Visites chez les fabricants et importateurs

ART CUSTOM DRUMS part 1/2

Philippe BOURGUIGNON, artisan www.artcustomdrums.com

Partie 1/2 : Interview

Introduction

Tiens ? Il existe en France un artisan qui réalise des batteries custom ? Comment ??!! Il habite l’Isle sur la Sorgue à soixante dix kilomètres de chez moi ? (Tout près d’Avignon, dans le 84). Mais c’est une bonne nouvelle ça !! D’abord parce que ce genre d’entreprise ne court pas les rues, ensuite parce que j’ai un tom dont j’aimerais changer la finition et enfin parce que ça peut nous faire un bel article pour notre chère Toile.

Premier contact par mail, sous le prétexte de la restauration du tom, la réponse fut très rapide. Rendez-vous pris par téléphone pour étudier la faisabilité de la chose, et hop, quelques jours après je me pointe à l’Isle sur la Sorgue.

L’homme, une bonne quarantaine détendue, d’un abord chaleureux, m’accueille à son domicile, qui abrite également le petit atelier dans lequel il officie, seul. Une fois exposé mon problème de fût et les différentes solutions envisageables, je lui présente succinctement la TOB et lui propose ce projet de dossier concernant « sa petite entreprise ». Une réponse positive ne tarde pas, dés qu’il a pu prendre connaissance du site. Il y est d’ailleurs devenu depuis un « forumeur » assidu.

Stéphane (un ami de NoName et VG4)

Peu de temps après (le 06 octobre 2005), en compagnie de Vincent (alias Vg4) et de Stéphane (un excellent ami batteur), nous sommes amicalement reçus par Philippe et son ami/professeur de batterie, dans un studio d’enregistrement/répétition, dans lequel trône une magnifique DW noire (celle du prof) ainsi qu’une superbe batterie ambre (une Art Custom !) et quelques caisses claires.

Philippe faisant décidément bien les choses, c’est autour d’une petite collation que s’engage une discussion à « bâtons rompus » de plusieurs heures, dictaphone sur « ON », esgourdes et mirettes grandes ouvertes !

Tob : Depuis combien de temps as-tu cette activité ?

Plus de deux ans, j’ai commencé par de la restauration, comme enlever un revêtement pour changer de finition…ce qui a rapidement posé le problème du bois trouvé en dessous….

Cela fait un an que le site est en ligne et que j’ai commencé à fabriquer des produits en faisant de la recherche sur le son, en me posant certaines questions sur l’influence de la forme des chanfreins par exemple.

Tob : As-tu une formation de menuisier ou d’ébéniste, ou as-tu appris sur le tard ?

J’ai eu deux entreprises en tant qu’artisan du bâtiment, mais je travaille le bois depuis très jeune. J’ai fabriqué ma première batterie vers huit ans, avec deux chaises inversées, des tendeurs et des plats fixés dessus…. Puis j’ai fait du modélisme avion. J’ai toujours aimé le bois et j’aime la batterie. Même si j’ai arrêté pendant longtemps ; j’ai commencé en 1979, j’ai arrêté en 1984 pour des raisons professionnelles. Je m’y suis remis il y a trois ans, j’ai racheté une batterie dont j’ai voulu tout de suite changer la finition parce que le choix proposé n’était pas terrible. J’avais pris une Sonor milieu de gamme à 1000€ avec un revêtement plastique. J’ai commencé par enlever celui-ci pour voir comment c’était en dessous. A partir de là j’ai employé les bases des techniques d’ébéniste, j’ai ensuite voulu toucher les chanfreins pour améliorer le son et petit à petit j’ai fabriqué mon outillage pour pouvoir obtenir ce que je voulais…Et à partir de là j’ai commencé à fabriquer des kits complets.

Tob : N’as-tu pas tenté de fabriquer tes propres fûts ?

Non. Non parce qu’il y a des gens qui le font très bien. Pour le moment je n’en vois pas l’intérêt. Par contre je tenterais bien la fabrication en latté de certains fûts spécifiques comme des « octobans ».

En fait, fabriquer des fûts impose un matériel particulier très important si on veut obtenir de la qualité. Il existe plusieurs techniques de fabrication, par exemple celle de Capelle, qui, par traitement électrique, sèche la colle et chasse l’air des espaces entre les plis, ou encore celle utilisée par Premier, qui, à l’aide de moules en fonte, met les fûts en pression. Des marques comme Keller ou DW utilisent des techniques semblables à celle de Premier.

Tob : DW ne se fournit pas chez Keller ?

Non, depuis déjà quelques années, ils font certains de leurs fûts, pour cela ils ont racheté des moules.

Tob : Et il y a également Sonor qui fait ses propres fûts !

Oui, mais je ne connais pas leur technique de fabrication. Dans tous les cas, la qualité du bois ne suffit pas, le croisement des plis est important, le décalage de la coupe est important, l’absence d’air entre les plis, une faible quantité de colle, une colle de qualité, une bonne pression, un bon séchage vont faire que le fût va être cylindrique et le rester.

Selon le sens de la fibre du bois, si elle est parallèle ou perpendiculaire à la courbure donnée, elle va exercer une contrainte différente. Si la courbure est perpendiculaire au sens des fibres, le bois aura tendance à vouloir récupérer sa forme d’origine. Toutes ces contraintes mécaniques vont rentrer en contradiction et risquent de déformer le fût si la technique de fabrication n’est pas maîtrisée.

Keller fait des fûts parfaits, donc à ce jour, je ne vois pas la nécessité d’en faire car mon objectif n’est pas l’industrie, d’autant que je suis personnellement contre tout ce qui est « mondialisation », mais plutôt de réaliser ce que le client désire….mais ce n’est pas rentable.

Tob : Ce n’est pas rentable, mais il faut bien manger quand même ?

Mon épouse travaille (rires)….et puis, les événements de la vie font que j’ai adopté une ligne de conduite, une certaine morale, je ne cherche pas à faire du fric à tout prix…Mon but est de faire ce que le client veut.

Alors, bien sûr, le matériel que je propose s’adresse à des gens que l’on nomme « semis pros » ou « pros », mais pas à des débutants, je ne fais pas de batterie à 500€, ce n’est pas possible.

Tob : Pour résumer, le custom n’est rentable que s’il vient soutenir une gamme standardisée, comme le font les grandes marques ?

Tout à fait, mais, pour eux, c’est une démarche marketing. Pour simplifier ils ont trois gammes différentes de batteries : -les entrées de gamme à 500€ -les semis pros à 1500€ – les pros à 3000€.

Pour ces dernières, ils vont se lâcher, ils vont y mettre un artisan qui fera la batterie de A à Z, mais à coté de ça ils vont vendre énormément de pièces à 500€ fabriquées en Chine.

Tob : Est-ce que faire uniquement ce que le client désire ne dilue pas ton image de marque ? N’aurais tu pas intérêt et l’intention de faire une série « Art Custom Drums » avec les caractéristiques que Toi tu auras choisi, qui te plaisent personnellement, pour obtenir un « son » ou une « marque de fabrique » Art Custom ?

J’y pense, mais en même temps je le fais déjà d’une certaine façon en orientant et en conseillant le client dans ses choix. On va déterminer ensemble le type de son qu’il recherche et en déduire les choix techniques pour y parvenir. Quelle épaisseur de fût, quelle forme de chanfrein, quels diamètres pour quelles profondeurs.etc.. A titre d’exemple si on souhaite un tom basse avec un son très lourd, on augmentera le nombre de plis, sinon il va être très envahissant.

Le principe du « sur mesure », c’est ça ! Par contre, je me dirige vers un choix unique de coquille et de pièces d’accastillage de ma « marque ». Pour l’instant, elles sont en laiton, tournées à la main en Allemagne (je préfère ce qui est fait main) et je vais leur apporter quelques spécificités, comme un système de blocage du tirant et d’autres petites choses.

Donc ma philosophie est de réaliser ce que le client désire. Si la personne sait ce qu’elle veut, quelle profondeur de son, quel sustain sur les toms, sur les toms basses… elle va me donner ses symptômes et je lui dirais : « -il vous faut telle et telle option technique » ; ensuite on en discute et, une fois la batterie réalisée, on peut toujours réajuster légèrement en reprenant les chanfreins, ce que ne pourra jamais faire une usine. Il y a bien sur des limites, on ne peut pas indéfiniment retailler les chanfreins. Mais le dialogue est ouvert, épaisseur du bois, nombre de plis, renfort ou non, leur épaisseur, leur profondeur, tout est possible….Il y a des choses qui seront très longues à réaliser mais de toutes manières il n’y a rien que je puisse vendre au prix du temps passé à le réaliser, c’est impossible. C’est la raison pour laquelle un tel artisanat est très rare, il est impossible de rentrer dans une logique de rentabilité avec ce genre d’activité. Tant que j’arriverais à relativement « manger » en faisant ça, ma philosophie sera de réaliser le rêve du client !

Tob : Ta batterie de démonstration est équipée d’Optimount de Pearl et de support de tom de type Yamaha, as-tu dans l’idée de réaliser ton propre système ?

Non, c’est entièrement à la demande du client, celui-ci peut venir avec son propre système de suspension Pearl ou Yamaha, je peux aussi lui fournir des Rim’s et y fixer les coquilles et supports de son choix. Ca permet au client de conserver le hardware auquel il est habitué et avec lequel il aura le plus de facilité à retrouver la disposition qui lui convient.

Tob : Pour en revenir à l’accastillage de tes fûts (coquilles de tirants, tirants, cercles, déclencheur…etc.) tu proposes le catalogue de « St drum », un site allemand dédié à la restauration des batteries. Comment en est tu arrivé là ?

J’avais besoin de matériel pour réaliser mes propres restaurations, ce genre de produit étant introuvable en France, j’ai fais des recherches et je suis tombé sur lui. De plus il a une démarche semblable à la mienne. Par contre je n’ai pas d’accord commercial, j’achète chez lui, tout simplement.

Tob : Pas de système révolutionnaire style Ayotte ou GMS ?

Pas forcément, déjà je veux du « fait main », pas de moulage, excepté pour les crochets de tirants de grosse caisse. De toutes façons, tout est appelé à évoluer.

Ensuite, pourquoi ne pas faire une batterie avec mon son ? C’est un peu prétentieux, mais, dans les faits, ce que j’apporte à l’intérieur et à l’extérieur de chacune de mes batteries va faire qu’elle va être différente d’une batterie standard.

Certaines auront une finition intérieur à l’huile de lin puis à la cire ou uniquement à la cire ce qui procure une projection du son différente. A ma connaissance, il n’y a guère que Ayotte et DW qui cirent, Gretsch a sa couleur dont le but est le même, c’est-à-dire d’éviter que le bois ne reste poreux et d’obtenir une meilleure projection qu’avec un bois naturel. Le revêtement de Gretsch contient aussi un composant destiné à protéger le bois de l’humidité, ce que l’on obtient avec l’huile de lin, à l’ancienne.

J’essaye, parce que j’aime beaucoup le bois, de garder des techniques proches de l’ébénisterie et de l’artisanat. Par exemple la cire d’abeille est un traitement du bois naturel, qui le nourrit et l’entretien. Je ne souhaite pas utiliser la chimie. La batterie que je vous présente a été finie avec des teintes et des vernis de génération « verte ». C’est une batterie laboratoire sur laquelle j’ai fais des tests avec des techniques d’applications de teintes un peu délicates.

Tob : Est-ce que tu réalises des finitions dégradées ?

C’est faisable, mais je n’en ai pas encore réalisé. Au départ c’est un problème de teinte, de maîtrise du pistolet pour appliquer la teinte. J’ai déjà réalisé des dégradés sur des modèles réduits, on réalise la teinte en partant de la couleur claire et en allant vers le foncé, avec plus ou moins de chevauchement. Après, c’est la liberté de celui qui tient le pistolet.

Donc, ça ne pose pas plus de problème que ça. Je n’ai pas encore fait de motif (type flammes), c’est plus artistique. Si jamais un client désire ce genre de finition, je prendrais contact avec un peintre de carrosserie qui aura naturellement le « mouvement  du rouleau de scotch »…

Tob : Le choix des dimensions des fûts a-t-il une grande importance ?

Oui, en effet, par expérience on s’est aperçu que certaines dimensions sonnaient mieux que d’autres. En partant des toms aigus, pour un fût de huit pouces de diamètre on va plutôt choisir huit pouces de profondeur, pour un dix de diamètre on choisira plutôt entre neuf et dix pouces de profondeur, pour un douze ce sera dix pouces de profondeur, pour un quatorze on hésitera entre onze et douze s’il est suspendu. Pour les toms basses sur pied on privilégiera une profondeur identique au diamètre. Mais cela n’a rien de systématique, par exemple le kit Gretsch de Vinnie Colaïuta a des toms très plats (quelque chose comme 10/7 et 12/8), on peut vraiment tout imaginer et il n’y a qu’un artisan qui peut vous proposer ce genre d’option…

Tob : Pour en revenir aux finitions, as-tu constaté une influence du type de finition sur le son d’un fût ?

Pour ce qui est des différentes finitions vernies ou laquées, il n’y a pas d’influence sur le son. Par contre, un revêtement va limiter la résonance naturelle du fût, ce qui peut être intéressant, ça ne change pas la chaleur de la note, ça diminue le sus tain. Mais à l’heure actuelle, quelqu’un qui désire une finition « Rock’n’wrap » très personnalisée peut se le permettre, les techniques de prise de son, que ce soit sur scène ou en studio, permettent d’obtenir le son désiré.

Tob : Quel type de bois proposes-tu pour tes batteries ?

L’érable pour la qualité, le hêtre européen pour un son différent. Ce dernier est souvent utilisé par des jazzmen allemands ou suisses.

Tob : Sur quels critères utilise-t-on telle ou telle essence de bois ?

Déjà, il n’y a pas de bois bas de gamme, le bois est un produit naturel, vivant et c’est la rapidité de sa croissance qui en fait son prix. Ensuite sa densité est un élément important pour la facture de batteries. Par exemple un fût en tilleul sera forcément épais, le bois n’étant pas assez dense, pas assez léger, très poreux ; un pli devra faire au minimum un millimètre et il faudra plus de plis. Le bois étant moins dur, il aura moins de résonance, par contre il sera plus facile à travailler, usera moins les machines outils. Ils sera donc moins cher à l’achat, moins coûteux à travailler, bref idéale pour la facture de batteries à bas prix.

Tob : Tu n’as pas évoqué le bouleau ou l’acajou ?

Le bouleau est un bois qui va procurer énormément d’attaque et de projection, qualités recherchées par les batteurs de rock, mais qui n’a pas la chaleur de l’érable. Je n’en utilise pas d’abord parce que chez Keller un fût en bouleau coûte plus cher que le même en érable et ensuite parce que personne ne m’en a demandé. En général, quelqu’un qui veut se faire faire une batterie sur mesure choisira en priorité l’érable.

Pour ce qui concerne l’acajou (ou mahogany), l’acajou noble est un bois très rare et il ne correspond pas à ma mentalité que de favoriser la disparition d’une essence. Il existe aussi une autre sorte d’acajou (des philippines), utilisée dans la fabrication de batteries d’entrée de gamme, mais qui n’a pas du tout les mêmes qualités acoustiques.

Tob : Le bois utilisé dans la fabrication d’un fût, en particulier les Keller que tu proposes, est-il jeune ou provient-il d’un vieux stock ?

C’est du « rock maple » (érable nord américain). Ce n’est pas un bois rare, c’est un bois semi jeune, sachant que l’érable a une croissance lente. A l’heure actuelle il ne doit plus rester beaucoup de stock de vieil érable de par le monde.

Tob : Et le séchage est-il artificiel ?

Je ne sais pas, mais le bois est stabilisé, il n’y a plus de déformation, les fûts ne bougent pas. Keller jouit d’une réputation irréprochable à ce niveau.

Je viens d’avoir à restaurer un fût DW dont le dernier pli s’est gondolé, certainement à cause de l’humidité. Est-ce parce que le bois n’était pas stabilisé ou parce que la colle utilisée s’est diluée au contact de l’eau ? En tout cas je n’ai jamais eu ce genre de problème pour un fût provenant de chez Keller.

Tob : Tu n’as jamais eu de surprise sur les fûts bruts que tu reçois ?

Non, les seules « surprises » sont les différences de veinure.Il arrive qu’il y ait des interstices au niveau des jointures de plis. Apparemment, ce n’est pas gênant, c’est induit par la méthode de fabrication pour permettre une bonne évacuation de la colle et de l’air. Mais ces interstices ne font jamais la hauteur du fût. Quand ça arrive, je les bouche avec de la pâte à bois.

Tob : Tu fabriques aussi des baguettes ??

Oui, toujours dans le même esprit, des baguettes sur mesure, mais ce n’est pas non plus rentable, je mets une heure pour faire une paire et je la vends 12€, alors qu’un artisan doit facturer son heure de travail hors taxe à 40€….

Pour en revenir aux baguettes, je commence par créer un gabarit en aluminium, puis avec un tour à copier je taille ma baguette en fonction de celui-ci.

Tob : De quel bois te sers-tu ?

Sycomore, érable ou frêne. Le sycomore est très léger, idéal pour les enfants.

Tob : Et le hêtre ?

Non, le hêtre est très cassant, ses fibres sont grosses, il casse net. Mais le choix du bois est évolutif, je cherche encore…j’ai essayé en chêne, mais c’est très lourd, je suis en quête de noyer.

Tob : Tu utilises une partie spécifique de la branche ou de la planche pour que la baguette garde ses caractéristiques dans le temps ?

Non, la rectitude dépend du séchage du bois. J’ai du frêne qui a vingt cinq ans de séchage et qui ne bougera plus ! Tout le reste n’est que marketing, l’appairage, la note….tout ça c’est du pipeau !

Mes baguettes ont une variation de poids de l’une à l’autre n’excédant pas deux grammes alors que l’on ne peut sentir la différence qu’à partir de cinq à dix grammes. Mon seul souci vient de l’inscription, je n’ai pas encore trouvé un produit qui tienne suffisamment.

Tob : Que penses-tu des cercles en bois pour les toms ou caisses claires, vas-tu en fabriquer ?

Je n’en fabriquerais pas pour les mêmes raisons que pour les fûts, à moins que ce soit en usinant du bois brut. Mais je peux tout de même en proposer.

Tob : Quelle est leur influence sur le son ?

En théorie le cerclage en bois ne va pas sonner aigue et métallique, il aura une résonance homogène avec celle du fût, à une fréquence plus basse que celle d’un cerclage en métal. Donc on va obtenir un son plus gras, plus chaud, plus rond, sans cette harmonique aigue spécifique aux cercles métalliques.

Tob : Comptes tu un jour faire des fûts en carbone ou dans d’autres matériaux que le bois ?

Non, il y en a déjà qui le font et je tiens à rester autour du bois.

Tob : A choisir, actuellement, quelle marque de batterie t’attire plus que les autres, laquelle achèterais-tu ?

Il n’y a pas une marque en particulier, tout dépendrait des caractéristiques proposées. Je serais plutôt attiré par des marques « exotiques » comme Ayotte, Bauer, Brady, par curiosité, pour rechercher la différence par rapport à la production standardisée japonaise.

Tob : Tu t’es lancé dans l’importation, avec les revêtement Rock’n’wrap ?

Oui, ça s’est fait facilement et ça marche bien, j’ai pas mal de demandes.

Tob : La pose de ce genre de revêtement peut-elle être réalisée par un amateur ?

Un bon bricoleur peut y parvenir, mais il n’y a pas de droit à l’erreur, une fois la pose faite, elle n’est pas modifiable. Ces revêtements Rock’n’wrap sont pré-decoupés à la dimension du fût pour que les motifs s’ajustent parfaitement. Il ne reste qu’à tailler l’excèdent sur la hauteur, mais il faut faire très attention aux chanfreins, il faut être très méticuleux.

La technique pour ne pas se rater c’est de coller à l’adhésif double face. C’est-à-dire qu’à chaque orifice du fût on applique une bande d’adhésif. Par contre, cette technique n’est pas parfaite, au niveau du son le résultat n’est pas garanti, mais pour un bricoleur du dimanche, c’est le meilleur moyen d’y arriver.

Tob : Sur ton carnet de commande ce sont les finitions vernies ou les revêtements qui prédominent ?

En gros, la moitié de mon activité consiste à refaire le revêtement. S’il s’agit d’une batterie bas de gamme, la qualité du bois ne laisse pas vraiment le choix, il faudra systématiquement remplacer le revêtement par un autre. S’il s’agit d’un instrument de qualité, la plus part du temps la demande sera de remplacer le revêtement par une finition vernie.

Tob : Dans ton activité qu’elle est la proportion du neuf sur la restauration ?

Elle est faible, elle représente environ vingt pour cent, il s’agit principalement de caisses claires. Sinon le reste de mon activité consiste à transformer des fûts existants, raccourcir des fûts profonds, modifier des finitions, des chanfreins, quelques kits complets et, donc, surtout des caisses claires de toutes sortes. Par exemple, je viens de réaliser un fût en érable pour une FreeFloating de Pearl. Tout le monde n’ayant pas les moyens de se faire faire un kit complet pour environ deux milles euros, les batteurs se replient souvent sur l’achat d’une nouvelle caisse claire. Une caisse claire principale qui va considérablement modifier le caractère d’ensemble de son kit, ou une caisse claire additionnelle, pour de nouveaux effets.

Tob : En ce qui concerne la facture d’instruments de musique, tu te cantonnes dans la batterie ou as-tu eu l’occasion de réaliser d’autres choses comme refaire un manche de guitare ou en changer la touche ?

Non, je n’ai jamais fait ce genre de chose, ça ne me déplairait pas, mais il y a tellement de luthiers guitare en France…contrairement aux luthiers de batteries qui, comme nous le disions précédemment, sont très rares.

Tob : Conseillerais-tu cette profession à un jeune passionné de batterie ?

Non, le problème reste entier, ce n’est pas rentable ! Mais il peut toujours en faire un loisir…

Tob : quels sont tes goûts musicaux ?

Mon premier disque, vers dix ans, a été un quarante cinq tours de « Roll over Beethoven » par Chuck Berry, ensuite j’ai été fan de Status Quo, Santana, Congas (le groupe de Cerrone avant sa carrière solo, style afro-latino du genre de Santana), puis Dire Straits, Van Halen, un peu de disco, de la musique Motown genre Earth Wind and Fire, et bien sur Police et Toto, Genesis, Peter Gabriel. Récemment j’ai découvert les albums en solo de Simon Philips ou encore Ben Harper, ce n’est pas particulièrement nouveau.

Tob : Et tes batteurs préférés ?

Porcaro m’a énormément marqué, depuis son décès ce n’est plus pareil, régulièrement je découvre des trucs dans lesquels il a joué et à chaque fois ça semble évident.

Il y a aussi Simon Philips que j’ai découvert lorsqu’il a remplacé Porcaro, avec son jeu d’ambidextre sa double grosse caisse juste comme il faut, ou encore Manu Katché, Céccarelli, mais là je comprend plus rien, Paco Sery…

Tob : Pour finir, la question traditionnelle de la TOB, avec qui, vivant ou mort, aimerais-tu boire un coup ?

Porcaro, Alain Prost aussi mais ça n’a rien à voir, Jeff Porcaro parce que, bien que j’ai écouté Toto depuis le début, je regrette de ne pas m’être plus intéressé à lui de son vivant. Pas pour jouer avec lui, je me sentirai vraiment ridicule, mais simplement pour être en sa compagnie et écouter sa voix envoûtante de « fumeur », à la Barry White.

Par Pierre et VG4, décembre 2005

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