui ont eu la curiosité de rester, Congopung a su les "désinhiber" par une invitation généreuse au partage et à la danse (pour les moins timorés ! ).
Ils ont réussi ce soir là, à créer une ambiance très conviviale,
dans laquelle le public est devenu acteur du show. A un point tel qu'à un moment, une jeune femme est montée sur scène, dominée qu'elle était par l'envie de chanter et un batteur a également rejoint la scène pour jouer sur un coin de batterie, chaleureusement accueilli par Cyril.
De plus, on ne peut faire abstraction de la virtuosité d'Atef sur son engin avec (entre autre ! ) un pied droit bio-ionique et de l'imagination sans faille de son accolyte qui réagit à tout ce qui se passe sur et autour de la scène !
Et si le duo est un poil trop déjanté pour moi, je ne peux nier ce groove toujours présent, cette invitation perpétuelle à la danse et au partage, les sourires et la sincérité omniprésents. Bref l'essentiel.
Nous qui nous trouvons souvent limités quand on souhaite faire de la musique parce qu'il nous manque toujours quelque chose (des cuivres, un clavier, un(e) bassiste etc...), cette soirée a prouvé que faire de la musique pouvait être tout autre chose. C'est je crois très important de ne pas l'oublier pour faire à notre tour la musique qui nous ressemble.
La prestation de Congopung, ce soir-là, en fût une belle leçon et une parfaite démonstration. Voici un lien vers une vidéo qui vous va vous permettre de mieux appréhender ce duo : http://www.kidam.net/congopunqfrench_hi.mov
Cette excellente soirée a été ponctuée d'un tirage au sort où différents lots (posters,casquettes etc) étaient proposés ...

Le lot n°1 était une caisse claire Tama dédicacée par Bill Brufford sur laquelle on peut lire: "Treat me nice ". L'heureux gagnant était en fait une heureuse gagnante !!


MAGMA ou la musique millimétrée

La suite de la programmation du festival fût l'illustre groupe Magma crée par le batteur Christian Vander en 1969. Ca cause déjà non?! Il réussit l'exploit de rassembler un public où se regroupent au moins trois générations de gens dans une même salle !
A l'écoute du concert, on ne peut faire autrement que de reconnaître l'énorme travail que doivent représentées toutes les compositions, aussi bien les mises en places vocales que musicales.

On sent que le moindre coup de tambourin a été pensé et écrit. Et comme si ça n'était pas assez compliqué, Monsieur Vander a inventé un langage qui est déclamé par ses chanteurs et par ses chanteuses ce qui lui donne un coté vraiment universel.

Même si ce n'est pas mon univers, on est très rapidement embarqué dans ce gros tourbillon de notes et de voix. Il n'est pas facile de trouver des mots pour décrire ce que j'ai entendu et vu ce soir là.Ce qui est sûr c'est que c'est singulier et authentique.

http://www.myspace.com/magmaofficial
AUTRES FESTIVITES
En milieu de semaine, il a été présenté en exclusivité le film "Sonic Mirror" dont le batteur Billy Cobham en est la vedette :
" Mika Kaurismäki`s new film SONIC MIRROR is a surprising and emotional dive into the world of rhythm - an extraordinary trip to discover the magic relationship between Life and Rhythm. "
Ainsi qu'un débat/concert autour du thème de la musique gnawa,animé par l'excellent batteur Karim Ziad.
CINDY BLACKMAN
Le Festival s'est terminé par un dernier concert ... et pas des moindres. Parce que là, je ne peux m'empêcher de me réjouir qu'enfin un programmateur ait eu l'audace (?), le courage (?) ... Non l'intelligence d'avoir enfin invité une musicienne.
Et quelle musicienne ! Cindy Blackmann : jazzwoman virtuose, mais qui est aussi la batteuse entre autres de Lenny Kravitz et qui a tourné également avec le groupe Aérosmith. Je trouve vraiment très regrettable que les musiciennes et les batteuses pour ce qui nous concerne, ne soient pas plus visibles qu'elles ne le sont actuellement. En France, il semblerait qu'à ce sujet nous ayons des siècles de retard (et qu'on ne me dise pas qu'il n'y a pas de batteuses en France ou ailleurs !!). Alors, merci à Christophe Rossi de combler ce vide abyssal. Mais revenons au sujet...
Cindy Blackman est venue (seule avec sa batterie) exposer son rapport à l'instrument, influencé par son mentor : j'ai nommé Tony Williams.
Cindy jouait sur une batterie Gretsch New Classic finition Gold Sparkle
(pailleté doré) avec grosse caisse 24", toms 12 et 13", tom bass 14 et 16", sa
caisse claire est un ancien modèle Gretsch finition bleu nacré
peaux Remo Emperor Coated en frappe, Ambassador Coated en résonnance sur les
toms,
sur la grosse caisse : Emperor Smooth White en frappe (elle utilise
habituellement une Empror Coated) et Ambassador Coated en résonnance.
Aucune sourdine sur les fûts !
Cymbales Zildjian K et K Contantinople.

Et bien quelle énergie !! L'énergie et la musicalité me restent en souvenir. J'ai l'image de cette grosse caisse qui semble vouloir avancer de 10 centimètres à chaque coup. J'ai en mémoire ces gestes rapidissimes et précis, la concentration, l'inspiration qui semble émaner de la musicienne. Je garde en mémoire l'humilité aussi, le regard franc.
Elle a joué en solo pendant environ 25 minutes, puis s'est pliée avec une grande gentillesse et beaucoup d'humilité et de disponibilité, au jeu des questions pendant plus d'une heure ; le tout traduit en direct live par Christophe Rossi. Pour ma part, encore fortement formatée par les médias, il m'a manqué ces tourneries mortelles de groove. Mais c'est du jazz ma bonne dame !! Il serait temps de dépasser ça. Mais comme c'est difficile mais capital pour appréhender l'instrument autrement que de façon purement rythmique. Et c'est je crois la différence entre le batteur(euse) qui joue avec une batterie et celui(celle) qui joue de la batterie.

La soiré s'est achevée très en beauté car je ne pouvais rêver mieux. Un tirage au sort était également prévu ce soir là. Le lot n°1 était une cc gretsch signée par Cindy Blackman.
Ce soir là, accompagnée de ma copine, c'est elle qui remporta le lot qu'elle s'est empressée de m'offrir parce qu'elle est chanteuse et pas batteuse. Je suis donc repartie fière et heureuse avec ma caisse claire signée par Cindy Blackman.
Je tiens à remercier toute l'équipe du Canal 93(http://www.canal93.net/) qui a été vraiment très sympa avec moi,la photographe free lance qui m'a très gentillement prêté ses superbes objectifs (http://madi.iris.free.fr) ! Et un remerciement particulier à Christophe Rossi pour la pertinence et l'excellence de cet événement si divers et varié.
Bravo et rendez-vous l'année prochaine !


Dossier réalisé par Nala - Novembre 2007
Photographies : Nala pour la Toile des Batteurs - non libres de droits
