TOB : Avant de commencer, présente-toi rapidement pour nos internautes.
Arman : Je m'appelle Arman, je joue de la batterie avec Sick Of It All. Depuis 22 ans maintenant.
TOB : 20 ans sur la scène Hardcore ! Une discographie assez impressionnante ! Et toujours sur la route en enchainant les dates. Quand tu regardes en arrière, quels sont les premiers mots qui te viennent ?
Et bien, ça fait long ! On a réussi à tenir. C'est une chose que beaucoup de groupes n'ont pas la capacité de faire. Peu importe que ce soit à cause de raisons personnelles, ou à cause de changements ou d'attitudes selon les orientations musicales que l'ont prend, ou selon ce que l'on veut faire de sa vie.
J'ai appris ça très tôt. J'ai quitté le groupe un an et demi, et j'ai pris un boulot rangé. Et faire cela tôt m'a fait prendre conscience du fait que ce n'était pas la vie que je voulais. Donc je suis revenu, et sans failles depuis 1992, je suis membre de Sick Of It All, à temps complet.
TOB : Vous avez joué au Reperkusound à coté de Fishbone, Psykup. Comment le public réagit à votre musique en France ?
Oh tu sais, une fois que tu es sur scène et que le public est en face de toi, il n'y a pas vraiment de différence suivant les pays. Tu sais, le public français, et le public suisse... Avec quelques publics, on a un peu plus d'agressivité. Je pense que le public Allemand est beaucoup plus agressif, et ça marche avec le hardcore. Les anglais sont très agressifs, et ça marche.
Quand tu joues en Espagne ou en Amérique du Sud, dans des endroits comme le Brésil et l'Argentine, les gens chantent super bien ! Ils sont capables de tenir une mélodie. Je sais pas comment, mais c'est vrai ! (rires) Et quand tu vas au Japon, les gens sont bien plus réservés. Ils deviennent pas complètement fous quand tu joues, mais après, entre les morceaux, ils se lâchent, ils applaudissent, et juste après, tout le club devient silencieux. Comme si tu avais quelque chose qui fallait pas !! (rires) Mais ce sont les seules différences qu'on peut noter entre les pays.
Quand tu es dans la salle avec le public, un concert Hardcore est un concert Hardcore.
TOB : Parlons un peu de toi. Quand et comment as-tu débuté la batterie ?
J'ai commencé parce que Craig, le bassiste, quand il jouait dans un groupe qui s'appelait "New York City Mayhem". Leur batteur chantait également. Il changer un peu le groupe de façon à ce que le batteur puisse devenir le frontman.
Donc il m'a demandé par hasard si je voulais bien essayer, si voulais jouer de la batterie pour ce nouveau groupe "Straight Ahead" qui allait être la nouvelle version de New York City Mayhem. Et j'ai essayé, et même si je n'avais jamais touché à une batterie auparavant, ça s'est fait. Et je crois que la 6ème fois que je me suis assis derrière les fûts, c'était pour donner notre premier concert en février à Long Island. Et la 10ème fois, c'était pour notre premier concert à CBGB's (un club de rock underground de New York récemment disparu, voir l'article de Libération du 17 Octobre 2006).
Tout m'est venu très vite. En grandissant, j'étais toujours en train d'écouter des batteurs. Toujours en train d'isoler la batterie de la musique, d'écouter de comprendre ce que le batteur faisait. Et ensuite, j'allais à des concerts, et je regardais toujours le batteur, ce qu'il faisait.
J'avais donc une idée assez générale de ce que je devais faire. Straight Ahead, c'était un genre très étrange de musique. C'était très intense et très énervé, très speed, et vraiment énergique, et il y avait des parties batterie complètement folles mélangées à des parties très lentes... Et donc, ce début avec ce groupe m'a dessiné une trajectoire que beaucoup de batteurs n'aurait pas pris.
Et à cause de cette musique, il y a pas mal de choses dans mon jeu qui sont pas très orthodoxes, mais qui marchent avec le Hardcore. Ca le rend plus intense.
TOB : Comment tu définirais le jeu Hardcore ?
Ca dépend ? Beaucoup de gens jouent de la batterie d'une façon différente de la mienne. Il y a beaucoup de batteurs qui sont techniquement bons, capables de jouer avec finesse. Je ne joue pas comme ça. Je suis différent, je joue un peu plus dans un style néandertalien. Les autres batteurs sont plus contrôlés et plus précis. Tu sais, quand tu les regardes jouer, leurs expressions de visage ne changent pas vraiment pendant qu'ils font leur truc. Je respecte cela parce qu'évidemment, ils ne souffrent pas ! Mais quand je fais des balances par exemple, on va venir me voir "Pourquoi tu tapes sur la batterie comme ça ?" Y'a pas de raisons qui font que je frappe si fort. Je sais pas, c'est la seule façon que je connais de jouer.

©2008 Hugues Roualdes -
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TOB : Tu dirais que ça vient du coeur ?
J'en sais rien. J'ai juste une approche plus agressive de la batterie... J'ai juste envie de la frapper ! (rires) J'ai juste envie de tout taper plus fort que les autres le ferait, je pense. Je ne veux rien prouver. Ou si je veux prouver quelque chose, seulement que j'essaie de me retenir pour ne pas taper trop fort.
Il y a quelques années de cela, avec Sick Of It All, j'essayais de frapper tout ce que je pouvais le plus fort possible. On finissait les morceaux trop vite, et certains perdaient de leur groove. Donc maintenant, j'essaie de penser aux morceaux et d'être plus réfléchis musicalement parlant, et j'essaie de faire des morceaux ce qu'ils sont censés être. Mais, heureusement, si je sens qu'un morceau a besoin d'agressivité, je le sens.
TOB : Parlons un peu de Death to Tyrants. Dans la bio du groupe, on peut lire de toi, ceci "C'est un album historique". Qu'est-ce que cela signifie ?
Et bien, c'est parce que c'est notre 20ème année avec le groupe. C'est un peu comme une borne pour dire, ça fait 20ans qu'on est ensemble. Dit comme ça, c'est incroyable. Ce n'est pas tout le monde qui peut dire ça. Et surtout dans le Hardcore. On joue un style de musique qui n'est pas repris par les radios, les T.V, ou n'importe quel leader dans l'industrie musicale. C'est tellement underground. Peu de gens savent ce qu'est Sick Of It All !
Mais on est toujours là, on fait toujours notre musique.
C'est pas banal !
TOB : Quels sont les batteurs qui t'ont influencés ?
En grandissant, et en arrivant sur la scène Hardcore de New York, il y en avait un qui s'élevait au-dessus de tous : Mackie Jayson des Cro-Mags, qui a aussi joué avec les Bad Brains, mais jamais en live. Il était, et il est un batteur incroyable. C'est un mec qui a eu une grosse influence sur moi. Il y a eu aussi Rat Scabies (Chris Miller) des The Damned, Clive Burr de Iron Maiden (avant Nicko Mc Brain), qui était sur les trois premiers albums. C'étaient de bon batteurs, mais très speed, avec plein de crash. Et plus tard, j'ai beaucoup aimé le travail de John Stainer de Helmet. Je pense qu'il a su apporter un si bon groove à la musique Heavy. J'apprécie énormément ce sens du groove.
TOB : Sur de longues tournée comme vous le faites, je me pose souvent la question "comment il font". Surtout en tant que batteur, poste très physique, qu'est-ce qui te fait tenir moralement et physiquement ?
Je sais pas !! Peut-être que ton corps s'adapte peu à peu. Une des choses que je fais, si je suis vraiment crevé, je prend un complexe de vitamines B, c'est un bon moyen de transformer la nourriture en énergie. Si tu sens que tu n'as pas assez dormi, tu peux boire un coup de red bull... Mais sinon, seulement sur l'idée d'enchaîner les concerts à la suite, tant que tu ne te blesses pas, tout va bien.
Je vieilli, et je réalise que je vais devoir me calmer sur les fêtes, les soirées, et un peu me retenir sur la boisson ! (rires)
TOB : Quels conseils pourrais-tu donner à un jeune batteur, un débutant ?
Tu sais quoi ? Je dirais ça pour tous les instruments. Je dirais que tu dois découvrir ton propre style. Je pense que c'est la chose la plus importante. Fais des trucs qui choqueront même ton professeur si tu en as un ! Parce que c'est le seul moyen pour développer un approche réellement originale de l'instrument.
Balance des double-strokes là où ils ne sont pas censés être. Des petites fantaisies d'une façon qui t'appartiens.
Fais ce genre de choses, et tu créeras qui fera que les gens le regarderont et vont essayer de le comprendre, et même si ce sont des batteurs bien meilleurs que toi, ils seront impressionnés que tu aies osé cela. Pour toi, c'est naturel, parce que tu t'es simplement exprimé, mais pour les autres personnes, c'est une chose étrange et intrigante.
TOB : Comment tu te sens ce soir ?
Je me sens bien ! J'ai bien dormi, la nourriture est bonne, le café est bon. On monte sur scène dans moins de 3 heures. Je le sens bien de monter sur scène ce soir. Au moins c'est pas comme à ce festival à Lyon dont tu as parlé ! Là-bas on est monté sur scène à 1h30 du matin. C'était éprouvant ! C'était si tard ! J'aime pas jouer si tard le soir. J'aime jouer en plein milieu de la journée !
TOB : La question TOB : si tu pouvais boire un verre avec la personne de ton choix, qu'elle soit vivante ou plus de ce monde, qui serait-ce et pourquoi ?
Craig, qui était assis à côté de nous [/b]: Bon Scott (AC/DC) !
Arman : (rires) Il veut que je dises Bon Scott ! Ca pourrait être marrant ! Il y a beaucoup de tarés pour ça ! Si je pouvais apprendre quelque chose... Albert Einstein ! (il éclate de rire) Comme ça il pourrait m'apprendre une choses ou deux !