Portraits et interviews

Jean-Phillippe Fanfant

Fanfant Family

Une partie de la famille Fanfant est venue animer un master-class, organisé par l’école de musique Music Plus de la ville de Drancy (Seine St Denis). Le célèbre Jean-Phillippe Fanfant (batteur !) et le non moins célèbre Thierry Fanfant (grand frère de JP et bassiste) sont venus en toute simplicité, (mais d’une efficacité remarquable) faire part de leur expérience de musiciens et donner leurs points de vue sur ce qu’est « faire de la musique ».

Installés tous deux sur une petite scène, équipée de deux batteries (une pour le Maitre et l’autre pour les participants) et de deux basses, pour les mêmes raisons !

Le master-class a débuté par une présentation rapide de leur part dans la bonne humeur, puis par la première explication de Jean-Phillippe, à savoir, comment il aborde le réglage de sa batterie :

« Alors pour ma batterie, je joue sur DW, je suis endorsé avec eux. Mais la batterie est bloquée sur l’émission (La Nouvelle Star) donc je n’ai pas pu l’emmener aujourd’hui. Pour cette raison, je vais jouer exceptionnellement sur Gretsch.

Pour la caisse claire, je règle assez tendue la peau de frappe. En dessous aussi c’est tendu, mais en fait, au départ je la règle sans le timbre : j’essaie de trouver une note qui soit agréable déjà à l’oreille.

Pour le timbre, je ne le serre pas trop en fait : c’est plus facile pour pouvoir faire des frisés. Car si c’est trop tendu, il faut jouer un peu plus « serré », et moi je préfère un jeu un peu plus large, un peu plus « baveux » comme on dit. Donc je ne le serre pas trop.

Pour les toms, c’est un peu à l’oreille. Je n’ai pas vraiment de notes précises. Je sais qu’il y a des batteurs qui accordent avec des notes précises, mais moi c’est à l’oreille. Je règle avec le système en croisé, système connu par les batteurs. Je règle en dessous aussi, c’est important.

Il ne faut pas hésiter, quand on a des peaux neuves, à les tendre au maximum, puis à desserrer par la suite pour accorder. Parce que si on met les peaux neuves et qu’on l’accorde de suite, les peaux n’ont pas le temps de se faire à la forme des toms, donc il faut vraiment qu’elles soient très tendues au départ puis après on les détend pour accorder.  »

Après ces premières explications, Jean-Phillippe et Thierry ont joué un morceau composé par Thierry, morceau qui fait partie de son album. Il nous a été précisé que les frangins n’avaient jamais joué ce morceau ensemble…Ca met tout le monde d’accord !

(cliquez sur le bouton droit de la souris et faites « enregistrez la cible sous »)

Puis, le master-class s’est poursuivi.Les différents sujets abordés par JP-F ont été :

  • LE TEMPO

Pour résumer, on sait que le tempo est très important et JP-F dit qu’à un ou deux points près (c’est-à-dire à 95 bpm ou à 96/97 bpm par exemple), un morceau peut être estimé joué trop vite ou trop lentement par le chanteur car cela s’entend vraiment, donc il est, à son avis, important d’être familier avec le click.

Pour travailler le tempo, JP-F préconise un exercice qui consiste à jouer un pattern simple à disons 95 bpm, de s’habituer à le jouer et lorsque c’est acquis, de descendre le tempo d’un point seulement (donc 94 bpm). Il dit qu’il est plus difficile de ralentir que d’accélérer, car naturellement, on a cette tendance à accélérer.

Le principe de cet exercice est de penser à placer chaque coup que l’on fait un peu plus derrière (« lay back ») comme on dit.

Il est très important pour un batteur de savoir se placer par rapport à la musique, pour jouer soit un peu plus « up », c’est à dire légèrement devant par rapport au temps, pour pousser, ou bien se mettre au fond du temps, où chaque coup est bien pesé. Un batteur doit être précis par rapport à ça et ce genre d’exercice est très efficace.

Bien sûr, on peut choisir n’importe quel tempo au départ, mais le principe reste le même : descendre d’un point lorsque l’on arrive à le faire tourner.

  • LA NUANCE

Souvent, lorsque l’on baisse le volume sonore, on a tendance à perdre l’énergie et donc le tempo, parce que l’on hésite un peu étant moins habitué. L’idée est de prendre des repères (musicaux) par rapport à un intrument, ou bien de chanter ce que l’on joue pour rester dans le tempo. Il faut essayer de toujours avoir un « drive » dans la tête, pour que le tempo ne bouge pas. Voici un exercice très important à faire, car il permet de contrôler son niveau.

Comme d’hab, les images sont plus parlantes que les grands discours. (désolée si la vidéo s’arrète brusquement, plus de place sur la carte!!) (vidéo la_nuance)

(cliquez sur le bouton droit de la souris et faites « enregistrez la cible sous »)

  • LE CHORUS (ou solo)

Malheureusement, je ne peux vous détailler tout ce qui a été dit (fallait venir hein!!!), mais ce que j’en ai retenu, c’est qu’il est conseillé de ne pas  » envoyer  » dès le départ, mais plutôt de commencer doucement, et de construire progressivement.

  • LE PLACEMENT

Le placement dans la musique a aussi été abordé. Ca rejoint un peu le discours sur le tempo, mais cela rajoute la notion de  » relief  » musical, dans le sens où, au sein d’une même chanson ou d’un même morceau, il peut y avoir un couplet (ou une partie) joué un peu plus devant et un refrain joué un peu plus au fond du temps (ce n’est qu’un exemple!); faire donc des parties plus  » nerveuses  » ou plus  » détendues  » comme l’a dit Thierry et de s’en servir dans le même morceau.

Il est intéressant de se servir des différentes dimensions (fort/pas fort, large/serré etc) pour sortir du morceau linéaire. C’est ce qui donne une empreinte personnelle dans la façon de jouer la musique. Car les frangins pensent qu’il est important d’avoir une identité en musique, une couleur personnelle.

Au départ, il est possible de copier et de s’influencer des musiciens que l’on aime, mais ensuite, c’est important de trouver son identité, sa couleur, son son, sa personnalité. Donc faire les choses parce que vous les pensez comme ça et qu’il n’y a que vous qui les pensiez comme ça.

Les deux heures se sont écoulées sans que je n’ai vu le temps passé. D’autant qu’il y a eu beaucoup d’inter-activité, car les gens ont posé de nombreuses questions auxquelles JP-F et Thierry ont répondu en toute simplicité. Je n’ai qu’un seul regret : il était prévu de faire participer quelques participants volontaires pour venir jouer sur scène afin de profiter des conseils en live des deux musiciens, mais par manque de temps, et du fait de toutes les questions posées par le public et des réponses apportées par les frangins, cela n’a pu être possible. Ca aurait été à coup sûr très instructif pour nous.

En tous cas, j’adresse un grand merci à l’école Music Plus de Drancy, pour avoir organisé ce master-class, et plus particulièrement à David Gerbi.

Et bien évidement super big up pour Thierry et Jean-Philippe Fanfant qui sont venus animer ce master-class avec brio.

Il est clair que l’image qu’il me reste d’eux est l’image de gens simples, très accessibles, sympas avec de l’humour (ce qui ne gâche rien!), rigoureux dans leurs explications et dans leur boulot, bref, la liste serait trop longue !

Si c’est ça être musicien,je veux bien l’être!

PS : Thierry, n’oublie pas!! Rendez-vous dans 2 ans!!!

Interview Jean-Phillipe Fanfant

Tob : Peux tu nous décrire brièvement ton parcours de batteur ?Ta formation de batteur, les étapes déterminantes ?

JPF : J’ai commencé à l’âge de 15 ans dans le groupe de mes parents avec Thierry aussi qui était à la basse. J’ai remplacé mon père (batteur), et parallèlement, j’ai pris des cours de batterie à l’école de Dugny(93). J’ai commencé doucement comme ça : avec mes parents, on jouait tous les week-end dans des bals. Pour moi l’étape importante, c’est après l’armée où j’ai rencontré Angélique Kidjo pour qui c’était aussi le départ. J’ai donc commencé à tourner avec elle. Elle commencait avoir du succès. On a commencé à voyager, et moi mes premiers concerts (à 22 ans après l’armée), c’était Australie, Etats-Unis. Déjà tout jeune, je me suis dit :  » whouaw,c’est super la musique!! « (rires)

Après, ça s’est enchainé assez rapidement. Donc j’ai eu beaucoup de chance en fait. J’ai tourné avec Touré Kunda…

C’est toujours par des rencontres que j’ai pu faire des tournées. (Julien Clerc, Maxime Leforestier, Gotainer, Marc Lavoine, Bernard Lavillier).

Tob : Est qu’il y aurait un artiste avec lequel tu aurait vraiment envie de tourner?

JPF : Whoua!! Ben y’en a plein!! Prince par exemple, Sting, Peter Gabriel. Mais bon, je ne suis pas en attente de ça. Je suis musicien et je fais de la musique. Il n’y a pas untel est meilleur qu’un autre. Je pense que dans la musique, tout le monde a des choses à dire.

Tob : Quels sont tes préférences musicales actuellement ?

JPF : Moi c’est sûr, par rapport à ma culture, je suis plus tourné vers les musiques des Caraïbes : ça fait des années que je joue avec Mario Cannonge, on a monté plusieurs projets ensemble, et c’est vrai que naturellement je suis plus tourné vers ces musiques. Mais je suis un musicien quand même assez ouvert, et étant né en France, j’ai aussi la culture européenne que je ne renie pas du tout. J’ai aussi cette influence et c’est pour ça que j’ai cette facilité d’adaptation. Je suis à l’aise aussi bien aux Antilles, qu’en France, qu’en Allemagne, qu’en Europe. Je profite de ma double culture.

Tob : Qui est pour toi le batteur de référence ?

JPF :Il y a un batteur qui m’a donné le goût de travailler l’instru et d’en faire mon métier, c’était à un concert de Sixun, j’avais vingt ans, et je suis allé voir Paco Séry. Et j’ai halluciné : je ne pensais pas qu’on pouvait jouer de la batterie comme ça quoi ! (avec autant d’aisance) Alors, je me suis dit : « là je vais vraiment travailler l’instrument  » j’ai arrété d’aller à la fac. C’est Paco Séry qui m’a donné le déclic.

Tob : Sur ton site, il y a un lien qui dit que Billy Cobham parle de toi, mais il ne fonctionne plus. Tu peux nous expliquer?

JPF :Billy est venu à un concert de Sakesho, mais je ne savais pas qu’il était dans la salle. Et après le concert, je l’ai vu, je me suis dit : « c’est marrant, il ressemble à Billy Cobham ! » Et Andy Narell qui le connait bien m’a présenté à Billy. Il a vraiment craqué et m’a dit que c’était super. Il m’a demandé pourquoi je croisais (ndlr il me mime le geste des mains croisées). Alors je lui explique l’origine du rythme de la biguine. Il m’a dit  » super job !  » et après, il a parlé de moi sur son site.

Je l’ai revu après au New Morning, pour lui apporter un cd de SaKeSho, et quand il m’a vu, il m’a vraiment fait un bel accueil. Ca m’a fait super plaisir.

Tob : Au niveau matériel, il semblerait que ton équipement batterie ait changé : la sollicitation est venue de toi ou d’eux ?

JPF : Alors maintenant je suis endorsé DW pour la batterie, Sabian pour les cymbales et Vater pour les baguettes.

Tob : Quelles sont les conditions imposées pour être endorsé par DW ?

JPF : Disons qu’il faut être un peu exposé et accompagner des gens connus. C’est vrai que je fais de la télé pendant 3 mois, c’est un prime à 20h50, donc j’ai eu DW. Mais je pouvais avoir Yamaha ou Pearl. Mon choix personnel s’est porté sur DW parce que ça fait longtemps que je voulais être endorsé avec eux. J »ai eu l’endorsement via l’émission « à la recherche de la nouvelle star « .

Les cymbales Sabian, ça fait une dizaine d’années que je les utilise, depuis la tournée de Julien Clerc, donc depuis 94.

Tob : A quelle fréquence travailles tu ton instrument ?

JPF :Plus jeune, je travaillais beaucoup l’instrument. Je travaillais tous les jours, le matin de 10h à 12h, pause puis de 14 à 17h/18h. Mais j’aime toujours travailler. Quand j’ai des moments à moi, je me repose, mais sinon si j’ai vraiment pas de boulot, je vais travailler.

Tob : Travailles tu un truc précis en ce moment ?

JPF : Non mais je me souviens quand j’étais plus jeune, j’allais dans la cave travailler que la grosse caisse. Donc, je mettais le métronome, et je tapais les temps (il tape avec son pied), puis les croches, puis les triolets. Et ça m’a beaucoup apporté de précision. Je travaillais pied droit et pied gauche et ça m’a vraiment apporté une assise et de la précision. Souvent les gens bossent la GC avec le reste mais là, je ne travaillais vraiment que la grosse caisse avec le métronome, je n’avais pas de baguette. Et c’est un travail qui a porté ses fruits par la suite.

Tob : Peux tu nous donner ta définition du groove ?

JPF : Le groove…Bon c’est un mot américain, mais ça veut dire  » feeling « . C’est quoi le feeling. C’est du ressenti, c’est à dire que tu vas faire un rythme : on peut le faire basique, ou… le jouer en le ressentant. Il faut le sentir quoi. Le groove c’est une façon personnelle de sentir comment jouer un rythme.

Les américains quand ils pensent groove, ils pensent beaucoup à la danse. Quand ça groove, il faut que ça danse quoi. Et je reviens à un truc important, c’est le jazz : beaucoup de jazzmen français oublient ce coté  » danse  » quand ils jouent. Et le jazz américain, c’est différent : ça peut être très technique, mais ça reste dansant : il y a un swing. Il ne faut pas oublier ce côté là.

Tob : Ca veut dire que le groove c’est inné? Quoi faire pour l’améliorer ?

JPF : Oui et non. Ca peut se travailler. Si on sent pas, il faut écouter la musique, la danser. Pour un batteur, c’est important de danser. Peu importe si on danse bien ou mal. Mais quand on danse, on a un mouvement de corps qui est très important. Donc c’est ça le groove, le feeling et la danse.

Tob : Tu joues énormément de style différents, quel style musical préfères tu jouer, et quel est ton tempo préféré ?

JPF : Non non non. Il peut y avoir un tempo par rapport à un rythme. Par exemple une biguine, ça sera autour de 100(bpm). Non je n’ai pas de tempo défini. Je joue par rapport à la musique. Comme je l’ai dit au master-class, je pense plus  » musique  » que  » batterie « . J’aurais pu faire un autre instrument, mais j’ai fini par choisir celui là.

Tob : D’ailleurs tu as dit tout à l’heure (pendant le master class) que tu voulais faire de la guitare ! On te voit jouer en ce moment chaque semaine dans une émission, comment se passe la préparation d’une émission hebdomadaire (sachant que vous jouez de nombreuses chansons de styles différents) ? De combien de temps disposez vous pour apprendre les morceaux ?

JPF : On a 3 jours de répétitions : le lundi c’est que la musique (sans les candidats), le mardi matin, on fait avec les candidats qui découvrent les chansons et le mercredi, on travaille avec les caméras, comme ça le soir en direct c’est rodé.

Tob : donc vous n’avez que le lundi pour apprendre l’ensemble des chansons ?

JPF : Oui oui, on n’a qu’une journée pour apprendre les chansons. Mais c’est assez orchestré et huilé parce qu’il y a les partitions, et un travail en amont par le chef d’orchestre.

Tob : Pour toi, jouer en concert et jouer en live dans cette émission, c’est pareil ?

JPF : Ben c’est un mini-live concert on va dire : parce que on joue 3 minutes une chanson, mais il y a du public, alors on a quand même la pression un peu comme en concert. Bon c’est sûr qu’en concert je joue plus je vais transpirer d’avantage, et que l’émission à ce niveau, c’est plus cool car on joue moins, mais tu retrouves quand même un peu les sensations que tu peux vivre en concert.

Tob : Quelle est ton actualité à part M6 ?

JPF : Je vais sortir une méthode de batterie qui va paraitre au mois de septembre. C’est une méthode qui traite des rythmes caribéens. J’y explique les grooves caribéens. La démarche de la méthode, c’est de partir du bas des Caraïbes (Trinidad), et de remonter jusqu’en haut (Cuba). Donc ça fait, Trinidad, Martinique, La Dominique, la Guadeloupe, Porto-rico, St Domingue, Haïti, Jamaïque et Cuba.

Ca comprend environ une centaine de grooves, avec un support audio et des bonus vidéos au format quick time.

Tob : Tu es venu avec ton frère animer ce master-class dans le 93 : qu’est ce que vous voudriez que les participants aient retenu en partant d’ici ?

JPF : Ben surtout l’attitude positive d’un musicien. Le travail sur l’instrument, la rigueur et surtout le respect. C’est très important le respect : respect quand on joue avec d’autres musiciens, ne pas s’imposer : c’est pas parce que on fait de la batterie, qu’on va faire tout de suite un solo ! Parfois les batteurs sont tentés de tout donner tout de suite : il faut savoir attendre son moment pour le faire. Le message serait bosser avec rigueur, partager et respecter.

Tob : Cest facile de bosser en famille ?

JPF : Oui oui c’est facile. C’est plus facile de dire les choses : on va prendre plus de gants pour dire aux gens qu’on ne connait pas.

Tob : la question traditionnelle : avec qui voudrais tu aller boire un verre, qu’il soit vivant ou non ?

JPF : Moi,il y en a un dont le parcours m’a impressionné, c’est Charlie Parker. Je trouve que son histoire est incroyable. C’est un génie qui n’est reconnu que tardivement (comme d’autres d’ailleurs).

Dossier réalisé par Nala- Juin 2006

 

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