Portraits et interviews

Franck Agulhon

Rencontre ce mois–ci avec un des batteurs français les plus actifs de la scène Jazz. Vous pouvez entendre son jeu fin et énergique au côté de Biréli Lagrene, Stéphano Di Baptista, Pierre de Bethmann, Sylvain Beuf, Flavio Boltro, Sylvain Luc, Eric Le Lann….

N’hésitez pas à aller le voir jouer, vous ne le regretterez pas. Vu son agenda hyper chargé, il passera sans nul doute près de chez vous dans les mois à venir. Allez lui faire un petit bonjour de la part de la TOB.

=== Expérience : apprentissage et métier ===

Tob : Comment as-tu débuté la batterie (autodidacte, cours …) ?

F.A : j’ai débuté la batterie en février 1986 à Marseille avec Philippe Levan. Il m’a donné les ficelles pour accompagner différents styles en me faisant travailler des patterns Funk, Afro, Bossa Nova, Blues, Jazz… de quoi me débrouiller en groupe en fait. Il m’accompagnait au piano pendant les cours. Pour l’anecdote, j’ai enregistré mon premier disque en mai 1986 avec une chorale de jazz/funk. Je ne sais pas comment j’ai fait… A l’oreille je pense, car le fait d’avoir tout de suite joué avec un prof qui m’accompagnait au piano, m’a beaucoup apporté. En parallèle j’ai beaucoup bossé par moi-même dans ma cave dès les premiers mois.

Tob : Comment as-tu vécu ta formation au MAI ?

F.A :Je suis arrivé au MAI (ex-CMCN) en octobre 1990. Je l’ai vécu comme un mec du Sud qui débarque en Lorraine en hiver. (rires). Au début c’était un peu abstrait, mais moi je cherchais un cadre dans lequel je pouvais faire de la batterie toute la journée. A cette époque, c était la seule école qui garantissait au moins une trentaine d’heures de cours par semaine. J’ai rencontré Alain Gozzo, Patrick Buchman, Denis Palatin, Richard Paul Morrellini, André Charlier, qui sont devenu mes mentors et pour certains mes amis. Je cherchais un contexte scolaire dans lequel on pouvait faire se que l’on veut du matin au soir. En arrivant au MAI j’ai tout de suite sympathisé avec Denis Palatin, on a beaucoup travaillé ensemble. Idem avec André Charlier. Richard Paul Morellini m’a pris la tête avec les techniques de caisse claire, les indépendances, et moi je voulais lui montrer que je pouvais y arriver. Merci richard…. Je faisait au moins 15 heures de batterie par jour.

Tob : Après le MAI, pour quelle(s) raison(s) es-tu parti étudier au Etats Unis pour ressortir diplomé du cursus « advanced certificate program » du drummers collective de New- York en 1995 ? (vu sur son site)

F.A : A la fin du MAI, en octobre 1991, j’ai commencé à enseigner au MAI. J’ai commencé à gagner, ma vie, à jouer dans des groupes, je ne suis pas redescendu dans le Sud. En 1994, ou 1995, je commençais à beaucoup jouer, j’étais bien implanté au MAI, et là j’ai ressenti le besoin d’aller plus loin, de ne pas m’asseoir sur ce qui pouvait être acquis. J’ai donc préparé un dossier pour aller aux Etats-Unis, je voulais vraiment me booster.

Tob : Un cursus au MAI (10 000€) et à la Drummers Collective ($6800+logement et vie sur-place). As tu financé cela seul (crédit ?) ou as tu bénéficié d’aide (bourses ou autres sub?) et quelques organismes faut il contacter? en gros comment as tu financé tes études?

F.A : Avant le MAI j’ai beaucoup joué dans des bars et ailleurs, du coup j’ai mis de l’argent de côté. Mes parents m’ont aidé à financer le MAI en mettant le complément (école, hébergement, repas…). Par contre pour New York, j’ai fait une bourse AFDAS (j’étais déjà intermittent du spectacle), qui m’a payé formation, billets d’avion, hébergement et repas. Pour monter mon dossier, j’avais demandé des lettres de recommandation. C’était l’époque des dernières bourses AFDAS pour l’étranger. Pour le système de bourse, il fallait quand même avancer l’argent, tu étais remboursé sur justificatifs (facture).

Tob : Travailles-tu ton instrument tous les jours ? Comment travailles-tu et quoi (technique, son ?…)

F.A : J’ai beaucoup travaillé mon instrument de façon assidu à l’époque ou je faisais moins de concerts. Actuellement j’ai moins de temps pour faire un travail de fond à la maison, ce qui d’ailleurs me frustre. J’aimerais pratiquer plus, mais je ne vais pas refuser de faire des concerts ou des interventions pour me retrouver seul dans ma cave (rires). Mais dans l’absolu j’aimerais passer plus de temps pour développer mes idées et combler mes lacunes.

Mais j’essaye tout de même de bosser quotidiennement ma technique sur des coussins ainsi que ma gestuelle, les épaules…. Je travaille également les répertoires que j’ai à jouer. Si je suis confronté à un style ou un rythme que je ne connais pas vraiment, je fais un travail de fond. Ou par exemple, lorsque la métrique d’un morceau est en 19/4, là je programme la clave sur un séquenceur et je joue par-dessus .Je dois passer par un stade analytique avant d’arriver au stade organique. Quand aux indépendances, systèmes, etc., je les travaille en cours avec les élèves.

Tob : Joues-tu d’un autre instrument ? As-tu travaillé l’harmonie ? Joues-tu des percussions ?

F.A : Non, je ne joue pas d’un autre instrument. J’estime avoir une bonne oreille mélodique, je sais me repérer, j’entend les grilles, retient les mélodies, mais je serais incapable d’écrire un morceau avec une feuille et un crayon.

Quand aux percussions, oui et non. Je les aime toutes, je connais les rythmes, les principaux codes, je joue un peu de congas mais je n’ai pas un brin de son. Je n’ai aucune technique spécifique liée à une percussion. Sauf peut-être les timbalès, ou la caisse claire brésilienne que j’ai jouée en école de samba. Mais j’aime vraiment les percussions, comme les tablas, je n’y comprends rien mais je me régale quand j’en écoute. J ‘ ai d ailleurs un peu étudié les rythmes indiens et j adapte les principes à mon jeu.

Par contre j’utilise souvent la batterie comme une percussion, en jouant avec les mains, ou avec une baguette et une main pour jouer des patterns afro. Je m’inspire des phrasés de percussions pour les adapter à la batterie, j’écoute beaucoup des percussionnistes comme Giovanni Hidalgo, Anga Diaz, Minino Garay, Orlando Poléo, Mamady Keïta et beaucoup d’autres.

Tob : Comment as-tu géré ton parcours scolaire (Bac, etc.…) et ta passion pour la batterie ? Quand as-tu eu envie d’en faire ton métier ? Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

F.A : Au départ, mon père m’a dit que si j’avais mon DEUG, il me laisserait faire de la batterie. Et comme la batterie, j’aimais ça, et que ça marchait pour moi, l’exigence est descendu au BAC. Il est allé voir le proviseur de mon lycée pour que je n’aie cours que le matin certains jours. Comme ça je passais ses après-midi et mes soirées sur la batterie. Tout étais organisé, j’avais des classes aménagées….. (Merci papa) J’ai eu mon BAC au rattrapage ; à l’arracher quoi !!! (Rires), mais je l’ai eu ! J’arrivais souvent fatigué en cours car je jouais déjà 3 ou 4 fois par semaine dans des piano-bar.

La batterie est toujours restée une PASSION, il faut toujours s’amuser et prendre du plaisir à en jouer .Ensuite tout s’est enchaîné naturellement, j’ai eu la chance de faire beaucoup de rencontres (grâce au CMCN). Et un parcours est souvent lié aux rencontres. Daniel Yvinec, André Charlier, Alain Gozzo, Patrick Manougian, sont des gens qui m’ont mis le pied à l’étrier dans le milieu parisien. J’ai un contrat avec TAMA depuis 12 ou 13 ans, grace à Alain qui m’a toujours fait confiance, depuis le début..

Tob : Et le statut d’intermittent du spectacle ?

F.A : C’est délicat. J’ai beaucoup d’élèves qui veulent travailler la batterie pour être intermittent du spectacle. Or je pense que devenir intermittent du spectacle doit se faire naturellement. Sinon ça peut vite devenir un supplice, avec l’obligation de faire des choses qui ne te passionnent pas du tout, comme des soirées que tu n’as pas envie de faire, sous prétexte que tu vises tes 43 cachets. Alors qu’il y a des gens qui ont un travail et qui vont jouer de la batterie toute leur vie avec des potes ; qui vont vivre ça de façon merveilleuse, qui vont s’éclater, et s’épanouir comme cela. Mais travailler son instrument uniquement pour être intermittent ne me semble pas être un bon raisonnement.

Tob : Qu’est-ce qui a selon toi « lancé » ta carrière ?

F.A : Je n’ai pas de notion de carrière. J’ai toujours essayé de bien faire se que j’ai à faire, que ce soit les concerts ( gros ou petits ), les cours au MAI,les cours particuliers, ma première Bat night, la Bag show, les salons, mon premier disque, mon deuxième… En vivant les choses pleinement et sincèrement. Les projets se sont toujours enchaînés et je m’investis avec la même passion et le même enthousiasme dans chacun d’eux.

Franck et Guillaume prennent la pose !

=== Scène===

Tob : J’ai bien apprécié cette photo, ça fait potes dans un bar, sont-ils amis, comment s’est décidée cette rencontre, qui en est à l’origine, quels messages pensent-ils y faire passer lors de cette soirée du 10/03/06 ?

F.A : Je pense être assez proche d’André Ceccarelli, je connais un peu moins Aldo et Daniel. Il n’y avait pas vraiment de message, une soirée à prendre au premier degré. C’était plutôt du fun. Il y avait un beau plateau d’invités, avec 4 batteurs de jazz, chacun ayant leur propre façon de jouer.

Tob : Quel effet ça fait de passer derrière André Ceccarelli et Elvin Jones avec Stefano di Battista ?

F.A : Remplacer dédé est un honneur. J’essaye de jouer le mieux possible, de profiter de cette opportunité pour m’éclater un maximum.

Tob : Te-consacres-tu plus à des formations jazz ?

F.A : Oui, mais un Jazz avec un grand J. Un Jazz au sens large, métissé (traditionnel, hard bop, électro jungle, world, latin, afro, musique contemporaine…). C’est compliqué de définir un style. Qu’est-ce qu’un style ? Je ne joue pas que du Jazz au sens où on l’entend, style « jazz Chabada ».

Tob : Tu joues d’autres styles musicaux ? Si oui lesquels ?

F.A : Moi je viens du Blues et du Funk au départ, même si je n’en ai pas joué des années et des années. J’ai fait beaucoup de caisse brésilienne. Je connais pas mal de styles, que ce soit dans l’Afro, la musique cubaine, ou indienne, mais pas vraiment en profondeur. Ce sont des éléments dans lesquels je pioche pour obtenir différentes couleurs. Ce que j’aime avant tout, c’est l’aspect percussif de la musique, la mise en rythme de sons et aussi la mise en sons de rythmes. Quand j’étais étudiant à Nancy, j’allais souvent à la médiathèque pour écouter plein de CD dans différents styles, de différents pays.

Tob : Quel est ton meilleur concert ? Et le moins bon ? Une anecdote ?

F.A : C’est délicat de définir le meilleur concert. Dans l’absolu, c’est quand tous les musiciens jouent bien, ont la banane, et que le public est en phase avec la musique que l’on joue. Le moins bon, c’est celui où tu réfléchis trop en jouant. Je ne garde pas vraiment souvenir des bons concerts, je retiens plutôt les moyens. J’essaye de me faire le cheminement du « pourquoi » tel concert a été moins bon, pour réagir par la suite. Pour l’anectode, le big « ouwaou » que j’ai ressenti en remplaçant André Cecarreli avec Stéphano Di Batista. André, je le voyais en masterclass quand j’avais 18 ou 19 ans, et la première fois que je l’ai remplacé, j’ai eu mon petit moment » émotion ».

Tob : Ressens-tu du stress avant un concert et si oui comment le gères-tu ?

F.A : Oui, je ne sais pas si c’est du stress mais je ressens un truc. C’est directement lié à la journée que je viens de passer ? Si je suis fatigué par exemple, j’y suis un peu plus sensible. Je le gère en buvant de l’eau, en faisant des étirements, en essayant de discuter d’autre chose que ce qui va se passer. Je ressens toujours du stress, mais avec le temps et l’expérience, je le gère mieux. Mais c’est tellement aléatoire le stress, parfois j’ai des grosses manifestations, filmées, enregistrées, où je ne le ressens pas. Parfois je joue dans un petit club devant 30 personnes, et là une personne bien particulière rentre, et la pression monte.

Tob : Est ce que tu t’échauffes avant de jouer ? Comment ?

F.A : Je m’échauffe pour les master class, car pour commencer en solo, mieux vaut être chaud un minimum.. Quand tu dois jouer 45 mn tout seul, et que tu n’es pas chaud, y’a un coup dans les 20 mn où ça commence à tirer sérieusement. Pour m’échauffer, je m’étire les épaules, les bras, les jambes, etc.… Parfois je me met par terre sur le dos pour faire de la respiration, parfois je fais des frisés sur un coussin, mais sans forcer. En concert, généralement, je fais monter la sauce petit à petit, je commence cool.

Tob : Comment abordes-tu tes master class. Je t’ai vu partir dans des improvisations de plus de 45 min. Comment les idées s’enchainent-elles ? Comment construis-tu un solo ? Qu’as-tu en tête (une clave, un thème…)

F.A : Le grand truc que j’ai en tête, c’est d’essayer de me surprendre moi-même pour surprendre les gens en face de moi. Je cherche et creuse mes limites techniques. J’essaye d’aller là où je ne suis jamais allé. J’aime bien prendre des risques, ça m’oblige à me mettre à l’épreuve. En fait j’exploite mes forces, mes qualités, et j’explore mes défauts.

Pour ce qui est des solos, j’essaye de penser aux possibilités que j’ai avec une batterie. Je n’ai pas de double pédale, pas de china, pas 32000 toms. Je peux jouer avec les mains, avec une main et une baguette, avec des mailloches, ou une mailloche et une main, mailloche/baguette, balai/baguette… Je travaille toutes ces possibilités, et c’est avec tous ces timbres que je construis mon discours en solo. Parfois je construis un discours autour des toms, sans son aigu type cymbale ou charley. Parfois je pars d’une polyrythmie que je joue aux pieds et je joue le haut contre le bas. Je peux également partir d’une clave (bembé ou cascara par exemple) que je joue à la main gauche (Franck est gaucher) et j’organise mon solo autour.

=== Studio ===

Tob : Comment prépares-tu tes enregistrements ?

F.A : J’essaye de connaître les morceaux par coeur en arrivant au studio. J’aime bien m’installer tranquillement, faire le son de batterie en essayant d’aider l’ingénieur. J’arrive avec un bon set de cymbale, pour trouver celles qui conviennent le mieux au projet. Puis je me concentre pour bien jouer et ne pas refaire des prises à cause de moi. Souvent je prends les tempi au métronome avant de jouer, pendant que les autres se préparent. Car avec le stress ou la concentration, on peut prendre le morceau trop vite ou trop lentement. J’essaye de rester calme avant la prise, et de rester concentrer tout le long.

Ce qui est super important en studio, c’est d’avoir un bon retour casque. Il faut trouver l’équilibre entre le retour batterie et l’orchestre. Si le son de batterie est trop fort par rapport aux autres musiciens, on aura tendance à jouer moins fort, et inversement. Le gros problème du studio c’est ça pour moi. Savoir jouer le son comme on le jouerai live, tout en ayant les oreilles « bouchées » par le casque. Ca prend des années pour trouver le bon compromis.

Tob : Répétez-vous en groupe ? Ou arrivez-vous en studio avec les thèmes en tête sans avoir répété pour plus de spontanéité ?

F.A : C’est un peu un mélange des 2 en fait. Souvent on répète beaucoup avant, on fait quelques concerts. Puis on s’aère l’esprit quelques jours. Ainsi on arrive en studio frais et dispo, avec les structures en tête. C’est souvent les premières prises qui sont les meilleures.

=== Pédagogie ===

Tob : Tu es intervenant au MAI de Nancy. Beaucoup de Tobiens se posent des questions sur cette école. Peux-tu nous la présenter ?

F.A : Bah faut allez sur le site (rires). Pour quelqu’un qui VEUT vraiment, je trouve que l’école est un outil redoutable, tu peux en témoigner. Pour quelqu’un qui vient à Nancy en touriste, c’est redoutable aussi, mais dans le sens inverse (rires). Mais il y a de la matière, tu peux étudier pleins de choses. C’est une école pluridisciplinaire qui permet aux étudiants de ne faire que ça. Mais il faut y aller motivé.

Il y a une super équipe pédagogique, c’est un lieu de rencontre. C’est quand même destiné à des gens qui en veulent, il faut y aller pour bosser sinon tu perd une année. C’est un poil plus métal qu’avant. Mais quelqu’un qui est attiré par le jazz ou le world y trouvera son compte.

Tob : Quels sont les avantages et les inconvénients d’une telle école ?

F.A : Tu peux faire de la musique 24H/24. Les inconvénients c’est que tu n’es pas « serré » monstrueux. Si tu veux rester le matin dans ton lit, tu peux… C’est pour ça que si tu n’es pas motivé, c’est chaud !

Tob : Tu interviens au CMDL également ?

F.A : C’est une autre très bonne école, située à Dammarie les lys, qui est beaucoup plus orientée Jazz. Le niveau d’entrée est beaucoup plus élevé qu’au MAI par exemple. Les intervenants sont André Charlier, Karim Ziad, Mokhtar Samba, Stéphane Huchard, Stéphane Galland et Moi.

Tob : Lors de tes masterclass et déplacements, quels écoles t’ont particulièrement marqué en France et pourquoi ?

F.A : Les personnes me marquent plus que les structures. Je suis allé au CIAM à Bordeaux, Tous en scène à Tours, aux conservatoires de Lyon, Marseille, Montpellier, à l’ADRIEM de Lille, etc… J’ai toujours été accueilli par des gens passionnés, à partir de là… Toutes ces rencontres, avec les organisateurs, profs ou élèves ont été enrichissantes.

Tob : Quels thèmes abordes-tu en cours ? Quel est LE message que tu veux faire passer ?

F.A : Ca dépend du niveau des étudiants. Mon message : toujours prendre du plaisir à jouer et surtout à travailler !

Tob : Quelles sont les méthodes indispensables à travailler selon toi ?

F.A : Y’en a plein : le « Stick Control », les bouquins de Garee Chaffee, le premier de Gary Chester, « the New Breed », les indépendances de Jim Chapin. Les textes des méthodes Agostini m’ont beaucoup servi de support pour les systèmes jazz et autres. La méthode de Jack Dejohnette également.

Avec le recul, c’est très important de travailler les rudiments, et de les mettre directement en application en Musique. Donc travailler, roulé, frisé, ras… tout en travaillant des patterns d application dans différents styles de musique.

Tob : Penses-tu qu’il soit nécessaire de maîtriser le solfège ?

F.A : Nécessaire non, ça ne fait pas des meilleurs musiciens, mais ça fait gagner beaucoup de temps. En répétition par exemple, ou pour travailler des méthodes de batterie.

Tob : Comment définirais-tu les concepts de Tempo et de Pulsation ? Comment travailler ces notions ?

F.A : C’est avant tout un travail intérieur . Pour moi le tempo, il ne bouge pas. Par contre il peut y avoir une pulsation droite (métronomique, style pop, rock, électro), ethnique (afro, magreb), ou élastique (circulaire, style jazz).

Pour les travailler, faut écouter un maximum de disques dans différents styles pour se nourrir des différentes cultures ( gnawa, cubain, death métal, tambours bata…). Il faut ensuite essayer de ressentir l’essence des rythmes. En gros il faut Ingurgiter une musique ou un musicien, mixer, étudier et appliquer, puis appliquer à son univers.

Voici pour vous 2 partitions offertes par Franck pour vous permettre de travailler !

Fichiers pdf à télécharger :

Interprêtation ternaire

Exemple de chabada

 

=== Musique / jazz ===

Tob : Toi qui a commencé par le binaire, quels conseils peux-tu donner à un batteur qui veut s’initier au jazz? Quels sont les pièges à éviter?

F.A : Il faut déjà en écouter. Prenez des disques références, comme « Kind of Blue » de Miles Davis, écoutez le au casque et travaillez la cymbale. Le piège à éviter est de penser que le jazz est une musique de « Tapette » (rires). Pour avoir vue Elvin Jones jouer de près, je peux te dire qu’il tape 10 fois plus fort que le batteur de Slipknot ou de Dream Theater.

Tob : Comment as-tu travaillé ta technique de balais?

F.A : Je ne suis pas un spécialiste. J’ai beaucoup travaillé en observant d’autres batteurs jouer les balais (Ceccareli, Dejohnette, Steve Gadd…). Autant dans le jeu que dans la position des mains, des épaules. Je suis assez à l’aise dans des tempi lents et médium. Mais pas super au point pour des tempi rapides.

Tob : Où vas-tu chercher ta philosophie de jeu (cette manière si personnelle et géniale d’improviser, arsh2046) ?

F.A : (Géné) Merci… J’essaye de penser à la fois à Elvin Jones, Tony Williams, Trilok Gurtu, Mamady Keïta, Bill Stewart, Jim Black, Dennis Chambers, Vinnie Colaiuta… Toutes ces influences se mêlent et forgent un vocabulaire spécifique.

Tob : Comment abordes tu le « swing » dans le Jazz ?

F.A : C’est déjà très dure de faire swinguer un morceau, pour un mec blanc né à Marseille. Je n’ai pas de concept de swing à proprement parler. J’écoute des disques avec des grands batteurs de Jazz, et je joue avec eux. J’essaye de reproduire le son, ça implique une certaine gestuelle. Mais en général, ça ne dure que quelques secondes. Quand tu brodes autour, ton background revient. Un batteur arrivant à jouer ces trucs à la phillyJo Jones est Mourad benhammou.

Tob : Les méthodes peuvent elles permettre de travailler le swing efficacement ?

F.A : Non, les méthodes permettent de développer le vocabulaire, mais cela ne vaut que quand on a compris les codes propres au jazz : Charley jouée sur 2 et 4, et pas sur le 1 et 3 ; ne pas faire toujours des breaks qui ramènent sur le 1, essayer d’être à cheval sur les mesures ; ponctuer les thèmes, les formes, écouter le soliste, travailler l’accompagnement avec le pianiste, coller à la basse…

Mais le meilleur moyen de comprendre comment tout cela fonctionne est de jouer sur des disques.

Tob : Faut-il un niveau certains en jazz avant de jouer dans une formation ?

F.A : Si on connaît les codes, on n’a pas besoins d’une grosse expérience, ou d’un gros niveau technique. Par contre jouer en formation fait vraiment progresser, car on met son travail en application.

Tob : Pour toi, être musicien de jazz est-il un aboutissement, ou penses-tu que tous les styles de musique soient aussi respectables ?

F.A : Toutes les musiques sont respectables. Tous les mecs qui jouent à haut niveau dans leurs styles sont très forts et très respectables. C’est vrai que beaucoup de musiciens rock ou métal s’ouvrent au jazz. Mais le jazz n’est pas forcément une musique élitiste.

Tob : Dans le monde du jazz, comment s’élabore un morceau ? Est-ce le leader qui ramène la matière première ? Composez-vous en groupe ? Vu le niveau de chacun, y a t il des répétitions régulières ou c’est  « rendez-vous sur scène » ?

F.A : Il y a plusieurs possibilités pour l’élaboration d’un morceau. Soit on a les partitions au moment des répétitions, soit on a un Mini-Disc avec les morceaux maquettés pour travailler sa partie par-dessus. Souvent le leader amène la matière première, et les musiciens apportent leurs idées. Les idées sont libres, si on propose des arrangements, on les essaye en répétition. Et oui, il y a toujours des répétions.

Tob : Qu’est ce qui fait que l’on « catégorise » une musique dans le style Jazz ?

F.A : Les médias. Ou quand la musique est instrumentale. Mais toutes les musiques actuelles proviennent du Jazz. Il faut apprendre à connaître la filiation des groupes qu’on écoute, Led Zep provient du Jazz. Et les jeunes générations devraient s’ouvrir aux musiques qui ont influencé leurs idoles.

Tob : Il semble exister plusieurs sortes de jazz, probablement dues aux différentes périodes ;quels sont les grands courants,la (ou les)grande période de la musique jazz? Quels disques sont indispensables ?

F.A : « Kind of Blue », « Steamin’ », « Sorcerer », « Nefertiti » de Miles Davis, « A Love Supreme » de John Coltrane, « En route » de John Scofield, « Alegria » de Wayne Shorter, « Mood Swing » de Joshua Redman, « Empyrian Isles » de Herbie Hankok, le « Live at the Blue Note » du Keith Jarret Trio ou encore « Dark Keys » de Branford Marsalis.

Tob : Pas mal de tobiens semblent ne pas trop connaître ce style. Beaucoup sont plutôt adepte de musique « bourrine ». On peut entendre beaucoup de préjugés sur le jazz : musique compliquée, « intellectuelle » …etc . Penses-tu que le jazz soit une musique « élitiste » ?

F.A : C’est une musique qui doit s’écouter, et non pas s’entendre. Ca n’est pas une musique basée uniquement sur l’énergie, sur le fait que ce soit fort, ou liée à une image, à un look ou une attitude. C’est une musique qui s’écoute pour ce qu’elle est, point barre. C’est une musique compliquée, parfois, élitiste, parfois, mais comme beaucoup d’autres musiques, ça n’est pas propre au jazz. Chacun doit trouver sa voie. Il faut aussi prendre le temps d écouter un disque une ou plusieurs fois avant de se dire, on aime ou non.

Tob : Il y a t’il un secret pour travailler son chabada ?

F.A : Les disques, si secret il y a c’est de jouer sur des disques.( jouer la ride pendant des heures sur « kind of blue » de miles davis … quel pied !!!!

Tob : Comment as-tu travaillé le « up-tempo » (tempo rapide) ?

F.A : En essayant de réduire au maximum les tensions entre les épaules, les bras, les avant-bras, les poignets et les doigts. Essayez de voir des vidéos, ça aide beaucoup.

Tob : Comment abordes-tu les mesures impaires ?

F.A : Soit de manière mathématique, soit de manière orale ( en gardant un compte à la voix ), ou de manière instinctive avec des claves. Parfois de manière mélodique, en essayant de m’imaginer une ligne de basse. En général c’est la ligne de basse qui me sert de clave. J’essaye de me familiariser avec toutes les métriques que je dois jouer et de me sentir, en terme de phrasé comme sur des mesures paires.

=== Matos ===

Tob : Un p’tit descriptif de ton matériel (batterie, cymbales, peaux, baguettes, hardware, flight-case), tes choix et les raisons de ces choix…

F.A : Je joue des batteries Tama, Starclassic Mapple, avec Grosse caisse de 18×14, tom de 12×8 et 14×14 et caisse claire de 14×6,5 ou 5,5. Mes peaux sont des Remo ambassador sablées. Mes baguettes sont des Vic First modèle ID10 swingger, hardware Tama et flight-case Hard Case. Mes cymbales sont des Zildjians (K constantinople médium ride de 22, light ride de 20).

Tob : Es-tu un adepte des fûts courts ?

F.A : Oui car j’aime bien quand ça claque.

Tob : Comment t’accordes-tu ?

F.A : A l’oreille. En essayant d’adapter le son que je veux à la salle et au contexte.

Tob : Es-tu plutôt érable ou bouleau ?

F.A : Erable.

Tob : Changes-tu souvent de cymbales ?

F.A : J’en ai beaucoup, j’aime beaucoup en changer, les mélanger. Travailler des cymbales préparées, les unes empilées sur les autres, ou sur les toms (à écouter l’album Tikit avec Pierre Alain Goualch).

Tob : Que recherches-tu dans une ride ?

F.A : Qu’elle ait un truc particulier, qu’elle corresponde à ce que je veux entendre et qu’elle colle parfaitement à ce que je dois jouer. Qu’elle ai « des couilles et une âme » (rires).

Tob : Penses-tu que certaines cymbales se bonifient avec l’âge?

F.A : Oui c’est sur. Toutes les cymbales se bonifient avec l’âge.

=== Epilogue ===

Tob :Nous avons récemment interviewé Julie Saury  …

F.A : J’ai connu Julie lorsqu’elle était élève au CMCN. C’est une amie, Musicienne, autant à l’aise dans le swing, que dans le funk ou le latino. Elle est très polyvalente.

Tob : Pour finir, la question rituelle de Tob! Avec qui aimerais tu aller boire un verre (qu’il soit vivant ou non) ?

F.A : mon papa .

Dossier réalisé par Guillaume Pihet

Laisser un commentaire