Batteries acoustiques

Le grand dossier bois : Partie 2 : les essences

 

PARTIE 2 : LES ESSENCES

 

 

 

 

L’essence choisie aura, avant tout, une influence sur le son de votre instrument. Le bois est l’élément prépondérant dans l’acoustique de la batterie.

 

 

Le pli interne d’un fût en contreplaqué aura la plus grande influence. Par exemple, si la couche intérieure du fût est en érable, le son se rapprochera d’un fût en érable 100%.

 

 

Le pli externe jouera sur le timbre de la batterie, c’est à dire sur le type de sonorité.

 

 

Le nombre de plis et l’épaisseur des fûts auront évidement une influence sur le son.

 

 

Le pli externe va également jouer sur l’esthétique de l’instrument. Chaque bois a ses caractéristiques visuelles spécifiques.

 

 

A part pour certaines essences très homogènes, comme le hêtre, chaque pli aura un visuel particulier. Le grain, le veinage, le fil du bois, certains  »défauts » donneront tout le cachet d’un bel instrument.

 

 

Cet aspect est surtout mis en avant dans les haut de gamme et pour les instruments dits custom de fabrication artisanale. (voir notre reportage sur l’artisan français Art Custom Drums).

 

 

Les caractéristiques mécaniques ont également beaucoup d’importances. Elle vont influer sur la robustesse, la durabilité et la résistance à certaines conditions d’utilisation de l’instrument.

 

 

Les bois de résineux, par exemple, ont des caractéristiques acoustiques sensationnelles ( violons Stradivarius en sapin). Pourtant, ils sont très peu utilisés pour les percussions car trop fragiles.

 

 

Pour des questions acoustiques, mais aussi économiques, plusieurs essences peuvent être combinées entre elles.

 

 

Pour la fabrication d’instruments personnalisés, certaines marques proposent des fûts constitués de plusieurs bois dans un nombre infini de combinaisons afin d’obtenir véritablement un son unique.

 

 

Dans les bas de gamme et les gammes moyennes, certaines essences plus économiques sont associées à des bois plus nobles. Il s’agit de baisser les coûts. Les couches de bois le moins cher sont placées entre des couches de bois plus nobles.

 

 

Je vous propose la fiche descriptive des dix essences les plus utilisées pour la fabrication des batteries, puis, dans la catégorie des instruments bijoux, quelques exemples de bois précieux.

 

 

LE PEUPLIER

 

 

 

 

Appellation anglophone : Black Poplar ou White Poplar

Appellation botanique : Populus Alba ou Populus Nigra

Origine : Zone tempérée : Europe, Amérique du nord, Chine. Il apprécie particulièrement les zones inondables et humides. Il est également très présent en forêt boréale.

L’arbre : C’est un arbre de haut jet : jusqu’à 35 m qui peut vivre jusqu’à 400 ans. A croissance très rapide, il est exploitable à partir de 30 à 50 ans. Il est très facile à cultiver

Le bois : Son bois est clair, presque blanc. Il est très léger et tendre, voir mou. Il est très facile à dérouler et à trancher en faible épaisseur. Il est plus difficile à scier et à polir. Sujet à de fortes variations dimensionnelles, il est instable dans le temps. Il résiste bien à l’humidité mais est peu durable.

L’utilisation : Pâte à papier, emballages légers (cagettes ou bourriches), allumettes, emballages industriels (palettes et caisses).

Pour les batteries : Il est utilisé pour les entrées de gamme et les premiers prix car il est abondant, bon marché et facile à travailler.

Sonorité : Qualité sonore satisfaisante pour ce matériau bon marché. En d’autres termes, il génère un son de batterie, mais rien d’exceptionnel…..Il peut être combiné à des essences plus nobles afin de produire une sonorité plus riche.

Ecologie : D’un point de vue environnemental, l’espèce n’est absolument pas en danger. Par contre, sa culture intensive dans les zones inondables met en péril des écosystèmes humides riches et variés. Sa production demande une certaine attention.

 

 

=============================================================================================

 

 

LE TILLEUL

 

 

 

 

Appellation anglophone : Bass Wood

Appellation botanique : Tilia cordata, tilia platiphyllos ou tilia vulgaris.

Origine : Zone tempérée : Asie mineure, Etats Unis, Japon, Europe de l’ouest.

L’arbre : C’est un arbre de haut jet : 30 à 40 m, abondant et facile à cultiver. Sa croissance est rapide au début puis se ralentit. Il est exploitable à partir de 60 ans. Il peut vivre 500 ans.

Le Bois : de couleur blanche, léger et tendre. Son grain est très fin et homogène. Il est très facile à usiner, à sculpter, à dérouler et à polir. Peu durable, il ne supporte pas l’humidité (rapidement putrescible). Il fend facilement lors d’un séchage artificiel ou de variations d’humidité brutales.

L’utilisation : Sculpture, saboterie. L’écorce en vannerie, en cordellerie et en phytothérapie. Les fleurs en infusions. Ne convient pas en bois de chauffage.

Pour les batteries : Il est utilisé pour les bas de gamme et les premiers prix car bon marché et facile à travailler.

Sonorité : Qualité sonore satisfaisante pour ce matériau bon marché. En d’autres termes, il génère un son de batterie, mais rien d’exceptionnel…..Il peut être combiné à des essences plus nobles afin de produire une sonorité plus riche.

Ecologie : Cette espèce n’est pas en danger. Sa culture et son exploitation ne pose pas de problèmes environnementaux.

 

 

=============================================================================================

 

 

« ACAJOU » DES PHILIPPINES

 

 

Appellation anglophone : Asian Mahogany ou Mahogany.

Problème : l’acajou des philippines n’existe pas. C’est une appellation commerciale usurpée, voir une tromperie.

Il s’agit, en réalité, du Lauan rouge (lauan red) qui n’a rien à voir avec le véritable acajou. Il appartient à la famille des dipterocarpaceae, l’acajou véritable, à celle des méliacées. Seule la couleur est comparable.

Appelation botanique : shorea negrosensis ou shorea polysperma.

Origine : Zone tropicale humide. Philippines, Malaisie, Indonésie.

L’arbre : C’est un arbre de haut jet qui peut atteindre 60 m de hauteur.

Le bois : De couleur rouge à violine, voir brun. Il est léger et tendre. Il est moyennement durable. Il est très facile à dérouler.

L’utilisation : Essentiellement pour la fabrication de contreplaqué de décoration et en lutherie.

Pour les batteries : Il est utilisé en entrée de gamme car bon marché. Il peut être utilisé en gamme moyenne en association avec d’autres essences plus nobles. Il constitue les plis internes des fûts (l’âme du contreplaqué).

Sonorité : Qualité sonore satisfaisante pour ce matériau bon marché. En d’autres termes, il génère un son de batterie, mais rien d’exceptionnel…..Il peut être combiné à des essences plus nobles afin de produire une sonorité plus riche.

Ecologie : C’est une essence largement surexploitée par l’industrie du contreplaqué. Cependant, je reste prudent par rapport à un boycott total. Les Philippines, qui se remettent d’une longue période de troubles (guerre et dictature), font des efforts importants pour réparer les dégâts causés à leur environnement pendant des décennies. L’Etat, propriétaire de 97 % des forêts, s’est engagé dans un programme de gestion durable de cette ressource économique essentielle pour le pays.

Pour conclure, je vous conseille d’éviter cette essence. Ce sont, avant tout, les Philippins qui ont besoin de leurs forêts et de leur bois.

 

 

=============================================================================================

 

 

 LE CHÊNE ROUGE D’AMERIQUE

 

 

 

 

Appellation anglophone : Red Oak.

Appellation botanique : Quercus Rubra.

Origine : Zone tempérée : Amérique du nord-est, Europe ( sauf régions méditerranéennes) et Asie tempérée.

L’arbre : C’est un arbre de haut jet: 20à 30 m à croissance moyenne (plus rapide que ses cousins européens de souche), exploitable à partir de 60 à 70 ans. Il vit de 100 à 300 ans. Caduque, son feuillage prend une spectaculaire teinte rouge à l’automne, d’où son nom..

Le bois : Beige à rosé au cœur, l’aubier, très distinct est plus clair. C’est un bois mi-dense et mi-lourd, à grain serré. Il est moins dense que le chêne commun. Il est facilement usinable et déroulable.

L’utilisation : charpente, menuiserie et ébénisterie. L’écorce pour le tannage des cuirs.

Pour les batteries : Il est peu utilisé et équipe des modèles de gamme moyenne inférieure car meilleur marché et plus facile à travailler que le chêne commun.

Sonorité : Qualité sonore satisfaisante, mais rien d’exceptionnel. Il peut être combiné à des essences plus nobles afin de produire une sonorité plus riche.

Ecologie : Le chêne rouge est très abondant en Amérique du nord. Sa reproduction est facile, il n’est donc pas en danger. Il est de plus en plus cultivé en Europe et en Chine au détriment de son cousin car plus productif . Attention à la biodiversité.

 

 

=============================================================================================

 

 

L’ERABLE

 

 

 

 

Appellation anglophone : Maple

Sugar Maple (érable à sucre d’origine nord américaine) ; Hard maple et Rock Maple (érable des forêts boréales, les plus durs) ; Curly Maple (Certains érables présentent un fil ondulé ou ondé très décoratif) ; Bird Eye Maple (certains érables présentent une multitude de petits nœuds, en oeil d’oiseaux, très décoratif).

Appellation botanique : Parmi 170 espèces d’érables, trois sont utilisées en lutherie : acer saccharum (l’érable à sucre), acer platanoïde ( l’érable plane), et acer pseudoplatanus (l’érable sycomore).

Origine : Pour l’érable à sucre : forêt tempérée des Appalaches et boréales du Canada.

Pour les érables plane et sycomore : ils proviennent des forêts continentales européennes et également, dans une moindre mesure, des Etats Unis.

L’arbre : L’érable à sucre est un arbre moyen : 20 m, à croissance rapide. Ses couleurs flamboyantes à l’automne sont très représentées sur les dépliants touristiques du Canada.

L’érable plane et l’érable sycomore sont un peu plus grands : 25 à 30 m, à croissance rapide.

Ils peuvent tous vivre entre 300 et 400 ans.

Le bois : le bois de l’érable à sucre est crème, presque jaune. C’est un bois dur à grain fin. Généralement, son fil est droit.

Le bois d’érable plane et d’érable sycomore est plus clair, blanc voir rosé. Il est moins dur que son cousin américain. Son grain est fin et son fil droit.

Certains arbre ont un fil ondulé, l’érable ondé ; ou constellé de petits nœuds sur la couche supérieure du tronc, le bird eye. Ces deux  »défauts » sont très recherchés pour le placage d’ébénisterie et de lutherie.

Le bois d’érable est délicat à dérouler et à trancher. Il est facile à usiner et à polir.

L’utilisation : Ameublement, lutherie, planchers, pâte à papier et bois de chauffage. Autrefois : skis, cannes et outillage. Et enfin, le fameux sirop d’érable confectionné à partir de la sève de l’érable à sucre.

Pour les batteries : C’est le bois le plus utilisé pour la fabrication des batteries. Ses qualités acoustiques et mécaniques, son veinage particulier le rendent incontournable et irremplaçable dans ce domaine.

Il est utilisé dans les gammes moyennes et hautes.

Sonorité : Il produit un son bien équilibré entre fréquences graves, médiums et aiguës avec un bon sustain, une tonalité chaleureuse et une excellente résonance.

Ecologie : Les érables sont plutôt abondants dans toutes les zones où ils sont présents. Ils ne sont plus autant exploités qu’au début du XXe siècle car leur bois a été remplacé par la matière plastique dans de nombreux domaines. Il n’est donc pas en danger.

 

 

=============================================================================================

 

 

LE BOULEAU

 

 

 

 

Appellation anglophone : Birch (Canadian birch ou Plain Birch)

Appellation Botanique : Betula verrucosa , betula pendula, betula lenta ou Betula alleghaniesis

Origine : Forêts boréales, Canada, Scandinavie ou Appalaches pour le Canadian Birch ;

Zones tempérées pour le bouleau uni d’Europe (plain Birch) : originaire d’Europe, il a été acclimaté à toutes les régions tempérées du globe, y compris la Chine.

L’arbre : C’est un arbre de hauteur moyenne : entre 20 et 30 m. Il peut vivre 100 ans mais guère plus.

Dans les régions boréales, sa croissance est lente, plus rapide en zone tempérée.

Le bois : D’origine boréale, le bois de bouleau est assez dense, mi-lourd et mi-dur. Sa couleur est jaunâtre ou rousse. De bonne résistance mécanique, il fend peu au séchage. Il est élastique et se prête facilement au cintrage. Il est facile à dérouler et à trancher. Il gauchit un peu au séchage. Il est peu durable et résiste mal à l’humidité.

De croissance plus rapide, le bouleau de plaine est moins dense et moins dur. Il est plus clair, de couleur crème à jaunâtre. Ses propriétés mécaniques sont légèrement inférieures.

L’utilisation : Manche d’outils, saboterie, pâte à papier, contreplaqué, cercueils, pipes et bois de chauffage.

Pour les batteries : Cette essence est, tout comme l’érable, beaucoup utilisée en moyenne gamme pour le bouleau de plaine (voir même en bas de gamme supérieure pour le bouleau chinois) et en haut de gamme pour le bouleau canadien ou scandinave.

Sonorité : Tonalité naturellement plus aiguë que celle de l’érable avec moins de sustain et plus de chaleur. Il apporte une réponse rapide avec beaucoup d’attaque et de puissance.

Ecologie : Cette essence est très abondante à travers le monde. Elle a pu coloniser toutes les régions nordiques et tempérées. En zone boréale, elle est sensible aux pluies acides, ce qui met en péril les arbres de la meilleure qualité de cette espèce.

 

 

=============================================================================================

 

 

LE HÊTRE

 

 

 

 

Appellation anglophone : Common Beech

Appellation botanique : Fagus Sylvatica

Origine : Zones tempérées. Essentiellement Europe de l’Ouest.

L’arbre : Arbre de haut jet jusqu’à 30 m qui vit entre 150 et 200 ans aussi bien en plaine qu’en moyenne montagne, jusqu’à 1700m d’altitude.

Le bois : Cet arbre à croissance lente donne un bois très homogène de teinte blanche grisâtre à jaune rougeâtre avec un veinage très peu marqué. C’est un bois dur et mi-lourd à grains fins et à fibres courtes qui a tendance à fendre au séchage. Une fois bien sec, il ne  »bouge » plus et a de bonnes résistances mécaniques. Il est facile à usiner et permet la réalisation de pièces de grande précision. Il est plus délicat à scier et à dérouler mais permet une finition aisée. Par contre, il résiste très mal à l’humidité.

L’utilisation : menuiserie, ameublement, chaiserie, escalier, chauffage. Il n’est jamais utilisé en extérieur.

Pour les batteries : Très peu utilisé, on le trouve dans la gamme moyenne supérieure.

Sonorité : Doté d’une excellente projection, d’un son tranchant et d’une grande puissance, il est considéré comme un bon compromis entre l’érable et le bouleau alliant la précision du premier à la rondeur du second.

Ecologie : Bien que commun dans notre zone géographique et abondant en France, il se raréfie à l’échelle mondiale car sur-exploité. Il est très utilisé dans l’ameublement, et la demande, surtout chinoise, augmente. Il est impératif et urgent de le gérer avec rigueur. Il est préférable d’opter pour une autre essence.

 

 

=============================================================================================

 

 

LE CHÊNE COMMUN

 

 

 

 

Appellation anglophone : Oak

Appellation botanique : Quercus pedunculata

Origine : Zone tempérée, essentiellement d’Europe de l’ouest.

L’arbre : C’est un des plus grands arbres de nos forêts. Il peut mesurer jusqu’à 40 m et vit en moyenne 500 ans. Sa croissance est très lente, il est exploitable après 120 ans.

Le bois : C’est un bois qui présente une palette de couleurs variées, du jaune clair à brun clair avec un veinage plus ou moins marqué. Son fil est plutôt droit mais peut être hétérogène avec du contre-fil important. C’est un bois mi-dur et mi-lourd. Son grain est gros. L’aubier est distinct, plus clair et moins dense. Il a de bonnes propriétés mécaniques, est durable et résistant. Il est facile à usiner et à trancher mais délicat à dérouler.

L’utilisation : ameublement, tonnellerie, menuiserie intérieure et extérieure, charpente et chauffage. C’est un bois très polyvalent.

Pour les batteries : Il est peu utilisé. Il équipe des modèles de gamme moyenne supérieure.

Sonorité : le chêne produit un son précis et clair. Il est particulièrement apprécié pour sa puissance et sa capacité à renforcer les basses fréquences.

Ecologie : Son abondance et son exploitation actuelle ne le mettent pas en danger. Toutefois, vu la lenteur de son renouvellement, il est sage de continuer de le gérer avec rigueur.

 

 

=============================================================================================

 

 

LE KEVAZINGO OU BUBINGA

 

 

 

 

Appellation anglophone : Bubinga

Appellation botanique : Guibourtia Demeusei

Origine : Zone tropicale humide africaine : Gabon, Cameroun, Guinée, RDC,Congo.

L’arbre : Comme beaucoup d’arbres de haut jet de ce type de forêt, c’est un dominant qui peut atteindre jusqu’à 60m de hauteur.

Le bois : C’est un bois dur à très dur. Sa couleur varie du rosé au brun rougeâtre finement veiné de rouge violacé. Il présente un grain moyen et un fil droit parfois ondulé. Le séchage est lent et délicat. Son usinage est difficile. Il nécessite un outillage spécial au carbure de tungstène. Le risque de déformation est important. Le déroulage est délicat et les assemblages collés nécessitent beaucoup de soins. Très durable, il supporte bien l’humidité.

L’utilisation : Ebénisterie de luxe, plaquage, décoration, contreplaqué, lambris, escalier et ameublement.

Pour les batteries : Il est utilisé pour la fabrication d’instruments de haut de gamme.

Sonorité : Le Bubinga délivre un savant mélange de tonalités très sombres et de hautes fréquences. Il combine la puissance et la projection du bouleau avec la chaleur de l’érable.

Ecologie : La forêt tropicale est un véritable trésor de biodiversité, elle abrite entre 50 et 80% des espèces animales et végétales terrestres.

En Afrique centrale, l’exploitation forestière a été relativement sélective jusqu’à présent, contrairement à l’Asie du Sud Est où des massifs entiers de forêts tropicales ont disparus.

Depuis une bonne décennie, des efforts ont été consentis pour mieux gérer les forêts. Des pays comme le Gabon, le Cameroun, la Centre Afrique se sont engagés dans une démarche de gestion durable de leur forêt.

Il existe encore beaucoup d’exploitations illégales dans ces régions et seul un éco-label garanti à 100 % le mode de gestion et la provenance du bois utilisé.

Cette exploitation de la forêt à pourtant un effet pervers. Elle ouvre des pistes dans des régions jusque-là inaccessibles qui permettent aux chasseurs et aux braconniers de pénétrer de plus en plus loin dans la forêt. C’est donc la faune qui subit le plus la pression humaine.

En ce qui concerne plus particulièrement le Bubinga, il est plutôt abondant et encore peu exploité. Il n’est pas (encore) en danger. Pour plus de garanties, exigez un Bubinga labellisé.

 

 

=============================================================================================

 

 

L’ACAJOU (le vrai)

 

 

 

 

Appellation anglophone : Mahogany

Appellation botanique : Swietenia Mahagoni, Swietenia Macrophylla (les américains), et Khaya Ivorensis pour l’africain.

Origine : Zone tropicale humide. Trois grandes régions d’implantation :

Le berceau de l’espèce : les Antilles et l’Amérique centrale. Cuba, Haïti, République Dominicaine, Guatemala, Nicaragua……

L’Amérique du sud . Colombie, Venezuela, Brésil, Paraguay.

L’Afrique équatoriale. Côte d’Ivoire, Cameroun, Ghana….

L’arbre : L’acajou est un arbre plutôt moyen dans ces régions, il fait 40 m de hauteur et 1m de diamètre.

Le bois : Son bois est de couleur rosâtre à rougeâtre ou violine à marron rouge. Les bois clairs foncent avec le temps. C’est un bois mi-dur à grain fin ou moyen. Facile à trancher et à dérouler, il est plus difficile à sculpter. Les défauts internes sont rares.

Les propriétés physiques et mécaniques de l’acajou africain sont inférieures à celles de ses cousins américains, mais il sèche plus rapidement.

L’acajou est très stable, il se déforme très peu.

L’utilisation : Ebénisterie de luxe, marqueterie, construction navale de luxe et lutherie.

Pour les batteries : C’est l’essence traditionnelle des premières batteries, très appréciée par les batteurs de Jazz. Actuellement, ce bois précieux est utilisé pour des batteries haut de gamme ou des modèles personnalisés.

Sonorité : Il offre beaucoup de rondeur et délivre un son charnu et chaleureux, riche dans les graves, mais avec un bon équilibre entre des médiums punchy et des aiguës très douces.

Ecologie : L’acajou centre-américain (Swietenia Macrophylla) est inscrit sur la liste des espèces de faune et de flore sauvage menacées d’extinction depuis fin 1995 avec un durcissement des règles de commercialisation en 2003.

Son exploitation et son commerce sont soumis à autorisation et à certificats. C’est un arbre rare qui a été sur-exploité tout au long des trois derniers siècles.

Ces règles ne concernent ni l’acajou africain, ni l’acajou cultivé. Pour autant, c’est une espèce très difficile à cultiver car elle est très sensible à l’attaque d’un insecte, le Shoot Borers, qui fait des dégâts considérables sur les jeunes plants. La larve de ce lépidoptère pénètre profondément dans la plante. Ce qui le rend invulnérable au traitement insecticide (d’ailleurs nuisible pour l’environnement).

C’est une espèce a éviter à tout prix, ou alors , exigez du bois certifié.

 

 

=============================================================================================

 

 

LE SAPELLI

 

 

sapele

 

 

Appellation anglophone : SAPELE

Appellation botanique : Entandrophragma Cylindricum. Il appartient à la grande famille des Meliaceae et plus particulièrement à la famille des acajous africains.

Origine : Zône tropicale humide d’Afrique de l’Ouest et du Centre. On le trouve de la Côte d’Ivoire au Cameroun à l’Ouest et jusqu’au Zaïre et l’Ouganda au Centre.

L’arbre : Arbre dominant des forêts semi-dense tropicale, on le trouve surtout dans les zônes plus sèche, jusqu’en lisière de savanne. Peu exigeant, il s’adapte à de nombreuses configurations géologiques et climatiques.
Sa hauteur adulte est de 45-60 m. Quelques individus peuvent dépasser les 90 m. Son tronc est droit et cylindrique jusqu’à 30 m, d’un diamètre de 1,2 à 1,8 m. Sa vitesse de croissance, plutôt lente, est très variable selon sa localisation. Un sapelli de 100 ans peut avoir un diamètre de 20 cm comme de 70 cm.

sapele

Le bois : c’est un bois moyennement dur à dur. Sa dureté moyenne est de 0,65 ( 0,64 pour l’érable, 0,66 pour le bouleau ), elle varie de 0,59 à 0,73. L’aubier est blanc à jaune pâle. Le bois de coeur, rose fraichement coupé, devient brun rouge à brun mauve au séchage. C’est un bois à grain fin à moyen avec une présence de contre-fil qui peut être importante. Le veinage est peu marqué et présente souvent des figures pommelé, flammé ou rubanné, selon l’axe de sciage.
Globalement, la qualité du sapelli est très hétérogène.
Il est lent et délicat à sécher et à tendance à se déformer. Il est plutôt facile à usiner et à dérouler, difficile à cintrer, car cassant. Il est très facile à finir et à polir.

L’utilisation : Menuiserie extérieure et intérieure, ébénisterie, parquet, contreplaqué, placage décoratif, construction navale, lutherie industrielle.

Pour les batteries : Très peu utilisé. Ludwig propose une finition en sapelli pommelé dans sa gamme de caisses claires  »exotic ». Il s’agit d’un pli de finition apposé sur des fûts en érable.
Depuis tout récemment (septembre 2007 ), le fabricant Prodipe propose des kits fabriqués à Taïwan, signés par Claude Salmiéri, entièrement en sapelli. Il s’agit des modèles Salmiéri Drums  »Jazz Saint Germain » et  »Artist Studio ».

Sonorité : A notre connaissance, les batteries Salmiéri Drums sont les premières à être fabriquées dans cette essence. Nous n’avons donc pas de retour objectif sur la sonorité de ce bois, dans ce contexte.

Par contre le sapelli est utilisé depuis longtemps dans la fabrication industrielle de guitares acoustiques. Il sert essentiellement à la fabrication des dos et des éclisses, quelques fois des manches de guitare  »folk ». D’après les luthiers, il délivre un son clair et propre dans les basses avec beaucoup de chaleur et un bon sustain.

sapeleEcologie : Le sapelli est une des sept espèces d’origine d’afrique tropicale, les plus exploitées, car les plus rentables. Elle tient même la deuxième place derrière l’ayous dans la production camerounaise et gabonnaise. Il est destiné essentiellement aux marchés occidentaux et asiatiques.

Globalement, il n’est pas encore en voie d’extinction du fait de sa relative abondance et de ses capacités naturelles de régénération. Mais, au vue de sa faible densité et de sa lenteur de renouvellement, il est largement sur-exploité depuis les années 40, avec une intensification des prélèvements dans toute sa zône de présence depuis les années 90. En d’autres termes, l’exploitation actuelle détruit le stock d’arbres pluri-séculaires sans que leur remplacement ne soit pérénisé.

En 1998 , l’IUCN (The World Conservation Union ) l’a classé dans sa liste rouge des espèces en danger, dans la catégorie vulnérable ( www.iucnredlist.org ). Le CITES évoque régulièrement la menace sur le sapelli mais ne l’a pas encore inscrit dans ses annexes.
La situation est assez disparate selon les pays : vulnérable au Cameroun et en Côte d’Ivoire, il est déjà en voie d’extinction au Ghana et en RDC, il a quasiment disparu au Zaïre et en Ouganda.

Son exploitation génère beaucoup de dégâts  »colatéraux », essentiellement sur la faune et les populations locales ( Pygmé, Bagyeli ) qui subissent d’importantes perturbations de leur milieu sans récupérer de quelconques bénéfices. Bien que des études d’impacts sur le milieu et des recherches sur de meilleures solutions d’exploitation de la forêt soient en cours dans la plupart des pays de cette zône, les pratiques actuelles et les coupes illégales mettent en péril la survie de la forêt tropicale africaine en général et celle du sapelli , en particulier.

Dans l’état actuel des choses, il est prudent et sage d’éviter cette espèce ou d’exiger un label de certification de type FSC ou PEFC.

Nous avons interrogé Prodipe à ce sujet, ils ne nous ont jamais répondu …

 

 

=============================================================================================

 

 

AUTRES ESSENCES

 

 

D’autres essences sont utilisées pour la fabrication des batteries. Il s’agit essentiellement d’essences précieuses mises en oeuvre pour le très haut de gamme, les séries très limitées et les instruments personnalisés.

La liste est infinie et je me suis limité à quelques exemples.

Ces bois sont avant tout choisis pour leur noblesse, leur rareté et leur esthétique exceptionnelle.

 

 

 

 

LES FRUITIERS

 

 

On peut citer le cerisier, l’alisier, le merisier, le poirier et le prunier. Ces essences ont des teintes dorées à rosées, un très beau veinage et un aubier marqué, beaucoup plus clair.

Ces espèces se trouvent en zone tempérées à l’état sauvage mais sont surtout cultivées. Sans être rares, elles ne sont pas abondantes.

Elles ne sont pas en danger.

Le noyer, un bois magnifique dans l’ameublement. Il est plutôt foncé, présentant une grande variété de teintes. Du beige le plus clair en aubier au noir le plus sombre du veinage en passant par une palette de bruns très variés. C’est un bois hétérogène très recherché en ébénisterie et en marqueterie.

Les plus belles pièces sont tranchées pour le placage. Le fil est varié et présente des zones ondés réservées pour la fabrication de crosse de fusils, par exemple.

Le noyer est commun dans nos campagnes. Mais les vieux arbres de 80 ans et plus, les plus intéressants en ébénisterie, sont de plus en plus rares.

 

 

LES DEFAUTS

 

 

Certains défauts du bois ou des zones spécifiques de certains arbres communs sont très recherchés pour les dessins très particuliers que forme le veinage : essentiellement les loupes (proéminences sphériques sur le tronc ou les grosses branches), les embranchements et les ronces (partie enterrée du tronc où naissent les racines).

 

 

 

 

LES ESSENCES EXOTIQUES

 

 

 

 

Les fabricants vont également utiliser des bois provenant majoritairement des forêts tropicales.

 

 

 

 

L’australien Brady met en oeuvre divers types d’eucalyptus indigènes pour la fabrication de ses fûts en contrecollé ou en massif évidé. Par exemple, le Jarrah (Eucalyptus Marginata), le Marri (Corymbia Colophylla) et le Wandoo (Eucalyptus Wandoo).

Il utilise également une variété de pin typiquement australienne, le Sheoak (allocasuarina fraseriana).

 

 

La forêt australienne est une des plus vastes du monde, elle couvre 21 % du pays continent. C’est une forêt d’une richesse extraordinaire : 600 espèces d’acacias, 600 espèces d’eucalyptus (dont le fameux Karri qui culmine à plus de 100 m de hauteur). Des variétés de conifères uniques dont le pin de Wolleni qui est l’arbre le plus ancien connu sur terre. Son origine remonterait à 160 millions d’années.

 

 

Pour autant, les conditions d’exploitation de la forêt australienne sont pour le moins paradoxales.

 

 

D’un côté, un état fédéral et des compagnies forestières très engagés dans la sauvegarde de leur fabuleux patrimoine, et depuis longtemps. Une politique de labellisation très poussée avec le certificat AFS (Australian Foresty Standard) sur des surfaces gigantesques. La plus grande compagnie australienne qui obtient la certification PEFC, la plus draconienne, sur l’ensemble de sa production. Une augmentation des plantations afin de répondre aux besoins de bois commerciaux en limitant le prélèvement en milieu naturel.

 

 

D’un autre côté, des méthodes industrielles  »barbares » : coupe à blanc sur de grandes surfaces, reboisement en mono-culture, brûlage des déchets au napalm, emploi d’insecticides et de pesticides à outrance…

 

 

 

 

Dans la catégorie joaillerie, il utilise le prestigieux Ebène africain (Diospyros Crassiflora ou Diospyros Atropurpurea), uniquement en placage et l’Ebène Macassar (Macassa Ebony), moins noble, mais splendide pour des fûts massifs. Ce dernier provient d’Indonésie.

 

 

Quant à la La forêt indonésienne, le problème est nettement plus grave. Elle représente 10% de la forêt tropicale humide mondiale et abrite 10% des espèces végétales et animales terrestres dont beaucoup d’entre elles sont en voie d’extinction (orang-outan, éléphant indonésien, tigre…)

Cet archipel de quelques 15 000 îles abrite également des centaines de peuples indigènes qui vivent de la forêt et l’entretiennent.

Seulement 10% de la surface de la forêt indonésienne est strictement protégée.

L’industrie forestière est nécessaire d’un point de vue économique mais son développement est tel qu’elle échappe à tout contrôle. Greenpeace évalue à 90% le volume de bois exploité illégalement dans ce pays essentiellement pour alimenter la filière du contreplaqué et de la pâte à papier européenne et chinoise.

 

 

Le gouvernement indonésien a demandé à l’Union Européenne, l’arrêt des achats de bois en Malaisie, pays qui sert d’intermédiaire et de  »blanchiment » du bois illégal.

La forêt indonésienne et ses habitants (animaux et humains) sont en péril. Il est nécessaire que les occidentaux limitent leurs importations de bois en provenance de ce pays. Toutes les essences indonésiennes sont remplaçables par des essences locales. En premier lieu, le Teck qui peut l’être par de l’acacia européen ou du robinier, abondants en Europe et en Amérique du nord.

 

 

Pour terminer notre petite visite place Vendôme, voici quelques exemples de fûts fabriqués par le brésilien Odery.

 

 

Les essences les plus utilisées par Odery sont des bois issus des forêts d’Amérique du sud et particulièrement de la forêt amazonienne. Majoritairement, il met en oeuvre l’Imbuia (Phoebe Porosa) et L’Araucaria (Araucaria Araucaua). Ce dernier, une variété de pin très rare est également inscrite sur la liste des espèces en voie d’extinction dont le commerce est très réglementé.

 

 

 

 

La forêt amazonienne est devenue le symbole de toutes les forêts en danger de la planète.

Elle est la plus vaste : 420 millions d’hectares ; la plus riche : 30 000 espèces végétales recensées, 70% des espèces animales connues ; la plus détruite : 5,1 millions d’hectares disparus depuis 1980 uniquement au Brésil et une des plus pillées : 70% de bois amazonien issu de coupes illégales.

 

 

Un rythme de destruction qui ne cesse d’augmenter et des estimations de disparition totale vers 2020.

 

 

Les ONG et les chercheurs sont extrêmement alarmistes mais l’impact de la forêt amazonienne sur l’ensemble des climats de la planète est considérable. Les liens entre l’augmentation des catastrophes naturelles en Europe et en Asie et la déforestation en Amérique du sud ont été démontrés scientifiquement.

 

 

Pourtant, il est encore temps de réagir, à condition de modifier radicalement les modes d’exploitation des forêts de l’ensemble de la planète.

 LIRE LES BOIS : PARTIE 3 : labels, quid des fabricants, et l’écologie ?

 

REVENIR A LA PARTIE  1 : de nos forêts à nos instruments

 

 

 

Laisser un commentaire