Portraits et interviews

Hubert Colau

Par Nala

Je suis allée voir un spectacle solo de batterie. Je vous entends déjà: « -ouai encore un de plus quoi! « . Et bien non, je vous arrête tout de suite. Il sagit là d’un beau voyage qui nous emmène en différents pays du globe (l’Asie, l’Europe, l’Afrique, les Etats-unis). Les rythmes et les chansons s’enchainent tout en créant des ambiances très différentes d’un morceau à l’autre. C’est un spectacle  » tout-couleur  » comme aime à le dire l’auteur. Je crois que cela pousserait n’importe quel musicien digne de ce nom à aller à la rencontre d’autres civilisations afin d’élargir sa propre culture musicale.

Spectacle plein de créativité, le musicien n’a pas hésité à se mettre en scène, et on peut dire qu’il y a une forte interprétation de différents personnages. (Et là maximum respect pour cette impro de psychopathe qu’il nous a offert ce soir là.)

La performance outre musicale et  » batteuristique « , est de gérer simultanément, la voix, l’instru, les boucles à rentrer et à arrêter, le dialogue avec le public, les chansons. Rien n’est négligé, jusqu’aux jeux de lumières très présents tout au long du show ainsi que la mise en scène.

En fait, je rectifie : ça n’est pas un spectacle de batterie-solo, mais un show musical complet, où les percussions, la voix et la batterie sont intimement mêlées, et dans lequel chacun des éléments met en valeur les autres, et finissent par enchanter le public.

Colossal que le show Colau-solo! Pour la Tob, je suis allée rencontrer ce musicien pas ordinaire.

INTERVIEW : HUBERT COLAU

Nala : Est ce que tu peux te présenter aux internautes ?

HC : Je m’appelle Hubert Colau. J’ai 36 ans. Batteur-vocaliste, accessoirement percussionniste.

Nala : C’est quoi batteur-vocaliste ?

HC : C’est un batteur qui fait des voix. Il n’est pas un chanteur à part entière, mais il s’intéresse à la voix pour l’improvisation, pour le scat, pour les choeurs, les choses comme ça quoi.

Nala : Rapidement, peux tu nous dire ta formation musicale ?

HC : J’ai commencé par des cours au conservatoire municipal pendant cinq ans (il me semble) à 14 ans. Je me suis beaucoup formé sur le terrain : j’ai fait des écoles de batucada, j’ai aussi  » trainé  » avec des percussionistes et j’ai également monté très tôt des groupes. Ensuite, j’ai intégré l’école de Daniel Pichon dans laquelle je suis resté 4 ans.

Nala : Je suis là par rapport au spectacle que j’ai vu le 02 décembre et je voulais savoir comment t’est venue l’idée de ce spectacle ?

HC : J’avais monté un groupe qui s’appelait Armada. J’avais fait un concert avec ce groupe, et à un moment, j’ai fait un solo (j’utilisais la batterie club-Jordan et aussi l’echoplex, le loop) et je me suis beaucoup amusé en fait. Ca m’a donné l’idée de développer quelque chose en solo. Et comme j’écris des textes et que j’aime beaucoup composer, et chanter aussi, je me suis dit que j’allais essayer d’écrire quelque chose autour de mon instrument et de la voix.

Nala : Comment as tu fait pour composer les chansons entendues au spectacle ? Tu pars d’une musique, tu écris direct la partoche ?

HC : Il y a plein de solutions. Il ya des compositions qui sont venues à partir du chant simplement. Je me suis chantonné des mélodies car je marche beaucoup à la mélodie. Donc j’ai développé des mélodies. Pour certaines, je les ai harmonisées, pour d’autres, j’ai utilisé mon harmoniseur; ca te donne parfois des idées que tu n’as pas. Et il y a des compositions que j’ai faites directement au piano.

Nala : Donc tu joues d’autres instrus que la batterie ?

HC : Oooh… Je ne dirais pas que je joue : je me sers du piano pour harmoniser. J’aime bien gratouiller un peu, même si je ne suis pas guitariste. De toute façon, je suis curieux des autres instruments, ça te développe les sens, ça te permet d’appréhender les autres musiciens, leur manière de jouer, les contraintes qu’ils peuvent avoir : ça permet de mieux comprendre où est ce qu’ils vont et pourquoi ils y vont.

Nala : Je dirais que dans ton spectacle, on ressent une influence de MC Ferrin. Je dis une connerie ?

HC : (sourire) Non, c’est pas une connerie. Disons que mc Ferrin est un chanteur qui m’a beaucoup touché, beaucoup marqué. J’aime son travail. J’aime la façon qu’il a d’offrir aux autres, j’aime sa manière de chanter qui est toujours très…. Je ne sais pas comment dire. Il ya de tout chez lui: il y a de la folie, de l’humour, du contrôle, une technique assez importante, une grande créativité. On est au-delà de la performance, il y a quelque chose chez lui de quasi spirituel.

Nala : étant donné que tu chantes en même temps que tu joues, comment s’organise le boulot par rapport à ça ?

HC : Il y a le boulot habituel de batteur, le travail de vocaliste à coté… Mais je ne peux pas dire que j’ai eu beaucoup de temps pour travailler dans le fond tout ce truc là … Les deux ensembles ,je n’ai pas eu beaucoup beaucoup l’occasion de le faire ensemble, ce qui me fait dire qu’il y a encore beaucoup de choses à développer, à trouver, beaucoup de choses à faire murir.

Nala (effarrée,limite envieuse) : Là tu es en train de me dire que tu n’as jamais travaillé plus que ça la partie chant/batterie ? C’est spontané ?

HC : Ben j’ai eu l’occasion de jouer dans des formations où on me demandait de faire les deux (jouer et chanter), et c’est là que j’ai développé cette capacité à faire les deux. Mais te dire que j’ai bossé spécifiquement pour ce spectacle… pas comme il le faudrait… Enfin, je ne pense pas. En tous cas, pas assez, mais ça va se faire, au fur et à mesure. Plus je pourrais me consacrer à ce travail, plus j’aurais de dates, plus ce projet prendra de temps dans mon travail, plus j’aurai d’opportunités de le travailler.

Nala : Quels conseils tu donnerais pour combiner ces deux exercices que sont jouer et chanter ?

HC : Pour moi, les deux sont liés. J’appréhende de plus en plus la batterie d’une manière mélodique. Je pense que ça a toujours été comme ça, mais je ne m’en rendais pas forcément vraiment compte. Le chant est quelque chose de naturel, contrairement à ce qu’on peut penser. Et il est assez facile de chanter en jouant de la batterie. Je pense qu’il est plus facile de le faire qu’en jouant certains autres instruments où tu as deux lignes mélodiques à traiter. J’aime beaucoup chanter en jouant de la batterie. Pour moi c’est naturel.

Nala (qui insiste lourdement ! ) : Il n’y a rien à faire de plus que de le bosser ? Rien de spécifique ?

HC : Le bosser, c’est déjà pas mal ! Sinon il faut le penser. Je crois que quand tu penses beaucoup à une chose, tu le travailles autant que quand tu le pratiques.

Nala : Tu joues différents rythmes qui semblent venir de différents pays. Où les as tu appris ?

HC : Pour la plupart, je ne les ai pas spécifiquement appris. Je les ai entendu, je m’y suis intéressé et je les ai intègrés.

Nala :  » Intègrés « , c’est pareil qu’ « appris  » non ?

HC : Ben quand j’entends  » apprendre « , je me figure le musicien qui entend un rythme, qui va chercher comment il s’écrit, qui va le décomposer rythmiquement, métriquement, et qui va ensuite le travailler dans ce sens. Pour ma part, ce sont des types de rythmes que j’ai entendu, parfois sur des disques, parfois en concert. En fait ce sont des types de rythmes et pas nécessairement des rythmes qui existent. Enfin…Ils existent surement. Je n’ai pas la prétention d’avoir inventé des rythmes ! Mais disons que j’ai fait un peu ma sauce quoi.

Nala : Tu étais en résidence à la salle du Cap, c’est quoi le principe de la résidence ?

HC : C’est d’avoir les moyens matériels et temporels de travailler sur un projet : on te met à disposition une salle, du matériel et on te mets à disposition des gens qui peuvent t’aider à résoudre certains problèmes techniques pour que tu puisses monter ton projet et le mener à son terme. Alors il y a des résidences de créations, où tu arrives sur le lieu et tu crées un spectacle; c’est assez rare car il faut du temps pour faire un spectacle. Et puis il y a des résidences où tu arrives avec un spectacle déjà monté et tu as besoin de l’améliorer, ou de faire une création lumière ou bien sonore pour ton spectacle. Donc j’ai fait la demande, et pour que ça fonctionne, il faut que le lieu soit intéressé par ton projet et il faut qu’il ait les moyens de soutenir le projet.

Nala : Passons au niveau du matériel.

HC : Alors, pour le set principal, j’utilise des petits tambours Rémo qui sont assez percussifs et qui ont une belle couleur. J’utilise un djembe qui peut-être plus tard sera remplacé par un sabar. Une petite cc Peter Erskine de 10′ : j’aime beaucoup sa couleur et elle a un petit coté sauvage que j’aime bien.

Et autrement, il y a un tom bass Maple Custom qui est assez profond, une ride 22 signature Ceccarelli, mais parfois ça peut-être aussi une K Custom. Il y a aussi une splash Sabian de 10 et une Istanbul dont j’ignore la définition. C’est une cymbale froide avec un son très large ! Le charley est un petit charley de 10. Il y a aussi plein de petits accessoires qui colorent.

Ah oui j’utilise en guise de GC, la Daxdad parce que la taille est bien pour pouvoir intégrer d’autres matériaux dessus. Elle n’est pas encombrante. Elle est entre le tom(bass) et la grosse caisse donc ça permet de travailler sur les harmonies et puis elle a un son particulier.

Le 2ème set est une Maple Custom.

Nala : J’y ai vu une cymbale  » bricolée « . Pourquoi ?

HC : Il y a beaucoup de batteurs qui font des bricolages sur les cymbales, parce qu’une cymbale qui a été beaucoup utilisée, prend une couleur et puis, il est difficile de s’en séparer. Un jour j’ai tapé cette cymbale, et juste après l’accident, quand je l’ai tapé, je me suis dis: « -oh mais c’est un son très intéressant !  » C’est le son qui m’intéressait en fait. Donc après, j’ai éxagéré la fêlure, je l’ai découpé, mis des crochets etc.

Et le dernier set est la Club-jordan. C’est une petite batterie que j’aime beaucoup parce que d’abord, elle te fait jouer debout et tu envisages la batterie d’une autre manière. Elle a cette double GC avc une batte en bas et la peau dessus; ça te permet de faire des combinaisons assez sympas. Elle a un long sustain. Et elle a une petite cc très pétante. C’est spécial, mais j’aime beaucoup.

Nala : Jouer debout ne pose pas plus de problème que ça ?

HC : Tu l’appréhendes autrement. (Déjà,tu n’as pas de charley au pied donc tu es en appui sur un pied.) Ca te fais jouer sans trop de fioritures ; tu vas à l’essentiel.

Nala : Tu as donc utilisé 3 sets. Faire ce spectacle avec un seul set ça n’était pas suffisant ?

HC : (rires) Tu peux poser cette question à des guitaristes qui viennent avec 3 guitares, plein de pédales. On peut poser cette question à des claviers qui viennent avec plusieurs expandeurs. Parfois tu es en recherche de couleurs et puis parfois pour une couleur, il faut un gros bloc pour l’avoir. Je me suis fait plaisir, j’ai mis 3 sets. Peut-être que pour les concerts suivants, je ne mettrais qu’un ou deux sets. Là c’était une première, je voulais tout essayer. Après, on écrème; on enlève ce qui est inutile. Je crois que les choses se feront naturellement.

Nala : quelles ont été les principales difficultés techniques à surmonter ?

HC : La stabilité du système : les conflits midi. Le problème de buffer sur l’ordinateur. Un gros problème technique aussi, c’est tous les  » Y  » qu’il a fallu faire au niveau des micros, c’est à dire que j’avais une table de mixage qui me permettait d’avoir mon son en direct (je pouvais controler mes niveaux), mais l’ingénieur devait pouvoir récupérer mes entrées indépendament pour se faire un son.

L’utilisation d’un ear monitor est très embêtant surtout quand on travaille sur des percussions. Le micro casque parce qu’il n’a pas la dynamique d’un micro à main. Et lorsque j’avais à boucler des choses, il me fallait éviter d’avoir trop de repisse.

Il a fallu gérer le problème d’équilibre entre les séquences, entre le son d’un octopad, entre la voix, les percussions. Ce sont des choses sur lesquelles il faut travailler longtemps. Je n’ai pas fini de les développer. Il y a encore beaucoup de choses à travailler.

Nala : Est ce que tu as une équipe, des sponsors, des aides ?

HC : Sur ce projet là, j’ai eu une aide très appréciable de la ville d’Aulnay-sous-Bois, une aide du Cap évidement avec toute l’équipe, avec la direction. J’ai eu une aide de  » Futur Acoustique  » au niveau des ear monitors qui est une boite de sonorisation, et une aide logistique de  » Drum Service  » dans laquelle je stocke mes instruments.

J’ai aussi un ingénieur du son, Serge Millerioux qui a travaillé avec moi sur la résidence, et en éclairage, on a monté l’éclairage ici avec Heussine Hellou et c’est Aboubacar Konyate qui est un sonorisateur à la base qui m’a fait les lumières à Sarcelles.

Nala : Comment ça se passe pour trouver des dates pour un spectacle pareil ?

HC : J’en sais rien! J’ai commencé mes recherches. D’abord, j’interpelle les gens que je connais. Puis après, j’y attacherai peut-être les services d’un agent.

Nala : Tu cherches des dates ?

HC : oui : j’ai l’intention de décliner ce spectacle en plusieurs modes : Pour le spectacle que j’ai donné, il y aura une exposition qui se fera dans le même temps. Ca sera une expo qui traitera des batteurs qui travaillent des disciplines différentes de la batterie, de la musique parfois, mais qui intègrent ces disciplines là dans leur travail.

Et je déclinerai peut-être aussi ce spectacle dans une version pour le jeune public parce que j’ai envie de toucher le jeune public.

Nala : Tu ne joues qu’en solo ?

HC : Non ! J’ai fait pas mal de jazz avec Philippe Lacarrière. Je suis amené à croiser l’instrument avec des gens comme Emmanuel Bex, Tortiller, Francis Bourrec, Dédé Minvielle. On fera bientôt une scène avec Loïc Lantoine. J’accompagne aussi une chanteuse qui s’appelle Dominique Devalse qui interprête des poëmes de Darouiche. J’accompagne également Lulendo. J’accompagne régulièrement So Kalmery, un chanteur congolais. J’ai aussi accompagné Ghetto Blaster.

Nala : Pour finir, la question rituelle : si tu devais aller boire un verre avec quelqu’un qu’il soit en vie ou pas, ça serait qui ?

HC : J’irais prendre un verre avec Bobby Mc Ferrin.

Nala : Merci Hubert

Hubert : Merci à toi

« Merci à toute l’équipe du Cap qui a été méga cool avec moi,
en me laissant me ballader un peu partout pour faire les photos. »

Nala

Dossier et photos réalisés par Nala – décembre 2006

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