Portraits et interviews

Jimmy Keegan : Spock’s Beard

Avant propos

A l’occasion de la sortie du nouvel opus des Spock’s Beard, j’ai eu le plaisir de pouvoir interviewer Jimmy Keegan, le « nouveau » batteur à plein temps du groupe … et oui, j’ai écrit nouveau entre guillemets car Jimmy accompagne le groupe sur scène depuis 2003 … en doublure de Nick D’Virgillo, parti désormais sur la route avec Le Cirque du Soleil.

Brief Nocturnes and Dreamless Sleep

Brief Nocturnes & Dreamless Sleep est ainsi le premier album du groupe sans Virgillo, qui cède donc sa place de batteur à Jimmy, et sa place de chanteur à Ted Leonard, qui officie au sein de Enchant. Cet album est un pur régal, à la fois moderne, différent des précédents, on notera notamment que la plupart des morceaux ont des formats courts, mais qui rappelle immédiatement les premiers albums du groupe.

Une galette à écouter d’urgence, des albums de cette trempe, il n’en sort pas souvent de nos jours !

Jimmy Keegan, l’interview

Cédric : Tout d’abord, merci pour le temps que tu accordes et excuse moi pour mon anglais. Peux-tu nous dire comment tu as découvert ton instrument favori ? Quel âge avais-tu ?

Jimmy : Cédric, c’est un plaisir de répondre à tes questions. Mon frère Dennis (je suis le plus jeune des 8 enfants) m’a toujours fait écouter beaucoup de musique. Un jour il m’a passé « The song remains the same », plus spécialement Whole lotta love et Moby Dick, et une lumière a jailli en moi. C’était comme si une route s’était ouverte devant moi et qu’il n’y avait aucun doute possible : je savais pourquoi j’étais là et où j’allais. J’avais environ 8 ans.

Cédric : Tu n’es pas un batteur très connu ici en France pour le moment, et c’est dommage, vraiment. Peux-tu te présenter aux français : qui es-tu, d’où viens-tu, les grands moments de ta carrière de musicien, ce que tu vas manger ce soir au dîner … je veux tout savoir !

 Jimmy : Ha ! Yeah ! Allons-y ! J’ai eu mon premier kit à 10 ans, mon premier concert 2 mois plus tard lors d’un gros show TV. Vers l’âge de 11 ans j’ai joué dans une longue pièce ici à Los Angeles où je suis né et où j’ai grandit.

 J’ai été à la fois acteur et musicien. Cette pièce aura été mon école musicale. Nous avons joué tous les styles de musique « Western » que tu peux imaginer : Broadway, pop, rock, cabaret, country …

 J’ai monté un groupe après tout ça avec Josh Freese à la batterie électronique. Nous avons joué à Disneyland et fait de nombreux shows télévisés.  De là il y a eu d’autres groupes et tournées. Peu après mes vingt ans j’ai eu une fille et je l’ai élevée par moi même (avec beaucoup d’aide de mes amis et de la famille). Je suis récemment devenu grand père, woo hoo !!!

 Autrement, j’ai joué et enregistré avec des artistes comme Santana, Kenny Loggins, John Waite, évidemment Spock’s Beard, et de nombreux artistes de musique latine.

 Je ne me suis jamais considéré comme un musicien Rock, Jazz ou Pop, je joue de la musique. Je ne suis pas affilié à un genre ou style de musique particulier, je joue, j’apprends et j’évolue. Dernièrement je me suis intéressé à l’Amérique du Sud et aux états du Mid-Ouest . Je m’inspire de tout ce qui m’entoure. Que ce soient des musiciens ou toute autre chose. Parfois il te suffit juste d’ouvrir son esprit et son cœur pour comprendre ce que tu vas faire. Parfois nous ne savons même pas quoi attendre et n’attendons rien de particulier, et la vie se déroule d’elle même.

Ce soir, je voulais me préparer une salade liégeoise (ndlr : spécialité belge à base de haricots verts, pommes de terre, et lardons) mais j’ai un eu un gros concert, alors ce sera un mauvais fastfood.

 Cédric : je n’arrive pas à croire ce que j’ai lu sur Wikipedia … As-tu réellement fait des doublures voix sur le dessin animé G.I Joe ?

 Jimmy : Yeah, quand j’étais adolescent et jusque mes 20 ans, j’ai beaucoup joué en tant qu’acteur. La plupart du temps du doublage vocal. J’ai doublé de nombreux dessins animés dans les années 80. J’ai eu quelques rôles dans des films et quelques shows TV. Je n’ai jamais été un grand acteur mais j’ai eu la chance d’avoir pu travailler et m’éclater à le faire. G.I. Joe faisait partie de ce que j’ai fait pour une maison de production. Nous avons fait tous les épilogues à la fin du dessin animé. Une leçon de vie pour les enfants.

Cédric : Tout d’abord, je dois te dire que je suis un grand fan de la sphère Spock’s Beard depuis longtemps : j’adore les Spocks, Neal Morse… L’histoire des Spcok’s Beard a été mouvementée : tout d’abord le départ de Neal Morse après l’album Snow, et l’année dernière Nick D’Virgillo qui est parti pour devenir le batteur à plein temps du Cirque du Soleil. Tu es donc maintenant le nouveau batteur des Spock’s, après avoir été la doublure scénique de Nick pendant des années. Comment vis-tu cette situation ?

 Jimmy : Nick m’a appelé quand il a reçu la proposition du Cirque. C’était une offre facile à accepter mais il voulait être rassuré par un batteur qui se trouverait dans le même genre de situation, savoir si c’était la bonne décision. Une bonne paye, assurance santé (ce qui est énorme ici aux USA à cause de notre système de santé), des professeurs privés pour les enfants, et la famille voyage avec lui. Ils visitent le monde entier, et prennent le temps de découvrir les villes qu’ils visitent plutôt qu’une étape différente chaque nuit. Mais cela implique des sacrifices. J’ai su à ce moment là que je prendrais probablement sa place. Quel plaisir cependant, j’assume cette position avec le même amour et passion de la musique que Nick. Ça a été une grande joie et bientôt nous allons jouer cette nouvelle musique en live. Ne plus avoir Nick à mes côtés sur scène va me manquer cependant …

 Cédric : tu faisais déjà partie de la famille Spcok’s Beard, mais Ted Leonard (chant – Enchant)  ? Comment a t’il intégré le groupe ? Comment vous sentez-vous tous ensemble maintenant ?

 Jimmy : Nous connaissions déjà Ted, il a tourné avec les Spock’s, une fois avant que je sois dans le groupe, puis lors de ma première tournée avec eux. Nous sommes restés en contact et Dave (Meros – basse) joue dans un groupe de reprises avec lui. Étant déjà proches, quand il a fallu trouver un nouveau chanteur, il était notre seul choix. C’est un véritable plaisir d’être avec lui et de travailler ensemble. On rigole bien, et il a beaucoup de talent.

 Cédric : je peux te dire que j’étais anxieux à l’idée d’écouter un nouvel album sans Nick, et surprise, cet album est mon préféré ! Peut être que « The Light » restera ma chanson préférée des Spock’s, mais ce nouvel album est fantastique ! Peux-tu nous en dire plus sur le processus d’écriture et d’enregistrement ?

 Jimmy : Pour cet album, je n’ai pas pris part à la phase de composition originale. Ted a amené des chansons abouties et ensuite il y a eu un travail entre Dave, John Boegehold, Al et Stan Ausmus. En parallèle Al a travaillé avec son frère Neal et ils ont écrit deux chansons. Ted a terminé les paroles d’un de ces deux titres (Afterthoughts). Une fois que nous avions réunis tous ces titres, nous les avons arrangés, ajouté nos personnalités, et fait quelques changements mineurs ci et là.

 Cédric : tu chantes sur scène, et tu es crédité sur cet album également : es-tu chanteur professionnel ? Il me semble que tu chantais les parties hautes derrière Nick sur scène, n’est-ce pas ?

 Jimmy : oui, je suis un contre-ténor. C’est pour cela que Nick et moi nous sommes rencontrés. En tant que batteur qui chante en lead, tu dois trouver les meilleurs musiciens qui peuvent jouer pour toi quand tu en as besoin. Nick et moi avons de nombreux points communs. Alors quand l’album Feel Euphoria est sorti, Nick m’a demandé de les rejoindre sur la route, parce que, non seulement je pouvais jouer ses parties de batterie, mais je pouvais également chanter la voix manquante. J’ai aussi beaucoup chanté sur « X » : l’emploi du temps de Nick ne lui avait pas permis de terminer les chœurs alors les gars m’ont appelé pour les faire … Superbe disque !

 Cédric : Pour la première fois dans l’histoire des Spock’s, tu es le batteur qui officie sur album, comment as-tu ressenti les choses, après avoir été si longtemps le batteur de scène ?

 Jimmy : c’est bien d’être impliqué dans le processus créatif. Même si Nick est brillant, et que c’était toujours un plaisir de rejouer ces parties, il y a toujours cette envie de jouer à ta propre façon. Nick m’avait donné de la place pour cela d’une certaine manière, mais tu ne peux pas changer les choses de trop, au risque de perdre une certaine intégrité. Alors je collais la plupart du temps à ces parties. Maintenant, c’est moi. Avec ma personnalité et mes choix. J’espère que vous aimez.

 Cédric : parlons matos maintenant. Il semble que tu as utilisé différentes caisses claires sur cet enregistrement, ou peut être que je me trompe, peux tu nous en dire plus ?

 Jimmy : ah la batterie. Quand nous rencontré Rich (Mouser) la première fois, nous avons beaucoup parlé de garder un son organique. J’adore quand il y a de la profondeur sur un disque. Zeppelin, The Police, Queen, ces albums ont été tellement bien enregistrés, et tu as toujours le sentiment qu’il y a de la place pour tous les instruments. Alors au delà des éléments de batterie que nous avions choisis, nous avons beaucoup travaillé sur le choix des micros et leurs placements.

 Le kit principal était une tama Starclassic Bubinga. La moitié de l’album a été enregistré avec des peaux double plis, et l’autre moitié avec des peaux simple pli. J’avais des exigences pour les toms. Les peaux simple pli procurent du claquant et une courte résonance. Je suis, d ‘évidence, un grand fan de Phil Collins, alors nous avons beaucoup parlé de ce type de son. Nous avons utilisé 3 grosses caisses : 20, 22 et 24, mais la plupart du temps une 22.

 Les caisses claires étaient : tama Starclassic Brass, une Ayotte 6×13 Keplinger avec cercles bois, et la caisse claire principale une vieille Ludwig Supraphonic 5 x14. Des pièces cassées, il y avait un trou sur la peau de réso, la peau de frappe avait un âge inconnu. C’était étonnant. C’est la caisse claire sur Submerge and The Man … Ridicule !!!! 

 En tout cas Rich a obtenu un son qui vous donne l’impression d ‘être dans la pièce avec moi, totalement à l’opposé des échantillons numériques.

 Cédric : J’ai remarqué que tu utilises des peaux Aquarian. Je les connais également, j’utilise des Response 2 sur les toms, Superlick 1 notamment … mais en France, Aquarian n’est pas très connu. Peux tu nous dire quelles peaux tu as utilisées et pourquoi ? Les différences avec Remo ou Evans par exemple ?

 Jimmy : je connais Roy Burns depuis de nombreuses années. J’ai conduit Josh (Freese) à ces leçons de batterie chez Roy avant que Josh puisse conduire.

 Quand j’ai commencé à jouer avec les Spocks, j’ai remarqué que Nick utilisait Aquarian et j’en avais assez de certains défauts des autres fabricants. Alors je suis allé faire un tour chez un distributeur Aquarian, qui par chance n’était pas loin de chez moi. Le niveau de qualité et le soucis du détail est sans concurrence possible. Le son des peaux était exactement ce que mes oreilles recherchaient, et il y a tant d’options possibles quand j’ai besoin d’un son précis.

 Les autres fabricants font de bons produits, mais il faut souvent faire des compromis et je ne souhaite plus faire ces compromis.

 J’ai longtemps utilisé des Response 2 sur scène mais je suis retourné vers les peaux sablées récemment sur les toms. Je peux utiliser des Super 2 pour plus de durabilité on tournée.

 Sur la caisse claire c’est toujours des texture coated avec le dot de protection. Pour la grosse caisse, en réso et frappe ce sont des Force 1. Aquarian se développe. Les gens ne devraient pas avoir peur d’essayer des choses nouvelles et se donner une chance de trouver leur propre son comme pour toute chose. Tu ne peux pas aller dans un magasin et dire, ah oui, c’est ça, ou ce n’est pas ça., et ce pour n’importe quel produit.

 Cédric : D’après toi, qu’est – ce qu’un bon batteur, quelles sont les qualités requises pour devenir un bon batteur ? 

 Jimmy : Patience ! Passion ! Professionnalisme ! Un bon batteur écoute et répond à la musique et ensuite aux musiciens qui l’entourent. Jouer rapidement et avec complexité c’est bien si la musique en a besoin, mais ce n’est pas une obligation. Joue le morceau, écoute ! Connais tes qualités. Écoute ! Soit ouvert d’esprit. Écoute ! N’aie pas peur ! Écoute ! Fais toi confiance ! Écoute ! Fait parler ta tête , fais parler ton cœur ! Écoute. Apprend à jouer d’autres instruments au moins pour pouvoir respecter ce que les autres musiciens font. Écoute !!!

 Cédric : Pour atteindre un tel niveau, tu as du beaucoup travailler, quand tu as commencé à apprendre la batterie, combien as-tu passé d’heures derrière ta batterie ? Et maintenant, travailles tu toujours autant ?

 Jimmy :  Et bien, tout d’abord tu apprends en permanence, que tu sois ou non derrière ta batterie. Si tu écoutes, tu apprends. J’ai passé du temps dans ma chambre à jouer sur des disques de Led Zeppelin, Missing Persons, Queen, The Pretenders, enfin tout ce que ma mère pouvait tolérer, et elle était très tolérante.

 J’ai eu trois professeurs, Chuck Flores, Scott Frankfurt, et Gregg Bissonnette (brièvement). J’aurais voulu pouvoir travailler plus et dernièrement j’ai essayé de m’y mettre.

 Cédric : Connais-tu des batteurs francais ? Quels sont ceux qui tu admires le plus ?

 Jimmy : Et bien sans aucun doute Dédé Ceccarelli est l’un batteurs les plus merveilleux. Bien sur Manu Katche. Quel autre batteur devrais-je écouter ? Je suis sur qu’il y en a de nombreux autres dont je n’ai jamais entendu parler, habitant aux USA.

 Cédric : Qu’aimes tu écouter en ce moment ?

 Jimmy : autre que le nouveau Spock’s Beard ? Et bien, j’adore Bobby Mcferrin et Peter Gabriel. Ils sont toujours bons et je ne me lasse jamais de les écouter. J’ai passé beaucoup de temps à réfléchir ces derniers temps, et je me suis retrouvé à écouter de la musique qui avait un sens profond pour moi, que ce soit les textes ou l’émotion.

 Francis Cabrel, Esperanza Spaulding, Kate Bush, Maurane et Laurent Voulzy. Je sais, ce sont des artistes français ou belges. J’ai un traducteur spécial. (ndlr, l’épouse de Jimmy est française)

 Cédric : Spock’s Beard : quels sont les prochains évènements : tournée, nouvel album ?

 Jimmy : Tournée, et j’espère beaucoup ! D’abord l’Europe, ensuite Mexico et les USA. Un nouvel album est déjà en discussion mais d’abord les tournées !

 Cédric : et maintenant la question traditionnelle de La Toile des Batteurs : si tu devais prendre un verre avec quelqu’un de mort ou vivant, qui serait-ce et pourquoi ?

 Jimmy : Et bien, en plus de mon père, peut être Gandhi ou Jésus. Pas pour des questions religieuses, mais pour leur point de vue sur la condition humaine. Ils ont tous les deux une brillante façon de communiquer, et une telle faculté d’amour et de compréhension. Ils ont une façon de vous aider à voir en vous même d’une manière plus claire et concise. Ils voient les choses qui étaient mauvaises, et plutôt que rester là à se demander pourquoi et à pleurnicher, ils réfléchissent à quoi faire pour changer positivement les choses sans causer de blessures. (bien que les Romains et les Britanniques puissent ne pas être d’accord avec ceci).

 Cédric : Merci de nous avoir accordé un peu de ton temps, c’était un honneur !

 Jimmy : je t’en prie, quand tu veux !

Jimmy Keegan : son Matos !

Jimmy : Voici mon kit perso, en tournée le kit peut légèrement différer car je dois utiliser le matos qui est fourni, mais en général ça reste plutôt proche.

Tama Starclassic Bubinga drums en Hyperdrive :

20×18″ Grosse caisse

16×14″ Tom basse

14×12″ Tom basse

12×7″ Tom

10×6.5″ Tom

8x 6″ Tom

Le tout en finition Blue Sparkle

Les caisses claires

Elles peuvent varier selon les concerts mais généralement j’utilise soit une Starclassic Brass 14×5,5 » ou une Starclassic Exotix Bubinga 14,6 »

Les cymbales

Toutes sont des Paiste : mon kit actuel comprend :

20″ Traditional Medium Ride

20″ Giant Beat

18″ Dark Energy Crash

16″ Twenty Custom Crash

18″ Signature China

8″ 2002 Splash

10″ Signature Splash

13″ Signature Dark Crisp Hi-Hats

Je possède aussi de nombreuses crashes de la série 2002, différentes Chinas et d’autres cymbales de Charley qui peuvent varier selon les concerts.

Les peaux

Toutes sont des Aquarian :

Grosse caisse : Clear Force 1 en frappe et réso. A l’occasion la peau de résonance peut changer mais je l’aime bien transparente.

Toms – En studio : Texture Coated – En concert : Coated Super 2’s et Classic Clears en réso.

Caisse claire Texture Coated avec Dot

Microphones

Mon micro chant est fait maison : un EV-468 avec une capsule 767.

Tous les autres micros sont des Audio Technica.

Je garde ma peau de réso de la grosse caisse fermée, sans évent, et j’utilise un micro monté à l’intérieur avec le système May.

Et …

J’utilise des baguettes Vater, en général des modèles Josh Freese.

Tous les samples et autres sons sont triggés avec un Yamaha DTX-12 Multi-t, qui attaque un Focusrite Saffire PRO 24 or 40.

Toutes les photographies présentes dans ce dossier ont été autorisées par Jimmy Keegan.

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