REPORTAGE : Julien TEKEYAN
Par Nala

Pour réagir à ce dossier, cliquez ici !

 

 

"Julien Tékéyan,c'est qui celui-là ?" C'est ce que je me suis dit en lisant ce nom sur le programme de la Bagshow. Et lorsque le rideau s'est ouvert et que j'ai vu l'imposante batterie, je me suis dit : "voyons ce qu'il en fait. "

Et je n'ai pas été déçue. J'ai entendu ce jour là, une batterie groovy, chantante, bref musicale comme je l'aime. J'ai donc décidé d'aller à sa rencontre pour qu'il m'en dise plus sur lui. Il m'a alors invitée en région parisienne, dans sa caverne d'Ali Baba ; entendez l'endroit où il travaille et où il stocke son matos, et où il aurait même vécu pendant quelques temps (cherchez la cabine de douche !).

C'est un énorme local (oserais je dire entrepôt) sur deux étages. Au premier, la caverne proprement dite avec beaucoup de matériel en tous genre. Et en dessous, c'est la partie son-enregistrements etc avec une batterie derrière son plexis et un studio d'enregistrement (carrément quoi !).

 

Extraits d'un long solo de 30 minutes sélectionnés par Nala :

Texte alternatif


Merci à Julien pour esl enregistrements !


Nala : Pour te présenter un peu aux internautes, on va commencer par le passé. Quand s'est fait l'apprentissage de la musique et plus particulièrement de la batterie? A quel âge?

J T: Alors...J'ai commencé à jouer, comme bon nombre de collègues, à la maison, sur des barils de lessive ou sur des bassines. En l'occurence, c'était une caisse de dossiers qui sonnait super. Je m'en rappellerai toujours ; elle était rouge et je jouais sur les Jackson Five ou sur cette collection de disques très Motown. Donc j'ai débuté là-dessus : les Temptations, Marvin Gaye, Les Suprems et compagnie. Et ça s'était vers l'âge de 4-5 ans, on va dire. J'étais à Paris à l'époque, et je me rappelle qu'une fois, le voisin était venu un dimanche à l'heure de la sieste, parce que je tapais sur la caisse.

Mon père me parlait beaucoup de sa batterie, mais je ne l'ai vue qu'à l'âge de 7 ans. Cette année là, je suis revenu de vacances, il m'avait promis de la monter. C'est la fameuse Ludwig Rodgers qui date de 1955, un truc comme ça. Il l'a montée chez mon grand-père, et là je n'ai plus jamais arrêté de jouer jusqu'à maintenant.

Puis nous avons déménagé de Paris, et la cave de la maison (à Janville sur Juine (91)) a été le lieu où j'ai fait de la musique. Et c'est là que j'ai commencé à fond la musique. J'avais donc 7 ans suite au montage de cette batterie dans la cave.

Nala : Et là, tu as quel âge ?

JT: j'ai 30 ans.

Nala : Tu as pris des cours ?

JT: Oui. J'ai pris des cours à partir de l'âge de onze ans, dans une école à Etréchy dans l'Essonne, avec un professeur qui au départ, m'avait rencontré lors d'un concert que j'avais fait dans un groupe avec ma mère. C'était un groupe qui faisait ce qu'on appelle du rock celtique agricole ! Ils avaient tous,10/15 ans de plus que moi. Donc Patrick Pilossian prof de batterie à Etrechy m'a repéré. Il est venu me voir et m'a dit :  "Il faut vraiment que tu prennes des cours".

Donc je m'inscris, et là ... Cauchemar : je recommence à zéro : on me fait lire des trucs avec des barres noires, des p'tits ronds. J'commence à apprendre la valeur des notes, à la comprendre. Alors, petite parenthèse de santé, je suis né avec une forte déficience visuelle (dioptrie moins quinze à un oeil et moins dix huit à l'autre). Donc j'avais des lunettes appellées communément " culs de bouteilles " jusqu'à l'âge de 15 ans. Donc je voyais mal. Et apprendre la musique quand on a commencé à 7 ans, on arrive à 11 ans, en jouant dans un groupe et un peu en big band, en ayant joué des afro-cubains etc et se retrouver avec une partition qui fait : Poum Tchak Poumpoum Tchak Poumpoum, ça fait bizarre !

Donc ça m'a un peu choqué, mais je me suis accroché, j'ai essayé de comprendre un peu le système. Puis j'ai enchainé avec le remplacant de Patrick Pilossian : Gilles Preneron. J'ai passé des examens départementaux, et de lui, je suis passé chez Daniel Pichon à Paris (qui n'enseigne plus depuis un an). Chez lui j'ai appris la discipline, le tempo, de savoir bien déchiffrer. J'y ai appris une certaine technique aussi (le stick control). Enfin il m'a apporté un tas de choses.

Par contre, tout ce qui était musicalité, ça se passait vraiment ailleurs : jouer dans des groupes, sur des disques. Comme je te l'ai dit tout à l'heure, j'ai joué tôt sur des disques. Je jouais sur différents styles qui m'intéressaient qui étaient un peu dansants, un peu groove. Et c'est là que j'ai commencé à comprendre que j'aimais tout ce qui est groove, musiques africaines comprises. J'avais un disque qui s'appelle " Batucada an 2000 " qui était un disque de batucadas brésiliennes, monstrueuses sur lequel je jouais beaucoup par dessus aussi. Je jouais sur une chaine hi-fi en fait (poussée à fond) des styles très divers, et j'ai beaucoup appris en plus des cours.

Nala : Ton tout premier groupe?

JT: c'était un big band. J'avais 11ans. J'ai commencé par le jazz. Un jazz un peu gentillet avec juste des thèmes développés.

Nala : Avais tu projeté de faire ce métier ou pas du tout ?

JT: Oui quelque part parce que j'ai toujours adoré tout ce qui touche à la musique, adoré aller voir des gens s'exprimer sur scène.

Nala : As tu été guidé par les parents?

JT: Oui,beaucoup par mon père. C'est lui qui m'a appris à jouer au départ. Mes parents me soutiennent énormément. Et puis à l'école, quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je disais batteur.

Nala : Ok. Passons au présent. Je t'ai rencontré à la Bagshow, alors je voulais savoir : à part secréter de la testostéronne et avoir du talent (ce qui fait finalement pas mal de monde au niveau batterie !), quel est le secret pour se faire programmer à la Bagshow ?

JT: (Rires)C'est sûr que c'est très mecs. Mon secret à moi, c'était de passer par une marque, tout simplement qui, par confiance, m'a défendu. Lorsque Franck Haesevoets m'a proposé pour la Bagshow, personne ne me connaissait vraiment à la Baguetterie. Et quand les organisateurs se sont un peu " inquiétés " de savoir qui j'étais, sa détermination et aussi le fait que j'avais fait trois démos pour lui auparavant, qui avaient été filmées et qui s'étaient très bien passées, avec de très bon retours des magasins et avec des batteries de vendues, (c'est important, puisque les démos sont aussi faites pour ça.) Donc suite à tout ça,il a " insisté " auprès de la Baguetterie et a demandé qu'on lui fasse confiance. Donc le secret, c'est la détermination de Franck Haesevoets de la marque DW et Gewa le distributeur qui m'ont défendu jusqu'au bout pour me faire programmer à la Bagshow.

Nala : Donc,ce jour là, ta performance était basée sur l'impro ?

JT: Oui. On va dire que j'ai fait une petite préparation d'esprit et d'ambiance. Quand je dis " esprit et ambiance ", c'est " préparer ", installer différents climats musicaux. Par exemple, je commence avec les mailloches pour avoir quelque chose de plus poétique, plus émotionnel, avec des questions, des réponses, plus de silence et puis après j'ai développé un coté plus rythmique, inspiré et communiqué par le fait de prendre les baguettes. La matière que j'ai dans les mains me communique un certain esprit de jeu. Par exemple quand je joue avec les mains, comme j'aime beaucoup les tablas, les percussions à peaux, j'essaie un peu de rentrer dans cet esprit là.

Nala : C'est marrant parce que la question d'après c'est: je dirais que d'après ton jeu,tu joues aussi de la percu. Me trompe je ?

JT: Non, tu ne te trompes pas.Je joue beaucoup de percu. De plus en plus en fait. Et vraiment par goût, par attirance.

Nala : Lesquelles?

JT: Congas, bongos, djembé, un peu de tama qui est un intrument plutôt sénégalais. J'aime beaucoup les tablas même si je n'en joue pas du tout comme un tablaïste pro. J'aime bien le son et les couleurs que l'instrument apporte.

Nala : Lors de ton passage, tu as dit: "- quand on fait de la musique, il y a un truc qui est super, c'est de pouvoir partager ". Un des gros intérêt d'être sur scène, c'est l'échange avec le public?

JT: Oui. Il y a un truc qui est génial, c'est quand tu arrives à attrapper les gens quelqu'en soient les raisons (parce que t'as fait un geste sympa, parce que t'as une prestance physique qui plait etc). Avant tout, moi ce que j'aime bien c'est attrapper par la musique évidement. Il y a eu un moment dans le solo où les gens ont un p'tit peu réagi ; tu as réussi à être connecté avec eux, et ça c'est très encourageant. Ce qui me plait beaucoup c'est de voir les gens se lever et danser. Ce sont des moments de connection que j'aime beaucoup.

Nala : Ok et par rapport à ça, comment as tu vécu le moment où tu as voulu sampler le public sensé chanter la phrase de type ragga indien ? Perso, j'ai trouvé l'idée sympa comme tout, mais, tu ne penses pas que le public n'était pas trop à l'aise avec ce genre de rythmiques ?

JT: Alors, en fait j'ai été surpris dans le bon sens. J'avais préparé, non pas la phrase, mais le fait de demander ça ; et je savais que la phrase se devait d'être courte, mais assez chantante. En tous cas, ceux que j'entendais baragouiner le truc, j'ai trouvé que c'était plutôt pas mal, et j'ai été surpris de ça. Ils auraient pu très bien ne pas répondre du tout, étant donné qu'ils étaient là plus pour voir des gens faire une démonstration. Mais comme il y avait beaucoup de musiciens, je trouvais ça sympa de faire appel à leur fibre. Objectivement (étant donné que sur scène on n'y voyait rien de ce qui se passait dans la salle), j'ai trouvé que la masse sonore a répondu sympatiquement. Après techniquement, c'était pas assez fort pour le sampler complètement. Mais c'était un test qui fait partie de l'impro qui donne un truc pour lequel tu ne sais pas où tu vas.

Nala : Et apparement, tu joues de la basse ?

JT : oui,un p'tit peu.

Nala : d'autres instruments?

JT: piano pour composer

Nala : Ben justement, tu portes une autre casquette : celle de compositeur?

JT: Oui, j'ai composé sur le dernier album d'Ousmane Touré (Album du monde), un morceau " avenue du monde " paroles de Stéphanie Petrequin (c'est ma copine) et Zinaïda Taniato. Je suis parti du texte. Souvent en musique africaine, tu pars d'un groove plutôt ou d'une mélodie. J'ai voulu faire l'inverse pour mettre en avant le texte et l'intérêt de la chanson. Ousmane, c'est quelqu'un d'une cinquantaine d'années. C'est quelqu'un de très sensible, de très doux,de très apaisant qui passe souvent des messages de paix. Même au sein de la production, il a apporté beaucoup d 'apaisement par son calme et sa bonne énergie. Bref, il génère un truc, et je me suis dit, plutôt que de tomber dans l'éternelle grooverie africaine à 142 à la noire, très rythmique et bourrée de percussions, je suis parti dans un autre délire, à partir du texte et de trouver un tempo plutôt médium, et là, j'ai composé au piano une mélodie assez envoutante, assez accessible.

La meilleure chose pour ça,c'est de faire une ballade ; comme une comptine. Donc on a fait ce morceau avec Jacquot Largent et moi même aux percussions ; il y a de la kora aussi dedans, des guitares acoustiques. Sur la version album, il y a des nappes que je ne voulais pas, donc j'ai pu obtenir une version à moi que j'ai refaite avec du tama des guitares acoustiques, avec plus de percussions et une contrebasse également. Une version très acoustique.

Quand je fais un morceau, j'ai vraiment l'idée très aboutie de ce que je veux. Et comme je suis ingénieur du son aussi, je peux faire toute la chaine de la production. Et ça ne me pose aucun problème d'ordre " nombriliste " de dire que je fais tout et d'être à toutes les étapes de la production. Je sais vraiment ce que je veux et où je vais. Je suis content de ce que je fais par rapport à ça, et les gens en général trouvent une cohérence dans ce que je fais. C'est bien de la cohérence dont je parle et pas le fait de dire, c'est monstrueux ou c'est pas montrueux, c'est mortel ou pas mortel ; on s'en fout. L'important est d'avoir la cohérence. Les gens peuvent te dire qu'ils aiment pas trop le morceau, mais y'a rien à dire sur le mix:on entend bien les paroles etc ; toutes ces nuances importantes quoi.

Je parle de ça car il est la concrétisation d'un morceau qui a été fait de " A " à " Z " et qui existe sur un album. C'est sorti chez Night and Day en 2005 et ça a été ressorti en 2006. Et s'il en est vendu plus de 15000 exemplaires, ça ressortira avec ma version vraiment.

Après j'ai fait un album avec Anouch Adjarian qui est comme moi d'origine Arménienne que j'ai rencontré par l'intermédiaire des Nubians. J'ai donc réalisé son album. Mais tout n'est pas abouti complètement car là c'est beaucoup plus complexe.

Nala : Quelles sont tes sources d'inspirations quand tu composes?

JT: De plus en plus des concepts. En fait, la musique au sens large. Je m'explique, enfin je vais essayer : j'ai un panel musical assez large et je ressens des choses qui me touchent dans ces musiques là :

  • la jungle
  • le métal
  • le jazz
  • la musique latine
  • la world musique évidement

Bref, à travers ça, niveau inspiration, je prends dans ces différentes ambiances. Par exemple, si j'ai envie d'un truc vraiment musclé, je vais pensé à la puissance du rock, ou alors à la transe de la jungle avec les gros sub ; et si je cherche plus une ballade, je vais penser à des Peter Gabriel par exemple. J'ai des références comme ça de son.

J'essaie de prendre la bonne énergie qui correspond à l'inspiration du moment dans des styles musicaux. Donc j'y pense et je m'inspire du contenu et de ce que ça génère car par exemple la jungle, ça génère une batterie rapide, un certain type de sons ; le rock, plus profond, donc ça génère un certain type de fûts et un certains types de sons.

Nala : Quelles sont tes influences?

JT: Phil Gould de Level42 que j'ai vraiment beaucoup adoré, Manu Katché, Paco Séry, et André Ceccarelli. Ils constituent mes 4 principales influences. Après, à un degré d'estime moindre, il y a Dennis Chambers, tous les gens comme Dave Weckl, Colaiuta etc que j'admire pour leur énergie et pour leur musicalité et pour leur corrélation entre leur énergie et leur technique. Il y en a plein d'autres comme Trilok Gurtu, Billy Cobham.

Après, tout ce qui est musique en général, il y a Sting, Peter Gabriel, Tear for fears, Pink Floyd. Je suis vachement inspiré de ces trucs là. Je suis un peu arriéré sur les trucs des années 80, mais j'adore ! C'est un vrai kiffe de les réecouter à chaque fois, j'avoue! (Rires)

Il y a aussi les musiques des années 70, la " black music ", parce que j'ai vraiment été élevé avec ça. Donc forcément dans les choses plus récentes, j'adore tout ce qui est Jill Scott, Erykah Badu. J'ai eu la chance de jouer avec Roy Ayers aussi. Les influences Jazz aussi : Spyro Gyra, Wheather Report. Beethoven pour le classique etc etc...

Nala : Tu es side man auprès de Jehro (récement nominé pour le prix contantin) de Khaled, comment ça s'est fait ?

JT: Pendant 10 ans j'ai joué dans le milieu raï avec Larbi Dida, ancien chanteur à l'ONB (Orchestre National de Barbès), ce qui fait que je me suis retrouvé à faire des mariages. C'est là que j'appris le style, et ça été vraiment génial pour apprendre tout ce qui est difficile à comprendre pour un occidental. Je me suis retrouvé à remplacer Karim Ziad dans diverses petites soirées communautaires, c'est comme ça que j'ai, je dirais, mangé cette musique là ; dévoré même ! Et à force de tourner dans ces soirées, j'ai rencontré Khaled à un mariage ou une soirée. Après, il a entendu parler de moi par Larbi et par d'autres personnes.

Puis un jour, en jouant avec Farid Aouameur qui est un super arrangeur d'origine Algérienne, je suis allé faire un gros concert au stade du 5 juillet à Alger, et là Khaled était là. Suite au changement de l'équipe des musiciens qui jouaient depuis 16 ans et suite à ce concert à Alger, Khaled m'a appellé pour que je vienne jouer vec lui, pour mon jeu et aussi pour l'électronique que j'apportais. Il n'y a pas eu d'audition... Donc voilà, ça fait 3 ans que ça dure et c'est super.

Pour Jerho : je l'ai connu il y a 10 ans, on faisait du caf-conc ensemble. Puis par la suite, on s'est rencontré au concert des Brand New Heavies par l'intermédiaire de son producteur (Richard Minier) et de son ingé son. Donc Jehro a voulu qu'on joue ensemble. Là non plus, il n'y a pas eu d'audition, j'ai été directement embarqué sur l'affaire. Et je joue des percussions (congas,bongos), de la batterie, et en même temps, j'envoie des boucles. Je ne fais pas encore de choeurs parce que " au secours ", mais c'est un sacré exercice " batteristique " et c'est super. En plus, c'est mortel d'accompagner quelqu'un d'aussi talentueux, qui fait penser parfois à des ambiances à la Sting qui est une influence pour moi ; je suis donc forcément super content d'accompagner ce style là. Et puis je peux m'exprimer; c'est vraiment un bonheur.

Nala : Ben justement, te laissent ils une vraie possibilité d'expression?

JT: Oui ! Dans le sens où, c'est de la chanson et je suis conscient que c'est de la chanson, donc je l'accompagne en tant que telle. Et il apprécie ça parce qu'il est extrémement précis et exigent dans son travail. Il sait parfaitement ce qu'il veut : l'accompagnement d'une chanson pour lui est capital quant à l'instrumentation et je sais que si j'étais un batteur purement technique, ça ne l'intéresserait pas. J'ai une sensibilité (il m'en parle, c'est pour ça que je le dis), un son qui lui plaisent. Le son c'est important car je pense que c'est aussi pour ça que je fais d'autres séances. Et ça, ça fait plaisir,c'est un beau cadeau. En général,on m'appelle pour mon son et pour mes idées. Et quand je fais des séances, j'amène des percussions, des grooves, des trucs que j'ai cherché, et on me laisse cette latitude, notamment avec Jerho.

Nala : Et avec Khaled ?

JT: Khaled, c'est pareil. J'ai notament apporté le coté électronique (je suis un fou de machines !) que j'ai géré comme je le voulais. On ne m'a rien imposé. J'ai voulu mettre des tablas dans un morceau par exemple, il a été super content.

Nala : Tu joues dans d'autres formations à part celle d'Ousmane Touré, celle de Jehro et celle de Khaled ?

JT: Ca se sont les groupes plus médiatiques on va dire. Sinon j'ai joué avec Doc gényco. Ca n'a sincèrement pas plus fonctionné que ça donc ça c'est arrêté très vite ; par contre la formation était super. On était neuf, ça jouait super. J'ai joué avec Booster qui est un super artiste qui a été signé chez Blue Note. Ca mélange l'électro et le jazz destructuré. C'est des sons proches de Meshell Ndegeocello et du r'nb, et c'est remis dans un contexte funky et jazz. C'est super intéressant et c'est un projet formidable. C'est un artiste splendide et j'encourage vivement les gens à l'écouter.

J'ai joué également avec Juan Rozoff pendant un an et demi. A l'époque j'avais fait une audition pour Touré Kounda. J'en parle parce que j'avais 18 ans et que j'ai encore la cassette de la répet et que ça s'était très très bien passé, mais ils ont flippé à cause de mon âge et qu'il y avait toute une tournée à faire.

Nala : Nan mais là,on parle du présent !

JT: ah oui ...Tu as raison ! Alors il y a le groupe de François Faure qui s'appelle Ostinato dans lequel je vais jouer bientôt.

Nala : Nan mais ça c'est le futur !!!

JT : (rires) Non, non, j'ai déjà participé à des trucs. C'est dans le présent futur. Booster, c'est pareil, je vais me faire remplacer parce que je ne peux être tout le temps là. C'est le lot des musiciens de maintenant.

Nala : Alors justement...Quels sont les atouts, les qualités nécessaires pour qu'un batteur puisse bosser ?

JT: Il faut beaucoup :

  • de mémoire pour retenir les mises en place : on est amené à faire des remplacements, donc il faut vite mémoriser les morceaux ou les partitions.
  • de tempo : je veux dire par là qu'il faut beaucoup bosser au click, il faut savoir tenir la formation, parce que le tempo est quelque chose de très important qui est devenu de plus en plus précis à cause des machines,des ordinateurs etc.
  • Il faut savoir s'adapter au style : quand on fait de la chanson, on est là pour accompagner, quand on doit être virtuose, il faut envoyer la sauce.
  • Le truc le plus dur c'est d'être musicien au sens général du terme. Ca c'est pas une question de batterie, mais une question de musique. A mon sens, c'est le plus dur à avoir pour un batteur pur car ce n'est pas facile de s'adapter.
  • Sinon, il faut avoir un bon son, régler sa batterie (un truc que je fais beaucoup).
  • Humainement il y a une partie importante aussi parce que quand on veut travailler, il est très important d'être à l'écoute des gens et d'essayer de deviner ce que veut un artiste, quand il ne sait pas forcément l'exprimer. Et comme je fais pas mal de réalisations, ben ça m'aide vachement à savoir comment (en tant que batteur)accompagner une personne. Ca m'aide aussi à " sécher " de moins en moins car parfois un artiste te dit : "non j'sens pas ça comme ça,j'sens pas ça comme ça " Et toi tu prends un rythme, puis un autre et encore un autre ; tu changes, tu changes pi tu deviens fou en te disant  "mais qu'est ce qu'il veut ? j'comprends pas... " Et ben ça m'arrive de moins en moins parce que par la discussion, tu essaies de comprendre l'animal artistique que tu as en face de toi!(rires)

Nala : Sur quoi axes tu (ou as tu axé) ton travail pour acquérir ton niveau actuel ? Bosses tu encore ?

JT: Oui. En fait je bosse en improvisant. Je bosse sur des développement d'idées de grooves. J'essaie d'incorporer des sons ou des couleurs de sons dans mes patterns que j'essaie de créer les plus originaux possibles.

Je travaille la technique évidement pour essayer d'être le plus propre possible. Je m'entraine aussi à intégrer les tempos par coeur de façon à ce que quand on me demande un tempo, je le sorte ou en sois très proche dès le début. Si on me demande 76, tu vois c'est ça. (il tape sur sa jambe 4 coups réguliers). Si tu prends un métronome, je pense que j'y suis ! Si tu veux,on fait une dictée de tempi !

Nala : Ca aurait été avec plaisir, mais tu m'as rempli presque toute la mémoire de mon dictaphone avec ton blabla ! (rires !) Et il reste des questions. Passons au matos. Donc j'ai vu une batterie que j'ai trouvé énorme. C'est quel modèle ? Et description vite fait stp !

JT: C'est une batterie DW finition " finishply ", de couleur " Black Oyster ". DW n'a pas 36 modèles de toute façon. La GC est une 22X20 donc profonde d'où cette impression de volume énorme. Les fûts j'avais 8',10',12',13',14',16. Pour la cc, j'avais pris ce jour là précisément une " ultra white marine " parce que la cc originale ne me plait pas trop en fait et j'avais aussi une piccolo de 12 à ma gauche.

Les cymbales sont des Zildjian série " A "(14',16',18'), une splash Ufip, un charley sound-edge série signature Paiste ainsi qu'une china de 18' de la même marque ; une ride Istanbul.

Nala : Endorsé?

JT: Oui.

Nala : Donc en fait, vous êtes quand même 3 français à être endorsés par la marque. Parce que j'avais lu dans un magazine qu'il n'y avait qu'un français endorsé par la marque, en la personne de Matthieu Rabaté.

JT: Oui. Je crois que c'est le seul réel endorsé. Enfin... Je ne connais pas la situation du 3eme, mais en ce qui me concerne, j'ai ce qu'on appelle un endorsement partiel. Et j'aurais un endorsement entier quand la maison mère DW me donnera une batterie, ce que Gewa ne peut pas se permettre de faire.

Nala : Tu as prévu un " plan " de carrière ?

JT: Au fur et à mesure, les choses se sont construites et j'ai vu dans quels domaines j'étais à l'aise et avec qui je m'entendais bien.

Nala : Y a t-il des domaines où tu ne te sentes pas à l'aise?

JT: Ouai, tout ce qui est musette typique. Moi, il faut que ça groove et que ça danse et que ça soit un peu rythmé.

Nala : As tu d'autres activités (genre enseignement) ?

JT: J'ai remplacé. C'est quelque chose de très intéressant ; ça permet de réfléchir beaucoup sur soi-même, sur son jeu, son son etc. Mais je n'ai pas développé plus que ça.

Nala : Passons au futur. Des projets?

JT: Alors... Deux " formations " dont une où je vais être seul. Je voudrais réussir à faire un spectacle seul d'une heure, une heure et quart, sur une batterie avec plein de percussions. Je voudrais faire un truc complet. Et puis une formation qui va découler d'un album. Pour l'instant, j'ai les concepts de l'album que je suis en train d'écrire au fur et à mesure.

Nala : Une formation qui va découler d'un album??

JT: Ouai, c'est à dire que je vais d'abord faire l'album et créer une formation qui sera faite en fonction de cet album, pour le défendre sur scène. Parce qu'à force d'expérimenter tout ce qui est production, tu te rends vite compte que tu peux difficilement monter un groupe : je serais le premier à vouloir partir à la Baule louer une maison et répéter un mois avec un groupe et enregistrer après, mais de nos jours c'est vraiment ingérable. Tout le monde est pris à droite, à gauche. Tu essaies de fixer des choses, mais les gens ont des dates et peuvent difficilement s'engager sur un temps assez long.

Alors le mieux, c'est de faire fonctionner sa fibre artistique et humaine. Donc si tu arrives à t'organiser suffisament à l'avance (et je crois en ça) et à voir ton projet de façon globale, tu peux essayer de créer cette énergie (et je l'ai vécu avec Omar Soza), tu peux créer un truc d'enfer. Et donc je travaille sur cet album inspiré de concepts avant tout, concepts de vie, de métaphores, de plein de trucs comme ça.

Nala : Ok, ça c'est pour des projets concrèts. Mais si on pouvait te souhaiter quelque chose en terme de projets, mais un truc de fous auquel tu aurais du mal à croire, ou même difficile d'espérer ?

JT : Faire une tournée avec Peter Gabriel !

Nala : Est ce que y'a un truc que tu veux dire et que je ne t'ai pas demandé ?

JT: ...Heu ben, juste peut-être que la fibre humaine au fur et à mesure que la musique avance est vachement importante et je pense que tu peux aller encore plus loin dans la musique, si humainement tu es bien connecté avec les gens. C'est ce que je vis avec Jerho. C'est vraiment une vraie aventure de potes, exigeante musicalement, en même temps très sympa humainement.

Nala : Dernière question !! Si tu devais aller boire un verre avec quelqu'un qu'il soit vivant ou non, ça serait qui ?

JT: ...Elvin Jones je crois; à qui j'ai serré la main mais avec qui je n'ai pas pu boire un verre.

Nala : Ben écoute, je te remercie de m'avoir accordé du temps. Je te souhaite de bonnes fêtes de fin d'année.

JT: merci à toi

La page Myspace de Julien : http://www.myspace.com/julientekeyan  

Dossier réalisé par Nala - Janvier - avril 2007